Le populisme européen, regard inquiet d’une députée française à l’Assemblée Nationale

Les présidents des quatre groupes politiques au Parlement européen ont prévenu «en l’état, nous ne voterons pas ce budget». Ainsi un parlement, le parlement européen, se rebelle-t-il contre les exécutifs des États représentés au Conseil ; il s’agit d’un camouflet pour ces gouvernements qui ont âprement défendu une réduction sèche des crédits budgétaires européens. C’est aussi une leçon pour ces mêmes gouvernements qui dénoncent régulièrement le déficit démocratique des institutions communautaires basées à Bruxelles.

Quelques jours auparavant, le peuple italien se faisait aussi entendre, mais différemment : en soutenant un populisme unique en son genre il portait au pouvoir le clown Beppe Grillo qui avance de manière démagogique dans un pays à la gouvernance désormais plus instable encore. Ce ras-le-bol d’un peuple, teinté d’indifférence ou de cynisme, s’oppose à l’élan démocratique du Parlement européen, un enjeu unique pour les États européens.

Le risque à venir est double, tant pour l’avenir de notre continent que pour sa place sur l’échiquier politique mondial.

Le premier, d’abord issu de la crise financière puis économique est d’ordre social. Les inégalités augmentent, la colère populaire gronde. Même si la zone européenne forme la première puissance économique mondiale, ses perspectives de croissance continuent de se dégrader. Avec 26,21 millions de demandeurs d’emplois, le niveau du chômage en Europe est devenu insupportable.

Le second risque qui menace réside dans la tentation populiste. L’Europe fait face au désarroi de ses peuples et plus un pays n’est désormais épargné de l’extrémisme qui a marqué les heures les plus sombres de notre contient. FÖP en Autriche, BNP et UKIP au R-U, Fidesz de Viktor Orban en Hongrie, Aube Dorée en Grèce, Vrai finlandais, Beppe Grillo en Italie ou Marine Le Pen en France, dans toute l’Europe, le populisme et l’extrémisme frappent, souvent simultanément, en jouant sur la peur de la différence et de l’ouverture au monde.

Ces mouvements politiques chantent aux européens la chanson qu’ils veulent entendre, un refrain pourtant vide de sens. Prônant le protectionnisme, la xénophobie, la suppression de l’euro et le retour aux monnaies nationales, le rapatriement des pouvoirs, celles et ceux qui les suivent dénoncent le non-respect des engagements démocratiques. C’est donc à nous, démocrates européens, de renouer avec les valeurs fondamentales qui ont formé le socle de la construction européenne.

Pour cela, l’Europe n’a pas d’autre choix que celui de réorienter ses politiques et de se rapprocher des citoyens. Pourtant, nul besoin d’une énième réforme des traités ou d’un débat pour plus de fédéralisme. L’UE sait protéger, elle a édicté une charte fondamentale des droits et des normes sociales applicables à tous, l’UE sait innover, ses programmes de recherches et  l’attractivité de ses industries le prouvent. Comme les enfants dans leur jeune âge l’Union grandit par ses nouvelles adhésions et se développe par ses accords. Mais voilà qu’elle entre dans l’âge conflictuel de l’adolescence en remettant en cause les leçons de ses pères fondateurs.

Les institutions européennes se sont détournées de ses citoyens qu’elles aspirent à gouverner et les gouvernements qui orientent les politiques européennes agissent sous la pression des faits divers et de l’opinion publique sans pourtant écouter véritablement l’avis des peuples qu’ils représentent. C’est pour contrer cette logique que le Président de la République Française, François Hollande, a lancé un style nouveau de gouvernance. En Europe, il fait confiance au Parlement européen, et se place en médiateur entre pays du Nord et du Sud du continent, entre contributeurs nets au budget et bénéficiaires, pour prôner le principe d’intégration solidaire. En France,  il a initié une méthode jusqu’à présent peu testée de concertation sociale pour mener les réformes annoncées, conduire un dialogue constructif, et inscrire la démocratie sociale au cœur de l’action du gouvernement. Ainsi par exemple, l’accord sur la sécurisation de l’emploi qui sera bientôt examiné par le Parlement est le fruit de cette méthode.  Etre à l’écoute, c’est peut-être là le rempart essentiel contre le populisme.


Axelle Lemaire, secrétaire de la commission des lois et membre de la commission des affaires européennes à l’Assemblée Nationale française, a grandi au Québec.

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