Libre-opinion - Les aînés méritent d’avoir leur ministre

En tant que porte-parole de l’opposition officielle pour les aînés, j’ai terminé l’exercice des crédits budgétaires du gouvernement en commission parlementaire, le 15 février dernier. J’ai ainsi pu questionner le ministre de la Santé et des Services sociaux et responsable des Aînés, le Dr Réjean Hébert. Nous avons ensemble parcouru le Québec lors de la Consultation publique sur les conditions de vie des aînés, en 2007. Nous avons entendu des centaines de personnes qui avancent en âge, qui avancent dans leur vie. Un commentaire qui revenait fréquemment lors de ses rencontres était celui du regard que l’on pose sur le vieillissement et ses répercussions. Le combat que l’on doit mener contre l’âgisme ainsi que les perceptions véhiculées selon lesquelles les personnes qui vieillissent sont généralement perçues comme étant un fardeau et un poids économique importants pour la société.


D’entrée de jeu, j’ai observé, depuis toutes ces années, que les aînés ne font pas partie d’un groupe monolithique et qu’il y a différentes cohortes de personnes qui avancent en âge. Certaines sont plus en forme que d’autres et notons qu’une majorité - plus de 96 % des 65 ans et plus habitent à la maison ou en résidence pour personnes aînées - sont très actives : bénévolat, travail, activités d’apprentissage, de loisirs, de culture, etc.


Si je prends la peine de vous faire un si long préambule, c’est pour vous faire part de mon inquiétude. En 2007, le gouvernement du Québec a voulu donner une voix aux aînés en nommant un ministre qui leur était entièrement consacré. Le gouvernement a ajouté, au fur et à mesure des ans, des programmes et des fonctionnaires qui avaient la responsabilité de percevoir le vieillissement comme étant un fait normal de la vie. Le Secrétariat des Aînés avait de plus en plus de pouvoir face aux autres ministères et prenait les devants dans plusieurs dossiers - entre autres la politique Vieillir et vivre ensemble, chez soi, dans sa communauté, au Québec, dotée d’un budget de 2,7 milliards sur cinq ans.


Depuis que le gouvernement de Mme Marois est en place, le Secrétariat des aînés a quitté le ministère de la Famille et des Aînés et a été déplacé. Il se retrouve aujourd’hui sous le large parapluie du ministère de la Santé et des Services sociaux, alors qu’il était auparavant indépendant et jouissait d’une marge de manoeuvre qui faisait en sorte que les aînés n’étaient pas tous perçus sous l’angle de la réparation, de la médicalisation et de clients potentiels pour les hôpitaux et les CHSLD.


Je suis inquiète parce qu’au même moment, la nouvelle première ministre de l’Ontario, Mme Kathleen Wynne, vient d’annoncer la création d’un ministère entièrement consacré aux aînés pour leur faire une place, celle qui leur revient. Nous avons un ministre qui cumule plusieurs fonctions : Santé, Services sociaux et Aînés. Non seulement nous avons perdu un ministre entièrement consacré aux aînés, mais un Secrétariat des Aînés indépendant du ministère de la Santé. Le Québec est la deuxième société au monde à vieillir le plus rapidement, après le Japon et je souhaite que le ministre Hébert révise sa position et redonne au Secrétariat des Aînés son indépendance et tous les outils et leviers nécessaires pour être en mesure d’exercer pleinement son rôle d’acteur social auprès des aînés actifs, qui ont besoin de se sentir utiles et fiers de vieillir.

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

11 commentaires
  • Georges Washington - Inscrit 19 février 2013 07 h 30

    Théorie et pratique

    En théorie vous avez raison. En pratique, nous pouvons nous poser la question sur l'impact réel de votre passage à ce ministère.

    Pour avoir eu des parents en CHSLD, je ne suis guère impressionné par les performances de ceux-ci. Bien entendu, le situation actuelle laisse croire que les choses ne feront qu'empirer. C'est la vie de nos aînés qui est en danger, carrément. Je n'exagère rien en disant que notre gouvernement et celui qui l'a précédé a lamentablement échoué à protéger la vie des aînés et que l'initiative pour faire de l'euthanasie un acte légal n'est absolument pas nécessaire dans le cas des aînés qui déjà disparaissent sans que le coroner ne fasse de véritable enquête, sans que même la police lorsqu'on l'implique veuille faire enquête, les morts suspectes dans nos CHSLD, tout le monde s'en fout, incluant le procureur général du Québec. Et ce n'est pas un ministre décoratif des aînés qui y changera quoique ce soit.

    • Yvon Bureau - Abonné 19 février 2013 11 h 05

      «… pour faire de l'euthanasie un acte légal». Affirmation incorrecte. Pour permettre une aide médicale à mourir comme un soin approprié, personnalisé et proportionné, si nécessaire et si librement demandée. Et cela dans un cadre bien balisé et contrôlé. Cette aide exceptionnelle ne sera pas légalisée, mais décriminalisée; là, une grande et grosse différence.

      Monsieur Savard, je n’aime ni le ton ni le fonds de votre commentaire.

      La Consultation publique sur les conditions de vie des aînés, en 2007, fut une très grande Commission. J’y ai présenté avec espoir un excellent mémoire. Je sais, une Commission ne fait pas le printemps, mais elle aide énormément à son arrivée.

      Continuons, vous et moi, à tout faire pour que la personne sur sa fin de vie ou en fin de vie soit au centre et au cœur des processus d’information et de décision; par là passeront sa dignité et son respect jusqu’à sa fin.

    • Gaetane Derome - Abonnée 19 février 2013 15 h 29

      M.Savard,je suis medecin et j'approuve votre commentaire.Il y a plusieurs de mes collegues qui ne sont pas d'accord avec cette legislation sur l'euthanasie.
      C'est vrai qu'il y a beaucoup a faire pour aider et ameliorer les soins de longues durees.Et aussi les soins palliatifs.
      Car meme si nous tous pouvons esperer vivre plus longtemps et en meilleur forme qu'auparavant,il y aura un jour ou nous serons vieux et malades,c'est ca la fin de la vie,ca ne veut pas dire que c'est "indigne"..Si cela est vu comme ca par certains c'est sans doute qu'ils n'ont pas acces a tous les soins possibles,il faut ameliorer cet acces.

  • Jean-Serge Baribeau - Abonné 19 février 2013 09 h 23

    Je ne suis pas un aîné mais un ti-vieux en devenir

    J'en ai assez de la javellisation du vocabulaire. Il ne faut surtout pas appeler un chat un chat ou une mère une mère (il faut dire une «maman») Je pourrais multiplier à l'infini les exemples de ce genre. Le langage gnangnan ne cesse de nous envahir et de nous rapetisser sémantiquement.

    Madame Blais aime beaucoup ce lessivage langagier et le «vertuisme» qui l'accompagne. Mais cela n'a aucun sens et ne fait pas nécessairement plaisir aux groupes «angéliquement» désignés.

    Je suis un homme âgé, presquement un vieillard. J'assume mon état.

    Jean-Serge Baaribeau, sociologue des médias (69 ans)

    • Rodrigue Guimont - Inscrit 20 février 2013 16 h 24

      Les clowns et bouffons pour enfants n’ont fait rire personne et que dire de l’idée saugrenu des toutous-bébés-phoques-en-peluches qui hochent la tête et clignent des cils pour soi-disant «stimuler» les ainés! Le langage «gnangnan» était de mise et, tout comme vous, ce n’est certes pas l’idée que je me fais de ma vieillesse et du déclin de ma vie.

      Si le gouvernement Charest a tant investi chez les ainés c’est qu’il y voyait un intérêt, et surtout un bassin sympathique aux libéraux. Une manière de conserver leur seul - ou presque - appui francophone au sein de la population québécoise, et ainsi faire mentir les sondages qui indiquaient que le PLQ n’était pas le parti des francophones.

  • Michel Bédard - Inscrit 19 février 2013 10 h 02

    Mme Blais, bousculez les gouv. pour qu'ils agissent.

    Il y a tant à faire pour améliorer les conditions de vie de nos aînés. Elles se déterriorent de façon alarmante, notamment par les sordides agressions, vols et méfaits dont les aînés en régions sont victimes suite aux entrées par effraction dans les domiciles.

    • Fernand Lachaine - Inscrit 19 février 2013 19 h 23

      Madame Blais a fait partie du gouvernement Charest pendant 9 ans et demi et pendant ce temps nous, les ainés, avons vu nos loyers doublés de tarifs.
      Madame Blais, nous vous avons écrit concernant les redevances exigées par les organismes rabbiniques sur un nombre toujours grandissant sur des produits et aliments nécessaires dans les grandes surfaces ou les supermarchés et vous n'avez absolument rien fait. Comment expliquez vous votre autorisation de certifier la cashiration de papier aluminium par ces entreprises rabbiniques. Vous madame Blais comme ministre des Ainés vous nous avez laissés tomber et maintenant vous venez nous dire que le présent gouvernement devrait nommer un ministre des Ainés.
      Vous nous prenez pour des gourdes. Tout simplement.

    • Michel Bédard - Inscrit 19 février 2013 22 h 29

      @ M.LACHAINE. Prix exhorbitants des loyers pour les ainés, surtout dans les tours résidentielles, je le déplore aussi, vivement. Et les résidents prenant de l'age, susceptibles de subir une perte d'autonomie, peuvent se faire évincer... Scandaleux, et sans doute contraire aux dispositions de la Loi de la Régie du logement.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 19 février 2013 10 h 15

    Pourquoi une mascotte ministérielle des Vieux ?

    Les aînés méritent qu’on s’occupe d’eux. Créer ou non un ministère qui leur est dédié ne change rien aux soins qu’ils reçoivent. J’ai bien lu le texte de Mme Blais et je n’ai pas vu d’exemples de la détérioration des services offerts à cette tranche de la population.

    Donc il s’agit d’un texte démagogique qui vise à suggérer que le gouvernement Marois n’aime pas les vieux ou ne leur porte pas respect.

    À moins que cela ne soit nécessaire pour corriger une discrimination déplorable, je ne vois pas pourquoi on devrait créer un poste ministériel spécifiquement pour les personnes âgées ou au contraire, pour la génération X ou la génération Y, pour les personnes aux yeux bleus ou pour les nains, etc.

    En tant que vieux moi-même, je me sens beaucoup plus trahi par ceux qui ont pillé le trésor public pendant des années que par ceux qui viennent d’abolir un poste ministériel de trop.

    Jean-Pierre Martel, blogueur

    • Georges Washington - Inscrit 19 février 2013 14 h 55

      Attendez encore quelques mois SVP avant de festoyer. Cette clientèle est vulnérable. L'idée de Mme Blais n'est pas démagogique du tout, par contre il faut reconnaître que son passage à ce ministère a été plus symbolique qu'autre chose.

      Moi, je peux vous fournir des photos de ce que l'on donne à manger à nos aînés dans les CHSLD du gouvernement et je suis presque certain que votre animal domestique mange mieux que ça.

      On ne compte plus la quantité d'accidents dans la prestation de soins de santé à cette clientièle. Accidents qui coûtent très cher aux contribuables et qui coûte souvent la vie à ces gens. Mais, encore-là, le coroner est totalement complaisant. Et essayez de formuler une plainte pour voir. La loi de la Santé est ainsi faite que vos plaintes ne servent absolument à rien. La population s'indigne que la police enquête sur la police quand il y a des plaintes concernant les policiers, bien la loi de la Santé est bien pire que ça. Non seulement ce sont les médecins qui enquêtent sur les médecins, mais ce sont les médecins de la même région administrative et si vous portez votre plainte en révision, c'est l'établissement lui-même contre lequel vous formulez une plainte qui nomme le comité de révision qui inclus systématiquement le président du CA de l'établissement. C'est dans la loi de la Santé tout ça.

  • Yvon Bureau - Abonné 19 février 2013 15 h 00

    20 000 personnes âgées actives à l'université / UTA

    Madame Blais, vous écrivez que des personnes âgées «sont très actives : bénévolat, travail, activités d’apprentissage, de loisirs, de culture, etc.»

    Actives aussi elles le sont dans les Universités du 3e âge /UTA.
    J'ai déjà écrit ceci :

    «Voici un autre exemple que les personnes aînées ne représentent pas une « charge » pour les universités ou autres institutions qui les accueillent. Soulignons que plus de 20 000 d’étudiants âgés retournent sur les bancs d’école, continuent de se stimuler intellectuellement, contribuent activement à l’organisation et à la conception des programmes qui sont présentés à leurs pairs? Ils représentent par le fait même des modèles de « persévérance scolaire »; voilà un thème qui vous et nous est cher, à raison. Sans oublier des retraités de l’enseignement qui ont la possibilité de poursuivre la transmission de leur savoir et de leur passion et qui participent activement à la société. Cette société que l’on veut éduquée, en santé, innovante et inspirante.

    Nous croyons profondément que, dans chaque université du Québec, chacune respectant ses traditions, l’implantation d’un grand programme pour les 50 ans et plus, loin d’être une dépense, serait un apport considérable sur tous les plans, y compris celui financier. Comment ne pas imaginer la participation active de toutes ces personnes voulant collaborer au monde de l’enseignement, de la recherche et de l’implication dans la communauté ? Comment ne pas voir toutes ces personnes ayant le profond plaisir à continuer d’apprendre dans leur université et de partager ce plaisir à leurs descendants? Comment ne pas les voir conserver et améliorer leur santé, partageant leurs expertises, même leur sagesse? Comment ne pas les voir comme une richesse humaine et intellectuelle à mieux explorer ?»

    Et ce chiffre de 20 000 va continuer à augmenter.

    Mes salutations, madame Blais.