Libre opinion - «Je suis Michèle» : une campagne démagogique

 

À mes collègues diplômés en recherche,

À tous ceux et celles qui donnent pour la recherche,

 
Les médecins, dirigeants de centres de recherche, chercheurs, étudiants et patients dénoncent les compressions sur le Fonds de recherche Québec -Santé (FRSQ) annoncées par le gouvernement. Je serais la première à dénoncer une telle décision, mais devant tant de démagogie, je m’inscris en faux.

Cette offensive lancée par 18 centres de recherche en établissement de santé met principalement l’accent sur l’espoir de guérison des malades et donne en exemple l’effet d’une compression directe de 10 millions sur certains programmes. Ayant reçu une excellente formation en recherche ici même au Québec, je ne peux accepter de tels arguments sans que j’y pose un regard critique.


Il faut tout d’abord savoir que les traitements expérimentaux et les techniques d’intervention de pointe sont la plupart du temps subventionnés par le privé, de façon directe ou par l’intermédiaire du FRSQ (Pfizer, Jansen, Fondation du cancer du sein, Fondation de recherche en sciences infirmières du Québec et consorts contribuant à ce Fonds). De plus, il existe sept programmes d’octroi au FRSQ totalisant plus de 100 millions et un même chercheur peut bénéficier de plus d’un programme à la fois. Les scénarios présentés par la campagne « Je suis Michèle » laissent croire que le conseil d’administration du FRSQ pourrait bêtement appliquer la compression sur un seul programme sans aucun regard sur l’ensemble des octrois et tenter ainsi d’en minimiser l’impact.


Je n’appuie pas cette offensive parce qu’elle ne met pas en relief tous les aspects du milieu de travail en recherche universitaire. On y parle de soutien aux étudiants de haut niveau et aux chercheurs établis. La diplomation aux cycles supérieurs est fortement valorisée, mais combien d’étudiants obtiennent un poste ? De ceux qui obtiennent un poste de chercheur, combien deviennent chercheurs établis ? Dans l’état actuel des choses, il y a trop de diplômés en recherche pour le peu d’emplois disponibles, mal rémunérés de surcroît. On oublie trop souvent que la recherche, c’est aussi ces milliers de diplômés devenus travailleurs qui mettent au point et exécutent les protocoles de recherche, qui forment les étudiants et qui permettent ainsi aux chercheurs des universités et des centres de recherche de publier leurs travaux et d’obtenir des fonds. Dans cette campagne, on souligne aussi l’effet d’une telle compression sur les budgets accordés aux centres de recherche. Les rapports annuels de ces derniers sont difficilement accessibles ou excessivement simplifiés, ce qui est surprenant de la part d’organismes publics, et on ne peut que se demander comment sont administrés les fonds octroyés.


La vitalité de la recherche ne peut pas s’appuyer uniquement sur les travaux des étudiants en formation et par le recrutement de nouveaux chercheurs ; l’avenir de ce secteur doit passer par une économie viable à long terme où les compétences et l’expérience des diplômés en recherche sont pleinement reconnues. Nous devons aussi nous assurer que la structure administrative des centres de recherche se conforme à une vision cohérente pour le développement et la pérennité de cette sphère d’activité économique qui, je ne peux dire le contraire, a toute son importance pour le Québec.

***
 

Roxanne Gendron - M. Sc., assistante de recherche Montréal

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

19 commentaires
  • Gaetane Derome - Abonnée 7 février 2013 00 h 33

    Vos collègues dénoncent mais pas vous..

    Vous dites dans vos premieres lignes que vos collegues denoncent ces coupures ainsi que les patients atteints mais pas vous..Moi,j'ai un peu de difficulte a vous suivre.Les statististiques de l'OMS sont alarmantes en ce qui concerne les cancers et les deces a cause de ceux-ci.
    Je pense qu'il faut continuer d'investir dans la recherche,particulierement en oncologie.Et pas juste une recherche sur les traitements mais aussi sur la prevention des maladies.Il y a du travail a faire...Voyez ce qu'on a pu faire avec le SIDA depuis les annees 80,tout cela grace a la recherche.
    Il ne faut pas enlever cet espoir aux gens et il ne faut pas cesser d'investir dans ce domaine.

    • Jonathan Prud'homme - Abonné 7 février 2013 10 h 36

      Une baisse de 2% au total, durant deux ans, avec hausse ensuite n'est pas une destruction de la recherche au Québec...

    • Yvan Dutil - Inscrit 7 février 2013 12 h 40

      Le programme subventionnés par le FQRNT ne sont pas les mêmes que par d'autres programmes. D'une part, en deux ans, votre chercheurs vont disparaître dans d'autres labos hors du Québec. Un chercheur ne peut pas se permettre d'êter au chômage.

    • Gaetane Derome - Abonnée 7 février 2013 14 h 48

      Et pourquoi devrions-nous accepter que nos chercheurs,nos "cerveaux" aillent travailler ailleurs?
      C'est bien petit ca...

  • Céline A. Massicotte - Inscrite 7 février 2013 07 h 00

    Les bonnes raisons

    Quand on n'est pas à l'intérieur du système, effectivement on peut avoir de la misère à suivre: cela ne veut pas dire que Mme Gendron est dans le champ.

    Presque dix ans de saccage des finances publique par qui on sait, ça laisse des traces: on n'a qu'à songer à l'abolition d'une mesure fiscale que les libéraux ont proposé pour aller chercher un deuxième mandat, alors qu'un grande majorité de Québécois étaient contre, plutôt rare, au subventionnement de la procréation assistée, qui coûte des milliards, tout ça pour plaire au dirigeant de l'empire Péladeau et à sa compagne: une publicité électorale gratuite pour les libéraux et une mesure presque unique au monde...

    Pour ce qui est du SIDA, on ne peut mettre que sur la recherche les avancées obtenues sur une trentaine d'années. La prévention, tant par les campagnes publicitaires que la création de centres visant à réduire l'infection chez les consommateurs de drogue par intraveineuses, entre autres, y est pour quelque chose.

    • Gaetane Derome - Abonnée 7 février 2013 16 h 04

      Les gens,semblent-ils,ont la memoire courte...On ne savait meme pas au debut des annees 80 comment se propageait le virus du sida..C'est a cause de la recherche,justement qu'on a pu faire par la suite toutes ces campagnes de prevention.

  • Yvan Dutil - Inscrit 7 février 2013 07 h 01

    Un problème réel.

    Ce que madame Gendron évoque c'est un problème que personne ne semble vouloir voir: il y a une surproduction massive d'étudiants aux études supérieures. Les profs sont fortement encouragés avoir superviser un maximum d'étudiants. De plus, les étudiants sont de la main d'oeuvre bon marché pour les centres de recherche. Le problème est qu'après les études, il y a très peu de postes disponibles à la hauteur de leurs compétences. Cela crée une situation extrêmement frustrante.

    Cependant, madame Gendron a oublié que les premiers à faire les frais de telles coupures seront les attachés de recherche.

  • Jean-Sébastien Ricard - Inscrit 7 février 2013 07 h 45

    Démagogie de forme, mais pas de fond

    Vous avez certes raison Mme. Gendron de dénoncer la stratégie démagogique employée par cette campagne, celle-ci repose sur un appel aux sentiments nuisant à la rationalité du débat. Néanmoins, j'aurais aimé vous entendre nous expliquer en quoi une coupure de plus 10% du budget des fonds de recherche québécois ne nuira pas à la recherche. Que vous dénonciez l'accès difficile aux rapports annuels des centres de recherche ou le manque d'emplois disponibles pour les étudiants diplômés est loin de me convaincre comme justification à ces coupes, d'autant plus qu'elles viennent d'un parti qui dit vouloir faire du Québec une société du savoir.

    J'aurais surtout aimé que vous indiquiez davantage vos couleurs. Il me semble que si votre expérience de chercheure peut vous conférer une certaine autorité sur la question, le fait que vous ayez été candidate pour le Parti québécois dans Outremont lors des dernières élections pourrait également biaiser votre jugement. Dénoncer la démagogie des centres de recherche est louable tout autant qu'appeler à plus de transparence de la part de ceux qui, comme vous, s'engage dans le débat public....
    http://www.journaloutremont.com/nouvelles/72-elect

  • Carl-Olivier Perras-Beaulieu - Inscrit 7 février 2013 08 h 44

    L'opinion d'une candidate du PQ

    Si on Google «Roxanne Gendron», on apprend qu'elle est coordonnatrice en recherche au CHU Ste-Justine.... mais surtout candidate pour PQ dans Outremont aux dernières élections et actuellement présidente du PQ dans Outremont.

    Voilà qui aide à comprendre.

    • André Le Belge - Inscrit 7 février 2013 10 h 24

      Toujours la même stratégie: tuer le cheval du messager afin que son message ne passe pas.

    • Jonathan Prud'homme - Abonné 7 février 2013 10 h 37

      et si on google le nom de la rectrice de McGill, on voit ses affinités libérales. Voilà qui aide aussi...

    • Martin Morissette - Abonné 7 février 2013 16 h 37

      Merci M. Perras-Beaulieu pour cette trouvaille, vous devriez offrir vos services d'enquêteur à M. Alain Gravel.

      Vous me rappellez l'importance d'être critique envers un article en me demandant d'abord quel est l'intérêt de celui qui l'a écrit. Si nous faisions cela plus systématiquement, nous serions mieux informés.

      Et si on google Carl-Olivier Perras-Beaulieu, on voit qu'il n'a aucun intérêt dans cette affaire là :) À moins que Substance Stratégie possède des compagnies pharmaceutiques parmis ses clients...

      Étant dans le milieu de la recherche, je sais très bien qu'une partie de l'aide gouvernementale à la recherche est un transfert d'argent public vers des compagnies pharmaceutiques qui veulent faire payer les autres pour leur recherches. L'aide à la recherche permet de faire payer le public pour des projets de recherche qui ne fonctionne pas.