Libre opinion - Gare aux visions obscurantistes

L’évolution de l’enseignement de l’anglais en tant que langue seconde n’est pas une erreur, comme le prétendent les auteurs de l’article intitulé Anglais intensif : la fuite en avant continue, publié dans Le Devoir de mercredi. S’exprimer en anglais avec « aisance, spontanéité et assurance », comme le prescrit le nouvel objectif d’apprentissage au secondaire, n’implique pas nécessairement la diminution de la qualité du français et des autres « matières de base ». Il me semble approprié de remettre en question la légitimité des propos tenus par MM. Frédéric Lacroix et Charles Castonguay en répondant aux questions qu’ils prétendent sans réponses, ainsi qu’en les questionnant à leur tour sur le fondement de leurs arguments.


Je désire d’emblée interroger les auteurs sur leur idée du parfait bilingue sans accent en tant que « fantasme récurrent de l’imaginaire collectif québécois ». N’ayant pas eu l’occasion de nourrir ce fantasme moi-même, j’aimerais en connaître les exemples de matérialisations, qu’elles soient littéraires ou purement imaginaires, et surtout, en quoi elles posent problème. De plus, les « mesures objectives » démontrant que les francophones ont une meilleure maîtrise de l’anglais que leurs comparses anglophones qui parlent ou écrivent le français peuvent être interprétées sous différents angles. Pourquoi ne pas y voir plutôt un symptôme des lacunes de l’enseignement du français et une occasion de remédier à ce problème ?


Pour répondre à vos questions, je crois bien que oui, il est effectivement souhaitable que les francophones et allophones puissent parler anglais à un niveau « aussi poussé », et même avec « aisance, spontanéité et assurance ». Bien sûr, il ne s’agit que d’un objectif. Je ne crois pas, par contre, qu’un bilinguisme centré sur la compréhension de textes ou la compréhension orale s’agisse réellement d’un bilinguisme.


Je suis apeuré par la vision obscurantiste des MM. Lacroix et Castonguay. Une perception de l’enseignement de l’anglais comme étant un outil néfaste risque plutôt de fermer les frontières de nos idéologies et de nos identités, les ancrant dans l’époque révolue du protectionnisme de la pure souche. Limiter consciemment l’apprentissage de la population en réaction à un sentiment de peur est une pensée de la même trempe que celle des régimes autoritaires. L’apprentissage de l’anglais ne diminue pas la portée du français, il contribue à attiser la curiosité intellectuelle et constitue un accomplissement académique très valorisant.


Je ne vois pas de contradiction - plutôt un paradoxe propre à notre charmante province - en ce double besoin de faire du français la langue commune tout en enseignant l’anglais comme langue seconde, simplement puisque c’est l’anglais qui épouse toutes nos frontières. Cette dualité peut et doit être perçue comme une richesse, et non une menace. J’aime le français plus que toute autre langue. Toutefois, je ne crois pas que de diminuer la qualité, la quantité, ou encore augmenter l’âge minimal de l’enseignement de l’anglais contribue à améliorer la situation du français au Québec.

40 commentaires
  • ROCH AMYOTTE - Inscrit 1 mars 2013 02 h 21

    Le bilinguisme, c'est pouvoir offrir notre culture

    Il ne serai pas long ce texte. Je vis plusieurs mois par année en Thaïlande. À l'instar de plusieurs pays, l'Anglais est la langue commune. Je connais quelques étrangers qui ne parlent que leur langue. Ils sont malheureux comme dix. Si je ne parle que ma langue, je me ferme sur ma culture. Si je parle l'Anglais, je peux partager ma culture avec les autres peuples et je peux aussi bénéficier de leur être culturel. Désolé, mais l'apprentissage de l'Anglais est un "must", si l'on veut évoluer comme société. Parler autrement, c'est empoisonné le futur de nos enfants. Le comment reste à définir, mais il est sûr que plus la langue est apprise jeune, plus elle a la chance de faire partie de son bagage permanent.

    • France Marcotte - Abonnée 1 mars 2013 06 h 50

      Les Anglais qui ne parlent que leur langue, sont-ils malheureux comme dix eux aussi?

    • Bernard Terreault - Abonné 1 mars 2013 08 h 16

      Malheureusement, M. Amyot, votre français est plein de fautes, J'espère au moins que votre anglais est meilleur puisque c'est votre mode de communication le plus important.

    • Eric Shannon - Inscrit 1 mars 2013 09 h 35

      M. Amyotte,

      On reconnaiit à vos détracteurs (ceux qui ont laissés des commentaires précédents le mien) une faiblesse rhétorique qui s'en prend à votre français d'une part, et aux anglophones d'autre part, sans jamais relevé le bien fondé de votre argumentaire.

      Personne n'a un français parfait. Même pas celui qui met une majuscule après une virgule (grave faute de ponctuation).

      Et oui, en général, les unilingues anglophones sont assez jaloux des gens qui parlent plus d'une langue.

      Plutôt que d'attaquer la forme, une ouverture d'esprit imposerait de discuter sur le fond, qui selon moi, va très bien d'ailleurs.

    • Solange Bolduc - Inscrite 1 mars 2013 10 h 15

      Très bien dit Mme Marcotte!

    • Michael Pratte - Abonné 1 mars 2013 11 h 53

      Et dire qu'il y a des idiots qui apprennent la langue Thaï avant d'aller en Thaïlande alors que l'anglais suffit.

      Et pourquoi suis-je entrain d'écrire en français d'ailleurs?

  • Robert Henri - Inscrit 1 mars 2013 03 h 11

    Individuellement ou collectivement ?

    Au cun problème individuel à l'apprentissage d'une deuxième, voire quM'une troisème ou d'une quatrième langue. Bien au contraire.

    C'est collectivement que le bâ blesse. Une population entière qui est dans un océan allophone et qui acqiert collectivement la langue majoritaire ne peut que perdre sa langue, celle-ci étant désormais devenus inutile.

    Oui à l'apprentissage des langues autochtones, du chinois ou de l'arable, de l'italien, l'espagnol et même de l'anglais mais pas «par tous nos jeunes» ni même par la majorité d'entre eux.

    Ce serait un suicide ethnique sans précédent.

    • Gilles Charbonneau - Inscrit 1 mars 2013 19 h 05

      D'où tenez-vous cela, Monsieur Henri?

      Selon la dernière étude publiée par Marc Termote de l'OQLF, l'anglais est appelé à souffrir une baisse dans les prochaines décennies, voir même plus que le français, c'est la dénatalité et l'immigration qui seront la cause de la baisse des deux langues, et non l'anglais!

      L'apprentissage de l'anglais, et ce du plus jeune âge, ne peut qu'ouvrir d'autres horizons pour nos jeunes, alors que le nombrilisme linguistique proposé par certains ne ferait que les priver d'une occasion de s'ouvrir sur le monde et en faire une génération d'exclus dans un monde en plein changement !

  • Léonce Naud - Abonné 1 mars 2013 05 h 02

    «Charmante province» ?

    «Charmante province», tout comme naguère la publicité équivoque de «La Belle Province» des plaques d'immatriculation. Relisons le poète : «Je suis un fils déchu de race surhumaine, race de violents, de forts, de hasardeux. (...) Tout le passé brutal de ces coureurs des bois : chasseurs, trappeurs, scieurs de long, flotteurs de cage, marchands aventuriers ou travailleurs à gages...» –
    Au temps de la Grande noirceur, il ne me souvient pas qu’on aurait dit en pleine face à des Canadiens-français qu'ils étaient «charmants».

    • Michel Richard - Inscrit 1 mars 2013 07 h 13

      C'est le seul reproche que vous avez à faire à ce texte ?

    • Michael Pratte - Abonné 1 mars 2013 11 h 48

      Les colonisés abusent du mot "province" dans son sens anglais. Conséquence d'un parfait bilinguisme peut-être...

    • Charles Pichet - Abonné 1 mars 2013 13 h 02

      Il me semblait opportun de répondre aux auteurs de l’article original qui passaient par une rhétorique erronée. Si nous avons un objectif en commun, celui de faire du français la langue commune au Québec, il ne faut pas étaler que des arguments faisant appel aux réactions émotionnelles des gens n’étant pas d’accord. On ne peut convaincre en apeurant.

      @ Léonce Naud

      Charmante est un adjectif qui, je crois, décrit bien ce qu’évoque le Québec en moi. Si vous associez ce mot aux colonisés, c’est votre affaire. J’aimerais simplement rappeler que ni les francophones ni les anglophones nord-américains ne sont des colonisés, car les deux sont héritiers de colonisateurs. Les colonisés sont ceux qui occupaient le territoire avant l’arrivée des européens.

      Même avant la grande noirceur, et jusqu’au temps de Menaud, maître-draveur, grand souverain imaginaire de Charlevoix, les défricheurs et autres pionniers pouvaient être considérés charmants par leur hardiesse. C’est peut-être un produit du romantisme, mais du moins ce n’est pas issu du concept obsolète de race – ce trou noir, fier créateur de haine - que vous semblez évoquer avec votre passage cité.

    • Paul Gagnon - Inscrit 1 mars 2013 15 h 44

      @ Pascal Genest Richard

      Par la conquête anglaise, nous sommes passés de l’état de créoles français à l’état de colonisés, par les anglais. Quant aux amérindiens, ils étaient alors pour la plus part nos alliés. Oui, effectivement nous occupions le territoire avant l’invasion, l’arrivé des anglais diriez-vous comme si nous les avions invités. Comme invités ce n’était pas poli de leur part d’incendier les maisons et de s’emparer, ou de tuer le bétail, entre Gaspé et Québec, condamnant leurs habitants à passer l’hiver suivant dans la forêt. Charmante visite en effet.

      Par votre référence à la race, vous indiquez clairement où vous voulez en venir, car c’est vous qui introduisez le concept de race dans le débat. Selon le vieil adage, si largement utilisé par les adeptes du bilinguisme à tout crin, « si on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage » ; point de vue d’ailleurs largement partagé par ces si charmants anglais. C’est ainsi qu’on a jadis comparé le Dr Camille Laurin, cet homme si posé, à un Goebbels. Je retournerais donc votre assertion en disant que ceux qui sème la haine dans ce débat, sont ceux qui crachent sur ce petit peuple qui ne demande qu’à vivre dans sa langue, avec sa culture propre et sur un territoire lui appartenant ; en tout respect avec les habitants du reste de la planète Terre.

  • Eric Shannon - Inscrit 1 mars 2013 06 h 10

    Une prise de position articulée et réfléchie

    Merci d'avoir articulé si finement ce que bien des québécois pensent tout bas, sans toutefois pouvoir mettre le doigt dessus. Il est effectivement souhaitable pour le bien de la province de s'ouvrir vers le maximum de savoirs afin d'atteindre un niveau de qualité de vie décent, niveau qui semble diminuer depuis quelques années. Cela, évidemment, passe par l'éducation. La maîtrise de plus d'une langue est un atout considérable, tant au niveau économique qu'au niveau intellectuel, individuel et collectif. Le Québec accuse des retards à bien des niveaux et stagne à cause de cette peur de l'autre. Alors que l'autre, c'est d'abord et avant tout nous-mêmes.

    • France Marcotte - Abonnée 1 mars 2013 07 h 04

      S'ouvrir à tout sauf à soi-même?

      Combien de Québécois sont amoureux du français?

    • Michel Richard - Inscrit 1 mars 2013 09 h 17

      Mme Marcotte,
      Je suis sûr que la vaste des majorité des Québecois est amoureuse du français.

    • Paul Gagnon - Inscrit 1 mars 2013 10 h 31

      @Michel Richard

      Ce n'est pas souvent évident.

      L'amour, s'il n'est pas toujours exclusif (?), est toujours la manifestation d’une préférence marquée, qui devrait être remarquée de tous, et non cachée derrière une autre préférence plus grande encore.

    • André Le Belge - Inscrit 1 mars 2013 10 h 50

      Je suggère que l'enseignement intensif de l'anglais au primiare ne soit plus d'une sesssion mais bien de 12 sessions. Tous nos problèmes de langue avec le Canada, avec le monde seraient résolus: plus de Québécois, tous Canadians speaking english, only english...

  • France Marcotte - Abonnée 1 mars 2013 07 h 39

    Lapin moqueur

    Dans Bugs Bunny, le lapin rieur s'amusait souvent des tentatives désespérées de son ennemi juré pour le tromper par les déguisements les plus loufoques et saugrenus.

    Sous ses déguisements, c'était toujours le même ennemi et le lapin sagace le reconnaissait toujours.

    • Michel Richard - Inscrit 1 mars 2013 09 h 18

      je ne comprend pas votre allégorie.

    • Eric Shannon - Inscrit 1 mars 2013 09 h 40

      Pour répondre à votre question, beaucoup de québécois sont amoureux du français. Je ne comprends pas le but de votre question.

      Ensuite, votre métaphore me semble confuse et empreinte d'un délire de persécution.

    • Paul Gagnon - Inscrit 1 mars 2013 11 h 25

      @Michel Richard

      Il ne faut pas toujours accorder aux mots valeur de vérité. Il faut aussi regarder derrière les mots. Et derrière les mots il y a les actes. Et les actes ne peuvent mentir aussi aisément. Ainsi l’État québécois qui ne respecte plus depuis trop longtemps l’esprit de la « Charte de la langue française » en se bilinguisant lui-même, en cherchant à faire du Québec une province bilingue mur-à-mur, en bilinguisant l’école. Même l’actuel gouvernement semble allez dans ce sens, même s’il prétend le contraire. J’ai bien hâte de voir ce qui va rester du reste qu’est la loi 14.

      Et tout cela se fait sous le couvert d’une prétendue supériorité du dit bilinguisme. Tantôt on utilise l’argument de la supériorité intellectuelle afin de faire plus chic. Tantôt on utilise l’argument de la réussite économique, le seul qui compte en fin de compte par sa brutalité même i.e. que l’anglais - car le bilinguisme c’est l’anglais - serait une obligation sous peine d’être pénalisé monétairement. Et tout cela en faisant référence à un prétendu statut quo harmonieux auquel il ne faudrait surtout pas toucher sous peine… Deviner la suite.

      Les arguments qui ventent le côté merveilleux du bilinguisme, ressemblent de plus en plus au ‘love in’ qu’on nous a manifesté lors du referendum de 1995. Voilà pour la carotte. Le bâton n’est jamais loin cependant. On en voit poindre le bout déjà.
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