Libre opinion - Le cul-de-sac du Parti québécois

L’expression a tellement été utilisée au cours des six derniers mois que c’est devenu un cliché : depuis son élection, le Parti québécois semble gouverner à coups d’improvisation et de reculs.


De la part d’un parti qui a eu neuf ans pour se préparer à reprendre le pouvoir, la chose pourrait surprendre. L’échec du Parti québécois était pourtant inévitable, voire prévisible, pour des raisons qui n’ont que peu à voir avec le leadership ou les décisions du gouvernement depuis son élection. La réalité est que le Parti québécois tourne en rond parce qu’il n’a nulle part où aller. C’était le cas avant même son élection.


Certains ont cru que le PQ avait frappé un mur il y a un an ou deux, dans la foulée de la démission de Pierre Curzi, Lisette Lapointe et Jean-Martin Aussant et la fondation de la Coalition avenir Québec de François Legault. Cette crise était sans doute annonciatrice du cul-de-sac actuel, mais à l’époque, on croyait qu’elle concernait surtout le leadership de Pauline Marois. Or, les troubles du Parti québécois sont plus profonds, et ils dépassent de loin la personne de Mme Marois.

 

Deux projets essoufflés


Le Parti québécois repose historiquement sur deux grandes idées : l’indépendance du Québec et la défense ou l’expansion de sa social-démocratie. Exception faite de quelques flirts avec le centre, le PQ a toujours été un parti souverainiste de centre gauche. C’est encore ainsi qu’il se définit aujourd’hui.


Malheureusement, ces deux projets n’ont plus beaucoup d’attraction auprès de l’électorat. L’appui à la souveraineté stagne sous les 40 % depuis des années. La réalité économique et les finances publiques du Québec rendent impossible une expansion du modèle québécois. Elles forcent même sa révision en profondeur. Les deux grands rêves du PQ sont à bout de souffle.


Certains sont arrivés à cette conclusion il y a des années déjà. Face à la dérive de leur parti, les authentiques militants de gauche ont abandonné le bateau pour former Québec solidaire. Plus récemment, les souverainistes sans compromis ont tourné les talons pour Option nationale. François Legault a laissé tomber la souveraineté et la social-démocratie pour passer à autre chose complètement.


Plus encore que l’improvisation et les reculs, le gouvernement du Parti québécois est plombé par la faillite de ses idées fondatrices. La réalité ne permet plus au PQ de gouverner à gauche, et elle ne lui permet pas de faire la souveraineté. Dans ces circonstances, personne ne devrait s’étonner qu’un gouvernement péquiste soit condamné à faire du surplace.

 

L’instinct de survie


Les chicanes concernant le drapeau canadien et les voyages en Écosse ne satisfont pas les souverainistes. Les coupes dans l’aide sociale (décrétées au moment même où le PQ dénonçait la réforme fédérale de l’assurance-emploi) scandalisent ses militants de gauche. L’environnementalisme est une idéologie louable, mais qui n’a rien de particulièrement péquiste. Le copinage et les ententes secrètes écoeurent tout le monde.


Que reste-t-il au Parti québécois dans les circonstances ? Lui-même, essentiellement. Ses grands rêves sont sur la glace, peut-être à long terme. Il ne reste que le « nous » : les amis du parti, son réseau de militants traditionnels, les avantages du pouvoir et la bonne vieille peur de disparaître. Les idées politiques ont fait place à l’instinct de survie.


Voilà sans doute ce qui explique le virage identitaire qu’on observe au PQ depuis quelques années. À défaut de proposer un projet qui nous inspire et qui nous dépasse, le parti semble être devenu le dernier refuge des angoisses existentielles du Québec. La peur de l’envahisseur anglais ou immigrant, et la nostalgie d’un âge d’or digne d’une époque révolue. On promet des lois linguistiques plus contraignantes et une approche plus intransigeante par rapport à l’immigration et aux minorités religieuses. Le nationalisme ethnique est de retour.


Au printemps dernier, des milliers de gens sont descendus dans la rue pour demander du changement. Ils vomissaient le copinage et la corruption et rêvaient d’une politique ouverte, transparente, inspirante et neuve. L’élection du 4 septembre a amené le changement. Reste à savoir si c’est celui que les Québécois souhaitaient.

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Hubert Baril - Sorel-Tracy

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