Libre opinion - Veut-on vraiment d’une Agence des transports?

L’usager de la route devrait y penser deux fois avant de confier la gestion et l’administration du réseau routier à une agence autonome. Surtout si cette dernière se voit soustraite aux servitudes de la reddition de compte de la Loi sur l’administration publique et délestée de l’imputabilité ministérielle directe provenant de la Loi sur la fonction publique.


Lors de la reprise des travaux parlementaires, en février prochain, nos députés seront appelés à étudier et voter une loi constituant l’Agence des transports du Québec. Entre la prise de connaissance des objectifs de la loi et l’exercice d’une critique méthodique du contenu juridique et réglementaire en regard de ces prétentions, il y a une marge que nos élus ne peuvent plus esquiver. Le contexte endémique de corruption, révélé par la commission Charbonneau, fait de nos représentants élus les principaux responsables des mesures curatives et préventives de l’économie de l’État.


La route est le patrimoine de tous les citoyens. Coûteuse et polluante pour les écologistes, négligée et embouteillée pour les automobilistes convaincus ; tous conviennent qu’elle transporte les biens et services requis pour la population. Vecteur d’accès pour la santé, l’éducation et la culture, la route est également source d’activité économique intensive en région, et favorise l’occupation naturelle du territoire.


Quelles garanties offrira une future agence quant à la nécessité de maintenir ce patrimoine ? Quelle logique économique prévaudra dans la fixation des priorités opérationnelles et stratégiques ? Voudra-t-on investir dans le savoir-faire de l’organisme, afin d’opposer une concurrence inaltérable en régie interne, dans ce marché aux industriels incestueux ? Saura-t-elle résister et sévir contre le chant des sirènes d’entreprises véreuses, qui blanchissent l’argent sale de nos moeurs électorales inavouables ? L’automobiliste verra-t-il une différence de performance sur le remplissage des nids de poules, dans les corrections structurelles de chaussée, ou dans le prix des réparations et des restaurations ?


Ce débat ne sera pas celui des seuls usagers de la route, car la route est une réalité plus complexe que la seule implication de ses utilisateurs. Ce débat ne sera pas, non plus, celui des économistes et des comptables, car la rationalité économique de la concurrence n’a pas résisté à la tentation de collusion, dès la disparition des ressources en régie interne du ministère. Et la logique comptable n’a que faire de la qualité des infrastructures et de la pérennité du patrimoine routier de la province. Dans l’optique comptable, la réglementation n’est qu’une dépense superflue, génératrice de coûteuses tracasseries judiciaires.


Au fond, c’est à tous les citoyens d’être les premiers invités au débat visant la création de l’Agence du transport du Québec. Nous sommes les payeurs et les bénéficiaires de ces équipements. Nous sommes les voyageurs et les consommateurs qui se véhiculent sur ces structures. Nous sommes les masses de travailleurs en transit de la banlieue vers la ville. Nous sommes les occupants des territoires conservés et reculés. Nous sommes, en toute logique, les premiers souhaitant partager nos besoins et nos moyens. Nous entendons être les propriétaires consciencieux des ressources qu’on se donne pour rester unis les uns aux autres. Et ça, ça s’appelle la responsabilité ministérielle du ministre des Transports.

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Louis Jubinville - Longueuil

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