Libre opinion - Un remède risqué

Récemment, Québec décidait d’adopter un prix maximum pour une classe de médicaments. C’est donc dire que les patients qui bénéficient du régime public d’assurance médicaments recevront le médicament le moins cher de cette classe, même s’il est complètement différent de celui qui leur a été prescrit par leur médecin. Cette décision unilatérale aura de nombreuses répercussions.


Lorsqu’il a annoncé l’intention du gouvernement du Québec de fixer un prix maximum pour le remboursement des médicaments d’une même classe, le ministre de la Santé, le Dr Réjean Hébert, a présenté la situation comme étant une simple stratégie visant à réduire les coûts. C’est toutefois ce qu’il a omis de dire qui aura des répercussions considérables et néfastes pour les médecins du Québec et leurs patients.


En réalité, cette nouvelle politique retire aux médecins le pouvoir essentiel de décider quels médicaments prennent leurs patients, et ce, pour le conférer à des bureaucrates. Elle forcera les pharmaciens à donner aux patients le médicament choisi par le gouvernement, plutôt que le traitement que leur médecin veut qu’ils reçoivent, parce que jugé le plus approprié pour eux. Il s’agit tout simplement d’un remède risqué pour les Québécois.


La politique mise de l’avant par le Dr Hébert se fonde sur le principe erroné selon lequel les médicaments d’une même classe sont tous identiques. En imposant un prix maximal payable, le ministre de la Santé met en oeuvre une mesure d’économie à court terme qui ne s’est pas révélée concluante ailleurs et qui entraîne une augmentation documentée des coûts de soins de santé.


On ne doit pas confondre cette nouvelle politique adoptée à la hâte avec la substitution des médicaments d’origine par les génériques. La nouvelle politique du Dr Hébert commande la substitution de médicaments différents, non bioéquivalents, parce qu’il s’agit de molécules différentes.


Les premiers médicaments ciblés par ce nouveau régime sont les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP). Cela crée un précédent dans l’histoire du Québec et nous engage sur une pente dangereuse. Les bureaucrates devraient-ils dicter quels médicaments les patients doivent recevoir ? Cet état des choses accorde la priorité aux économies à réaliser et relègue au second plan le bien-être des patients et le pouvoir des médecins en matière de choix thérapeutiques. Pour les patients, il peut être crucial de recevoir un médicament plutôt qu’un autre, et cela peut faire la différence entre un traitement bien toléré et efficace, et un autre qui ne l’est pas.


Pourquoi le gouvernement du Québec joue-t-il ainsi avec la santé des Québécois en adoptant une politique qui est non seulement risquée pour les patients, mais dont la rentabilité est en plus discutable ? Au bout du compte, les patients risquent de ne pas recevoir les soins qu’ils méritent et dont ils ont besoin.


John Helou - Président de Pfizer Canada inc.

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