Libre-opinion - Développer nos enfants ou une business?

Le débat autour des nouvelles places annoncées par la ministre de la Famille porte essentiellement sur la réaction des garderies commerciales (privées à but lucratif) qui se plaignent de ce que la ministre ne les considère pas dans la création des nouvelles places subventionnées. Leur principal argument est que cela coûterait moins cher au gouvernement et que la création de nouvelles places en CPE représente une concurrence déloyale. Leurs représentants prétendent en effet que la création de CPE en installation menace la survie des garderies commerciales.


La décision de la ministre repose essentiellement sur le constat que les enfants qui pourraient profiter le plus de la fréquentation d’un service de garde à tarif réduit, c’est-à-dire les enfants vulnérables ou de milieux défavorisés, y sont moins présents qu’ils ne devraient. Cela n’est guère surprenant. Depuis la création de ces services à tarif réduit, les gouvernements ont d’abord favorisé l’allocation des places en vertu d’un objectif de conciliation travail-famille. Les besoins pressants des milieux où les parents travaillent ont d’abord été pris en compte dans la création des places. L’autre objectif poursuivi par la politique familiale qui a inspiré la création de ces services de garde éducatifs, à savoir le développement optimal de TOUS les enfants, passait alors forcément en second. Cela devint encore plus évident sous le gouvernement Charest, qui favorisa dès 2003 la création de places en garderies privées plutôt qu’en CPE. Or, les garderies commerciales s’installent d’abord là où il y a non seulement des enfants, mais surtout là où il y a des familles capables d’assumer un tarif quotidien élevé en attendant le remboursement partiel de ces frais par les crédits d’impôt.


La ministre a fait connaître très clairement ses objectifs : rehausser le taux de fréquentation des services de garde éducatifs chez les enfants les plus vulnérables. Conséquemment, elle favorise la création d’installations dans les milieux les moins fortunés, là où ne vont pas s’installer a priori les garderies privées à but lucratif, on en conviendra. De ce point de vue, on voit mal comment les garderies commerciales qui sont moins présentes dans ces milieux seraient à ce point menacées. Celles qui pourraient l’être se sont installées là où sévissait un manque important de places subventionnées et où les parents plus fortunés n’avaient pas d’autre choix que de payer le prix fort. Or, convoitées par les parents, les places à tarif réduit sont choisies lorsqu’elles deviennent disponibles. D’où l’intérêt des garderies commerciales pour ces nouvelles places subventionnées.


Cependant, au-delà de ces considérations mercantiles, deux recherches importantes arrivent à la conclusion que la qualité des services offerts en garderies commerciales est inférieure à celle que l’on retrouve dans les CPE. Les représentants de ces garderies ont fort à faire pour nous convaincre que les conditions de travail qui y prévalent sont égales à celles présentes dans les CPE, y compris en ce qui a trait au salaire. Ils ont aussi fort à faire pour nous démontrer que la formation initiale de leur personnel est égale à celle des éducatrices et éducateurs en CPE, et que la formation continue y est d’une aussi grande qualité. Ils ont aussi à démontrer comment ils arrivent à éviter le roulement de leur personnel, à assurer une présence stable de leur personnel sans laquelle il est bien difficile d’imaginer des liens d’attachement fort entre les enfants et le personnel et que ceux-ci puissent avoir une connaissance adéquate des enfants que les parents leur confient.


En un mot, les représentants de l’ensemble des garderies commerciales doivent faire la démonstration que leurs revendications visent d’abord le développement des enfants et non le développement de leur business.

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