Libre opinion - Le scoutisme, une école de leadership

Le 22 février, les scouts à travers le monde soulignent l’anniversaire du fondateur de leur mouvement, lequel constitue encore aujourd’hui une formidable école de leadership. Au moment où plusieurs pays sont confrontés à une crise de leadership, tant dans le secteur public que dans le secteur privé, on mesure l’importance de toute contribution sensible au développement de l’excellence et à la réduction de la médiocrité de ceux et celles qui sont appelés à diriger.

Partout, on cherche de véritables leaders. Ils sont rares. Les grandes sociétés sont disposées à payer une fortune pour retenir les services de femmes et d’hommes qui savent analyser des situations complexes, prendre des décisions judicieuses, donner des ordres, déployer des ressources pour atteindre des objectifs audacieux, former et mobiliser des équipes gagnantes, conduire des projets, planifier, organiser et contrôler dans des contextes difficiles. Plutôt que de former des chefs, des écoles de management préfèrent investir dans les gadgets technologiques pour développer des techniciens, des technocrates ou des bureaucrates. Le déficit de leadership actuel de plusieurs grandes organisations, publiques ou privées, freine leur progrès à court terme et met en péril leur survie à long terme.

Comment le scoutisme forme-t-il des leaders ? Par sa méthode pédagogique centrée sur le service. Le leadership s’y exerce au service des autres, pour le bien de la collectivité. Ce qui est recherché par l’engagement (la promesse scoute), la vie en équipe (le système des patrouilles), l’organisation des camps, des aventures et des projets, c’est de faire découvrir aux jeunes le service du bien commun. L’adulte chef scout, pour sa part, est un leader porteur d’un projet. Il sait écouter et comprendre, être patient, faire preuve d’empathie et de persuasion dans le but d’être lui-même au service des membres de son unité scoute et de ses concitoyens. Le rêve du scoutisme est de construire une société meilleure, plus juste et plus chaleureuse. Le moyen choisi pour y parvenir consiste à renforcer chez ses membres la capacité et le goût de servir, et à créer de cette façon un effet d’entraînement convaincant et durable.

Or, le leadership véritable, pour l’essentiel, est fondamentalement collectif. Il se définit par le service. Le leader authentique est un serviteur de l’intérêt général. Il sait prendre en compte les besoins et les priorités de l’ensemble dont il assume la charge. Il y met un soin particulier. Sa contribution spécifique, faite de vigilance et de vision, amène un changement de gouvernance, laquelle permet à toute personne faisant partie du groupe de devenir plus sage, plus libre et plus autonome. Cette personne devient de cette manière plus à même de servir à son tour la société.

Au sein d’une puissante école de leadership, chaque aventure fournit aux scouts l’occasion de se dépasser, d’apprendre à se connaître et de découvrir le monde. Du coup, le mouvement scout trace une route de liberté à 28 millions de jeunes dans 155 pays.

***

Camille Genest - Ancien chef de la troupe Saint-Louis, 7e Québec
6 commentaires
  • Guy Vézina - Inscrit 24 janvier 2013 10 h 32

    Beau texte

    J'ai connu un Camille Genest dans les années 60 dans le cadre d'un camp de formation en scoutisme alors que nous étions tous deux dans l'équipe d'animation. Nous étions tous deux instructeurs en natation, moi à Plessisville et Camille à Donnacona. Si c'est le même, alors salutations amicales!

    Votre texte me rappelle ces belles années consacrées au scoutisme; j'ai fais ma promesse à l'âge de 13 ans à Victoriaville en 1956 et suis devenu commissaire diocésain quelques années plus tard. Mes années de scoutisme m'on effectivement amené à exercer un leadership durant toute ma carrière en éducation physique et en sport étudiant; aujourd'hui retraité, je suis retourné à l'Université pour une maîtrise en étude du religieux contemporain; mes réflexions actuelles portent justement sur la liberté religieuse et l'égalité femme-homme dans le contexte actuel du Québec laïque et moderne.

    Ayant connu l'évolution du Québec à travers ses diverses adaptations, je peux me permettre d'affirmer que le scoutisme est une véritable école de formation qui doit se poursuivre dans la vision du fondateur Lord Baden-Powell of Gilwell; il a rendu son dernier souffle en laissant ce beau message: «quittez cette terre en l'ayant rendue meilleure». Voilà ce qui motive mon engagement depuis l'adolescence!

    Guy Vézina
    Racine

  • Guy D'Aoust - Inscrit 24 janvier 2013 13 h 58

    L'engagement

    Le leadership dans le scoutisme, c'est aussi l'engagement: contribuer à une société où chaque individu à sa place. C'est un défi au quotidien! Le leader chez les scouts est un homme ou une femme qui invite au dépassement de soi et qui rayonne dans sa collectivité. Le leadership dans le scoutisme se vit au travers des activités, des jeux, l'implication communautaire et environnementale mais surtout et avant tout: le RESPECT des autres et des différences. Le leader chez les scouts s'épanoui dans le multicullturalisme. Il respecte toutes les religions. C'est aussi protéger le faible. C'est faire de son mieux. Le scoutisme, c'est préparer les leaders de demain! C'est un exemple à vivre et à suivre!

    Guy D'Aoust
    Laval

  • Robert Halley - Inscrit 24 janvier 2013 22 h 01

    Où en est le scoutisme aujourd'hui?

    En réaction à votre opinion!

    Ma conviction concernant le scoutisme a évolué depuis l’âge de 9 ans. Aujourd’hui, j’en ai 59. Le scoutisme a fait mon éducation dans un contexte de famille monoparentale depuis 1957. J’ai assumé plusieurs rôles et fonctions de leadership au sein de l’organisation canadienne dans son ensemble. Je proviens de l’ex-57 e St-Denis, Québec.

    Le passé est le passé. Les objectifs fondamentaux en matière de scoutisme demeurent là et omni présents aujourd’hui. Mais comme l’a dit BP à sa manière, il y a le scoutisme et il y a les organisations scoutes.

    Les organisations scoutes au Québec et au Canada ont vécu de nombreuses guerres que je n’hésite pas à qualifier de guerres fratricides. Elles en marquent aujourd’hui les séquelles. Les organisations scoutes ont été régulièrement confrontées à des abus d’hommes sans scrupules qui n’ont pas hésité à utiliser leur pouvoir pour satisfaire leurs besoins sexuels. Les organisations scoutes ont été confrontées à plusieurs conflits de valeurs, notamment au plan confessionnel et au plan géopolitique. Mais aussi, combien de ces adultes, hommes et femmes, en situation d’autorité, ont profité du rôle qui leur était attribué pour agir par abus de pouvoir mais encore plus dommageable par harcèlement psychologique pour satisfaire leurs désirs. Mais le scoutisme est encore là!

    Là est ma perspective de la réalité scoute québécoise et canadienne francophone du scoutisme. Nous en sommes à des années lumières du leadership scout.
    Quand j’examine les profils et les comportements des dirigeants du scoutisme francophone canadien, il ne fait aucun doute dans mon esprit que ce scoutisme nage profondément dans le fonctionnarisme de pouvoir qui est à mille lieux de l’entrepreneurship et des valeurs scoutes en référence. Ils tuent en ce moment même le scoutisme.

    Robert Halley
    Québec

    • Joey Hardy - Inscrit 25 janvier 2013 07 h 23

      Là où il y aura des hommes, il y aura de l'abus. Les cas d'abus dont vous faites référence ne sont en nul point la norme.

      Les valeurs véhiculées dans cet article sont bien réelles et actuelles. S'il y a quelque chose au sein du scoutisme qui devrait évolué, c'est l'enseignement chrétien.

  • Guy D'Aoust - Inscrit 25 janvier 2013 10 h 46

    Réaction: Où est le scoutisme aujourd'hui?

    J'oeuvre dans le scoutisme montréalais depuis quelques dizaines d'années. Il est vrai et sain qu'une organisation s'ajuste aux réalités de sa communauté et de son époque! Les abus, il y en a eu. Ce qui est important maintenant, c'est de savoir et de connaître tous les mécanismes qui existent pour éviter les dérapages. Ce qui malheureusement étaient absent autrefois! Le scoutisme dans la grande région de Montréal se porte bien et son membership progresse. Les valeurs et les objectifs restent les mêmes! Une formation de qualité est diffusée aux animateurs (trices) comme aux gestionnaires. L'implication d'entreprises, des services de polices et de pompiers tout comme des leaders de la scène politique témoignent de la vitalité et de l'importance du rôle du scoutisme auprès de la communauté! Une organisation qui reste à l'écoute de son milieu est une organisation vivante, énergisante et dynamique. Heureusement, le scoutisme ne repose pas sur votre seule opinion ou votre expérience personnelle. Je suis désolé pour vous. Toutefois, je ne peux que saluer ces centaines de femmes et d'hommes qui semaine après semaine sont actifs, présents et généreux en offrant le meilleures d'eux-mêmes pour faire de ces jeunes, des adultes engagés, respectueux et responsables. Sans oublier, les 28,000,000 de garçons et filles qui dans 160 pays vibrent du scoutisme. De plus, on estime à 500,0000,000 le nombre de personnes qui ont fait leur promesse scout! C'est sans oublier que le scoutisme est la seule organisation pour les jeunes reconnue par l'ONU. Ça, c'est une réalité 2013 !

    Guy D'Aoust
    Bénévole chez les Scout de Montréal Métropolitain

  • Robert Halley - Inscrit 25 janvier 2013 20 h 45

    Où en est le scoutisme aujourd'hui?

    Merci pour avoir répondu à ma réaction. Soyez assuré que j’en partage une bonne partie. Permettez-moi une opinion critique de votre écrit. Mais avant, sachez que ne m’attends pas recevoir des fleurs. Plutôt le pot !

    D’abord, je tiens à affirmer que je suis partie prenante de la proposition du scoutisme de BP. Là où j’en suis, c’est mon constat personnel de ce que les organisations scoutes en font, encore pire en ce moment. J’ai une grande confiance dans ce qui se fait dans les groupes scouts à l’échelle locale, avec la reconnaissance que, comme dans tout milieu, il y a du bon grain et il y a du mauvais grain, même à Montréal :))).

    Ma première critique à l’endroit de votre opinion est la suivante : « J’œuvre dans le scoutisme montréalais ». Selon votre écrit, il appert qu’il y a un écart entre le scoutisme francophone montréalais et le scoutisme francophone ailleurs au Québec et au Canada. Quand j’ai exprimé mon opinion sur les guerres géopolitiques, je faisais exactement référence à cela.

    Ma seconde critique concerne votre affirmation à l’effet que le scoutisme dans la région de Montréal se porte bien. Permettez-moi cette seconde analyse dans une perspective franco-canadienne. Comme vous l’avez possiblement connu, il y avait auparavant les louveteaux dont le but était de préparer au scoutisme qui s’adressait spécifiquement aux adolescents, soit de 12 à 17 ans. Monsieur Genest a fait partie de cette époque. Remettons donc honnêtement les choses dans leur contexte.

    En conséquence, l’Association des scouts du canada regroupe combien de scouts en ce moment, soit des jeunes de 12 à 17 ans? Combien a-t-elle recruté de nouveaux adolescents en 2012? Ceci, c’est la réalité. L’Association des scouts du Canada n’est plus capable de recruter des jeunes de 12 à 17 ans dans son organisation. Et vous me parlez de leadership! La grande majorité des membres jeunes de l’Association sont des enfants alors que la proposition de BP s’est toujours adressée aux adolescents.