Libre opinion - Le soleil du Cirque doit briller sur Montréal

L’onde de choc a aussi pris une ampleur qu’explique la longue trajectoire couronnée de succès et de rendements exceptionnels que nous avons tous suivie avec admiration et parfois avec une certaine envie. L’entreprise veut maintenant revoir ses processus et s’adapter à une économie qui tourne encore au ralenti. Cela dit, qu’une entreprise d’une taille mondiale réajuste ses opérations n’est ni étonnant ni exceptionnel. Ce qui est exceptionnel ici, c’est que Montréal abrite une entreprise culturelle affichant un milliard de dollars de chiffre d’affaires, embauchant près de 5000 employés à travers le monde et menant de front autant de projets complexes et ambitieux dont l’essence est la création artistique. Elle est aussi la seule compagnie sur la planète qui présente autant de spectacles simultanément. Cette entreprise n’est pas en danger. Dans l’ensemble, la situation financière du Cirque demeure solide et bien qu’elle ait essuyé cette année une première perte nette, ses ventes de billets ont atteint des records.


Nuages noirs


Depuis sa création en 1984, le Cirque du Soleil défriche de nouveaux territoires et repousse les limites du spectacle vivant. La compagnie réunit une centaine de corps de métier qui collaborent et créent à la fine pointe de leur spécialité respective. Le Cirque est un immense laboratoire de recherche et développement qui innove sur les plans artistique, technologique, logistique et technique.


Par ailleurs, nombre de nos metteurs en scène, auteurs, scénographes, concepteurs d’éclairage, musiciens ou spécialistes de la production travaillent à la conception et au déroulement de tous les spectacles du Cirque à travers le monde. Ces contrats permettent ensuite à certains artistes de réinvestir leurs cachets dans leurs propres créations. Le milieu culturel de Montréal nourrit bien la trajectoire du Cirque et en tire des bénéfices tangibles, constants et diversifiés. C’est également vrai pour les maisons d’enseignement, comme l’École nationale de Cirque, l’École nationale de théâtre et pour de nombreuses facultés universitaires. On a aussi vu essaimer de nombreuses petites entreprises de création et de service pour soutenir les ambitions et besoins du Cirque, qui brillent aujourd’hui ici et à l’international.


Les nuages noirs vont passer. Le Cirque a certainement l’intelligence d’apprendre, de se réajuster et de se réinventer. Nous avons collectivement intérêt à ce qu’il y parvienne rapidement, car la métropole culturelle axée sur la création qu’est devenue Montréal ne pourrait pas se passer de ses apports directs et de son rayonnement mondial.

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Simon Brault - Directeur général de l’École nationale de théâtre

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