Libre opinion - Marie Denise Dubois, ou l’autre visage de l’Église

L’Église catholique est secouée par une crise profonde. Le pape démissionne, salué par une foule immense devant les médias du monde entier. Au même moment, une grande Québécoise de 79 ans s’éteint actuellement dans une infirmerie à Montréal, loin des médias. Elle a consacré toute sa vie à l’Amérique latine.

J’ai rencontré Marie Denise Dubois, soeur de la Congrégation Notre-Dame, au Chili après le coup d’État qui renversait Salvador Allende le 11 septembre 1973. Elle nous rendait visite dans notre petit appartement d’un quartier populaire de Santiago, et nous donnait de l’information sur les victimes de la dictature de Pinochet : le nom des personnes qui avaient subi de la torture, qui étaient portées disparues, etc. Comme sévissait dans le pays une censure absolue, elle voulait à tout prix transmettre à l’extérieur cette information qu’elle obtenait au jour le jour dans son travail au Comité Justice et paix organisé par les Églises chrétiennes.


De santé fragile, elle n’hésitait pas à mettre sa propre vie en danger pour venir en aide à celles et ceux qui vivaient dans la terreur et la marginalité.


En 1998, j’ai rencontré de nouveau Marie Denise à Tegucigalpa, au Honduras. Dans un pays où la majorité vit dans une pauvreté considérable, elle venait en aide aux gens marginalisés. Dans le quartier populaire où elle oeuvrait, elle nous racontait le travail qu’elle faisait avec les femmes qui subissaient de la violence conjugale. « Je reçois souvent des menaces des hommes ; ils n’apprécient pas toujours ce que je fais », nous expliquait-elle calmement. Peu de jours auparavant, un homme était entré dans leur résidence, avait pointé un revolver dans leur direction en exigeant de l’argent.

 

Engagée et courageuse


Peu de temps après notre départ, l’ouragan Mitch inondait Tegucigalpa. Marie Denise demeura là-bas avec les siens et mit toute son énergie à venir en aide aux victimes, notamment en obtenant du financement pour la construction de maisons.


Dans un courriel à des amis, le 28 avril 2008, elle décrivait « la situation alarmante de San Marcos et aussi de Santa Rosa de Copán, au Honduras, là où les compagnies canadiennes exploitent les mines d’or. Au Honduras, la cible du crime organisé est centrée sur les dirigeants syndicaux. La semaine dernière, deux dirigeantes syndicales ont été assassinées et un jeune chauffeur de 24 ans, étudiant en médecine ». Elle ajoutait : « Ce n’est pas encore l’heure de dormir sur nos lauriers… ! »


En juin 2009, elle vit un second coup d’État, qui renversait le président du Honduras, Manuel Zelaya. Comme au Chili, et malgré une situation de danger et de grande violence, elle est restée sur place pour défendre les plus démunis. Courageuse, engagée dans le combat pour la justice et animée d’une foi simple et profonde, Marie Denise impressionne par la rigueur et la profondeur de son analyse politique et sociale.


Alors que les cardinaux se réunissent à Rome dans un décor grandiose, on peut se demander si le Jésus de l’Évangile n’est pas davantage présent et parlant dans la vie de cette femme tout à fait extraordinaire que dans les apparats de la basilique Saint-Pierre.

9 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 6 mars 2013 01 h 14

    Merci!

    Très beau témoignage! Mais n'oublions jamais qu'il y a plusieurs demeures dans la Maison du Père. Ce qui fait la beauté, la grandeur, et le mystère de l'Église.

  • France Marcotte - Abonnée 6 mars 2013 05 h 14

    Pour des causes pas loin de chez vous

    Bien sûr que votre Jésus de l'Évangile est davantage présent dans la vie de cette femme que dans les apparats des hommes de robe.

    D'ailleurs, est-ce nécessaire d'aller si loin que le Honduras pour faire le bien et s'opposer aux régimes politiques corrompus?

    Au Québec aussi nous avons des pauvres et des femmes malmenées et la corruption tient très bien la comparaison avec le bout du monde.

    Qu'attend l'Église catholique pour s'opposer aux doctrines néolibérales dans les pays dits développés au nom de la défense des plus démunis?

  • Nestor Turcotte - Inscrit 6 mars 2013 08 h 22

    Le dépouillement

    Le personnel clérical, - ce qu'on appelle le HAUT CLERGÉ - doit procéder à un dépouillement. Jadis, toute la richesse qui l'entourait était cachée. Maintenant, les caméras de la télé nous montrent le faste de certains lieux qui n'ont rien à avoir avec la pauvreté évangélique.

    Le prochain pape devra veiller à opérer ces changements nécessaires.

    Je verrais bien le futur successeur de Pierre aller travailler une journée dans les bidonvilles de Rome. Car il y en a. Ce serait un bel exemple à donner.

    Mais n'oublions pas: il y a dans le monde des centaines de milliers de chrétiens, de toute allégeance, qui donnent leur vie pour les autres. Les chrétiens sont présentement persécutés dans plusieurs pays et plusieurs jeunes, surtout dans certains pays musulmans, meurent pour leur foi.

    Depuis quelqu'un temps, on ne parle que de sexe dans l'Église. Ne pourrait-t-on pas, de temps en temps, se tourner vers autre chose? Hier, Radio-Canada (RDI) montrait la reconstruction de l'orphélinat de cette dame de plus de 80 ans, originaire du Québec, et qui donne sa vie pour les Haïtiens. Des jeunes filles et des jeunes hommes débarquent là-bas, pour lui aider. Formidable ! C'est de cela dont il faut parler. Pour nous sortir du merdier et du climat généralisé orchestré par une presse qui ne vit que de sensationalisme...

  • Claude Lacaille - Abonné 6 mars 2013 09 h 46

    L'option préférentielle pour les pauvres

    Marie-Denise, que j'ai vu à l'oeuvre au Chili durant l'horrible période de la dictature de Pinochet, est une femme déterminée, pour qui l'évangile signifiait un engagement pour les personnes dont les droits étaient systématiquement violées. Au Chili, j'en suis témoin, c'est grâce à des femmes comme elle que la Résistance a pu s'organiser. Parmi celles-ci, les religieuses n'ont pas manqué d'être à l'avant-garde dans cette lutte contre l'oppression. Elles ont réprésenté la dimension prophétique de la foi, elles ont incarné dans leur pratique, la présence de Jésus de Nazareth. À la veille du jour international des femmes, je leur rends hommage et les remercie. Ce sont des personnes comme elles qu'il faudrait nommer à la succession de Pierre. Vivent les Pierrette!

  • Yvon Bureau - Abonné 6 mars 2013 09 h 47

    Elle devrait être du conclave

    Il est merveilleux de voir des personnes aussi généreuses et audacieuses dans le bien.

    Certains sont animés par une religion.

    D'autres, non-croyants ou agnostiques, par un humanisme noble et solidaire.

    Un jour, des Marie Denise Dubois seront du conclave. Que cette ténébreuse nuit passe et qu'arrive ce Jour béni du Bien!