Libre-opinion - Résolu se conduit de manière indigne

Produits forestiers Résolu, anciennement AbitibiBowater, on connaît bien ici. En 2009, après plusieurs mois de résultats positifs (eh oui, positifs !), la compagnie décide de fermer sa division de Beaupré, alors principal moteur économique de la région et employant 350 personnes. La compagnie jugeait que la région, après plus de 75 ans de loyaux services, n’avait plus tant à lui offrir, ou plutôt lui donner. Parce que c’est bien d’un don qu’il est question. La compagnie a, pendant toutes ces années, puisé la ressource dans les terres s’étendant au nord de notre région jusqu’à ce qu’elle soit contrainte d’aller chercher encore plus loin, faute d’approvisionnement suffisant. Elle a utilisé notre rivière pour le transport jusqu’à ce que les camions remplacent la drave. Et au moment où bon nombre de travailleurs s’approchaient de la retraite, elle a mis la clé dans la porte, les privant des fruits de leur travail. Vous trouvez que c’est déplaisant ? Attendez !


En 2009, AbitibiBowater a profité de la protection contre les créanciers assurée par la loi du même nom pour s’acquitter de seulement 11 % de ses obligations envers ses employés nouvellement congédiés. Cela concerne précisément l’indemnité de départ. Pendant cette même période, le conseil d’administration accordait une prime de 17,5 millions à son président sortant John Weaver pour sa contribution aux finances de la compagnie. Dérangeant, dites-vous ? Oui, mais il y a pire.


Pendant ce temps à Québec, notre cher gouvernement libéral répond à cette situation pour le moins irrégulière en garantissant un prêt à AbitibiBowater pour lui permettre de retrouver le chemin de la rentabilité. Une sorte d’entérinement des agissements de la compagnie malveillante. Il n’en fallait pas plus pour que, dans un contrat de vente à un démolisseur, AbitibiBowater inclue une clause lui assurant que rien ne reviendrait ni à la ville ni aux syndicats des ex-travailleurs de la papeterie. Le sort en était jeté, la région avait tout donné à la compagnie pendant des années, et aujourd’hui, elle perdait même la possibilité de relancer elle-même l’usine. Choquant ? C’est bien vrai, mais ce n’est pas tout.


Résignés, les retraités prématurés ont entrepris de profiter de leurs rentes chèrement acquises ou de se trouver un petit revenu d’appoint. Les plus jeunes se sont redirigés pour la plupart vers d’autres domaines, tous déterminés à tourner la page. Voilà qu’aujourd’hui, ce passé obscur revient les hanter. Les nombreuses fermetures d’usines ont entraîné une importante diminution du nombre de travailleurs cotisant au régime de retraite. Le nombre de rentiers n’ayant pas diminué pour autant, le régime de retraite se retrouve une fois de plus en difficulté. Une fois tous ces coups encaissés, la compagnie propose maintenant aux retraités de transférer leurs fonds à la Régie des rentes du Québec à condition d’accepter une diminution de 35 % de leurs revenus. La belle affaire ! Et dire que rien n’oblige les compagnies à gérer leurs régimes de retraite de façon intelligente et honnête. Ignoble, voilà, ignoble !


Lorsque je lis les propos de Richard Garneau, président de Résolu, rapportés dans un texte du Devoir : « Pour pouvoir continuer d’opérer au Québec, il faut des bonnes conditions », je n’en crois pas mes yeux. Il se plaint de quoi, ce monsieur à cravate ? Il n’a pourtant rien à craindre, il pourra continuer de brasser ses affaires en paix sous l’égide du bon gouvernement péquiste qui s’inscrit en continuité avec la philosophie économique libérale. On n’a qu’à se rappeler la réponse du ministre des Finances, Nicolas Marceau, questionné l’automne dernier à l’émission Tout le monde en parle au sujet de la nationalisation des ressources naturelles. Celui-ci a soutenu qu’il s’agissait d’une entreprise beaucoup trop risquée et qu’il se verrait mal jouer l’argent des contribuables de cette façon. Au point où nous en sommes, je ne sais pas s’il n’y a de risque plus grand que de confier ne serait-ce qu’un dollar à une entreprise du secteur des ressources naturelles telle que Résolu.

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