Libre opinion - Poussières de nickel: une piètre gestion publique

Les données disponibles au ministère de l’Environnement montrent que les concentrations moyennes annuelles en nickel dans l’air de Limoilou dépassent la norme de qualité de l’air actuelle depuis 1998. Une simple demande rendue possible par la Loi sur l’accès à l’information permet d’apprendre ce fait. Cette information a de quoi rendre inquiets et perplexes les résidants du quartier. En effet, au-delà des préoccupations quant à la santé, la façon dont les principaux intervenants gèrent le dossier est discutable et érode le lien de confiance entre la population et ceux-ci.

Le maire Régis Labeaume s’est montré incohérent. Le 18 mars dernier, il affirmait : « Ça ne vient pas de l’incinérateur, c’est quand même une bonne nouvelle nous concernant, mais il faut que ça vienne de quelque part alors il faut régler ça, il n’y a pas de doute. » Cinq jours plus tard, M. Labeaume rectifiait le tir : le nickel ne fait pas partie des métaux analysés à l’incinérateur : « Si vous verriez [sic] tous les métaux qu’on a à analyser selon les lois… » Cette excuse faible et surtout cette mauvaise connaissance du dossier laissent perplexe.


Le ministre de l’Environnement, Yves-François Blanchet, a fait preuve de lenteur. Le 23 mars 2013, il se voulait rassurant : « Il n’y a personne qui dort sur la switch. On n’attendra même pas le rapport du directeur de la Santé publique pour essayer d’identifier la source. »


Il semble pourtant aller de soi (du moins pour le citoyen moyen) qu’un dépassement de la norme de qualité de l’air doit être signalé et géré rapidement. Rappelons que des données étaient disponibles au ministère bien avant 2012… et que la norme actuelle de qualité de l’air par rapport au nickel n’est pas respectée depuis 15 ans sans interruption…

 

Manque d’informations


François Desbiens, directeur de la Direction régionale de santé publique, a montré qu’il manquait d’information. Le 28 mars 2013, il expliquait : « Je vais faire des démarches auprès du ministère de l’Environnement pour vraiment vérifier s’ils ont des données antérieures à cette période d’échantillonnage que l’on a présentement, qui couvre 2011-2012. » Il est étonnant que M. Desbiens en soit encore à se poser cette question, alors qu’à ce jour, plusieurs médias ont déjà mentionné que des données sont disponibles sur une plus longue période.


Le p.-d.g. du port de Québec, Mario Girard, a manqué de transparence. Le 22 mars 2013, il déclarait : « Si jamais il était démontré que le problème est dans le port, alors on prendra les actions qu’il faudra. » M. Girard préférait alors s’en remettre à la Santé publique. Il est navrant de voir que M. Girard n’explique pas ce que le port a fait ou compte faire pour s’assurer qu’il n’est pas le responsable de la contamination de l’air des résidants des secteurs densément peuplés jouxtant le port. La contamination ne vient pas du port ? Pourquoi ? Désigner d’autres sources ne saurait être une explication suffisante pour rassurer les citoyens.


Il faut saluer l’engagement du couple Lalande-Duchesne, citoyens de Limoilou. Le 23 mars 2013, à la suite de messages lancés par différents acteurs dans le dossier, Mme Lalande affirmait : « Je vais être rassurée par des actions concrètes. [...] Quand les messages m’arrivent comme une berceuse pour dire “Dormez bien, tout va bien, on s’en occupe”, ça ne me rassure pas du tout. »


La lecture du rapport préparé par le couple Lalande-Duchesne permet de constater que ceux-ci ont fait preuve d’un engagement socio-environnemental remarquable, qui les a menés à produire une étude fouillée… visiblement dérangeante. Faut-il compter sur de telles initiatives citoyennes pour mettre en lumière des problématiques environnementales, alors que les ministères ont le mandat d’assurer la sécurité et la protection de la population ?

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