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Libre opinion - Les ailes de Montréal ont été coupées… par Montréal?

Michel Archambault (Le Devoir, 21 janvier) a raison de dire que le manque de liens directs entre Montréal et certaines destinations importantes est un problème pour la métropole. Mais il a tort de montrer du doigt Air Canada. Deux facteurs sont à prendre en considération pour comprendre pourquoi l’aéroport de Montréal est devenu un aéroport de second rang en termes mondiaux.

Le premier est le volume de trafic : il est difficile d’avoir des vols réguliers sur des destinations pour lesquelles on ne parvient pas à remplir un avion. Il s’agit donc de bien étudier les marchés et de voir si, effectivement, le nombre de déplacements réguliers entre Montréal et Beijing, New Delhi et d’autres destinations clés justifieraient un service direct. Je n’ai pas la réponse, mais une telle analyse est importante avant de montrer du doigt telle ou telle compagnie aérienne.


Mais on pourrait bien objecter à ce premier argument que le manque de trafic reflète la difficulté qu’ont les Montréalais d’aller vers ces métropoles mondiales et, à l’opposé, la difficulté qu’ont les résidents de ces métropoles de se rendre à Montréal - car il n’y a pas de liens directs ! Or, il faut remonter dans l’histoire des aéroports montréalais - deuxième facteur à prendre en compte - pour comprendre pourquoi il n’y a pas de liens directs. En effet, avant la construction de Mirabel, l’aéroport de Dorval, à Montréal, était la plaque tournante des vols transatlantiques canadiens (l’Europe étant, à l’époque, la principale destination mondiale). Les vols intercontinentaux arrivaient de Paris, Londres, Bruxelles et Zurich, et les passagers étaient redistribués sur des vols vers leurs destinations en Amérique du Nord - New York, Toronto, Calgary ou Los Angeles, par exemple. Or, lorsqu’on a construit Mirabel, on a transféré les vols intercontinentaux vers ce nouvel aéroport au nord de Montréal, tout en laissant les vols intra-continentaux à Dorval. Pour changer d’avion entre des vols inter et intracontinentaux il fallait désormais faire 60 km en autocar. Inutile de dire que les passagers et les transporteurs ont cherché d’autres solutions, et Pearson - l’aéroport de Toronto - en a profité.


En parallèle, l’on connaît tous l’histoire politico-économique des quarante dernières années, qui ont vu Toronto reprendre les rênes de l’économie canadienne. Bien évidemment, ce ne sont pas les aéroports qui ont causé ce basculement, mais les cafouillages aéroportuaires à Montréal ont coïncidé avec la croissance du marché de voyageurs torontois au détriment de celui de Montréal.


Nous arrivons donc en 2013. Ce n’est plus l’Europe, mais l’Asie qui compte les principales destinations d’affaires et sources de touristes. Ce n’est plus Montréal mais Toronto qui génère le plus de déplacements par avion vers ces destinations. Et, même si les vols inter et intracontinentaux ont finalement été réunis à Montréal, l’aéroport de Pearson a pris plusieurs longueurs d’avance, grâce non seulement à son marché local, mais aussi au fait qu’il a pu, dans les années 1970 et 1980, devenir la plaque tournante pour les vols intercontinentaux est-canadiens, rôle que Montréal lui a offert sur un plateau.


Certes, il est dommage que Montréal n’ait pas plus de vols directs vers des destinations importantes. Si le volume de déplacements le justifie, sans doute que Air Canada pourrait en rajouter. Mais de là à montrer du doigt Air Canada et à dire que cette entreprise nuit à l’économie de la métropole, il y a un pas que l’histoire ne permet pas de franchir sans faire de grands raccourcis.

12 commentaires
  • Yves Capuano - Inscrit 22 janvier 2013 05 h 01

    C'est le fédéral qui est le maître du fiasco de Mirabel!


    Vous connaisez bien mal l'histoire de la saga de Mirabel. C'est le fédéral qui a été le maître d'oeuvre de tout ce fiasco. Parlez-en aux expropriés de Mirabel! Quand vous dites " Or, lorsqu’on a construit Mirabel, on a transféré les vols intercontinentaux vers ce nouvel aéroport au nord de Montréal, tout en laissant les vols intra-continentaux à Dorval. Pour changer d’avion entre des vols inter et intracontinentaux il fallait désormais faire 60 km en autocar. Inutile de dire que les passagers et les transporteurs ont cherché d’autres solutions, et Pearson - l’aéroport de Toronto - en a profité. "

    Votre "on" c'est le gouvernement fédéral. Pourquoi a-t-il agi ainsi ? Sans doute en partie pour ne pas déplaire à une certaine clientèle d'affaire de l'ouest de Montréal, composée de bons libéraux, qui ne souhaitait pas avoir à se rendre à Mirabel pour prendre ses vols vers les États-Unis et Toronto.

    Cette décision, honteuse, du gouvernement fédéral (comme si Montréal pouvait se comparer à Paris en terme de traffic aérien) a sonné le glas de Montréal comme plaque-tournante aérienne nord-américaine. Il est vrai que le Parti Québécois, fraichement élu en 76, n'a rien fait pour aider à construire les infrastructures nécessaires au développement de Mirabel comme de construire la 50 vers Ottawa et la 13 ainsi qu'un lien direct vers Dorval. Cependant, en transférant tous les vols vers Mirabel et en fermant Dorval, le gouvernement fédéral aurait rendu beaucoup plus indispensable ces constructions dues au provincial car le rôle de Montréal comme plaque tournante aurait été beaucoup plus facile à conserver et le volume du traffic aérien aurait justifié de tels investissements. À noter que le PQ a toujours été, jusqu'ici, un parti à tendance anti-autoroutière, ce qui n'a certe pas aider non plus. Mais dès le départ de la conception de cet aéroport, la confrontation entre Québec (dirigée par le PLQ) et le fédéral a été claire car Québec souhaitait un aéropor

    • Sylvain Auclair - Abonné 22 janvier 2013 10 h 25

      En effet.

      Rappelons aussi que Mirabel devait aussi desservir Ottawa, alors qu'on a agrandi l'aéroport d'Ottawa, et que c'est pour cette raison qu'il est dans les Basses-Laurentides. Le gouvernement du Québec l'aurait vu en Montérégie, près de l'autouroute 20, pour desservir aussi Québec.

  • Michel Archambault - Abonné 22 janvier 2013 05 h 06

    Montréal : métropole aux ailes coupées!

    Cher collègue,

    On ne refera pas l'histoire! Jean Drapeau avait une vision intelligente de l'interconnexion des transports vers Mirabel par train et par avion qui était à l'époque complémentée par un projet de voie rapide routière d'Ottawa (soutenue par Jean Marchand, le ministre fédéral des Transports ). Et on aurait dû alors fermer Dorval. Malheureusement, c'est du passé et on paie encore pour cette non réalisation. On imagine aujourd'hui l'utilisation efficace de ce train rapide par les nombreux travailleurs qui doivent se "taper" la 13 et la 15 à tous les jours!

    Le modèle d'affaires d'Air Canada postule des économies d'échelle et la plaque tournante qu'est devenue Toronto l'incite à constituer un réseau de satellites pour l'alimenter. Je ne peux reprocher à Air Canada de maximiser ce modèle, car bâtir un deuxième hub à moins d'une heure d'avion de Toronto ne serait pas rentable pour les actionnaires. Cependant, il ne faut pas pour autant subir et se croiser les bras, d'autant plus qu'Air Canada jouit d'un avantage indéniable dans l'octroi des routes, dans le cadre des relations bilatérales. Les acteurs économiques de Montréal doivent être pro-actifs et engager des discussions avec Air Canada et d'autres transporteurs étrangers pour nous relier avec les destinations d'aujourd'hui et d'avenir qui comptent! Montréal pourrait se poser comme une plaque tournante intéressante pour les Maritimes, Ottawa et certaines régions de la Nouvelle-Angleterre. Aux Montréalais d'y voir!

    Michel Archambault, ESG UQAM

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 22 janvier 2013 07 h 14

    Clients

    Faut regarder un 'tit peu plus loin (dans le temps). Les centres d'administrations sont parti vers Toronto, la clientèle aussi !

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 22 janvier 2013 17 h 52

      Tout ce desastre grace a celui dont le nom remplace AEROPORT DORVAL.
      Grand apotre du Quebec!!!! J-P,Grise

  • Jean Claude Pomerleau - Inscrit 22 janvier 2013 08 h 21

    L'opinion d'une très grande urbaniste : Jane Jacobs

    Robin Philpot nous rapport une des dernières entrevues de Jane Jacobs:

    (...)

    Jane Jacobs a précisé sa pensée à ce sujet en entrevue en mai 2005. « Si le Québec était souverain, Montréal jouerait un rôle différent au sein du Québec. Ce serait comme en Europe, comme Paris, Copenhague, Stockholm, Francfort et, peut-être, Berlin. Toutes ces villes ont eu des rôles importants à cause de leur indépendance et parce qu’elles comptaient sur leurs propres moyens. [...] Les villes ne prospèrent pas toutes seules. Elles doivent faire du commerce avec d’autres villes, mais sur un pied d’égalité. [...] Dans le cas de Toronto et de Montréal, il y a un potentiel pour d’excellentes relations commerciales, mais ceci ne peut se faire sans un certain degré d’indépendance politique. Il s’agit d’une situation où Montréal et Toronto en sortiraient gagnants. »

    En 1980, Jane Jacobs a conclu son chapitre sur Montréal et Toronto comme suit : « Comme nous le savons, la dépendance est débilitante. Sa contrepartie est parfois aussi vraie. C’est-à-dire que, parfois, l’indépendance libère des efforts de tous genres, dégage des sources d’énergie, d’initiative, d’originalité et de confiance en soi jusque-là inexploitées. »

    Sommes-nous collectivement prêts à nous résigner au déclin de Montréal et à toutes les conséquences de ce déclin ? J’en doute ! Le choix est donc clair. La souveraineté du Québec, et le plus tôt possible.

    Robin Philpot

    Auteur du Référendum volé, Intouchables, 2005

  • Claude Jourdain - Inscrit 22 janvier 2013 08 h 33

    45km

    En passant, Dorval - Mirabel sont à 45km de distance pas 60. Et il devait y avoir un train rapide.

    • Sylvain Auclair - Abonné 22 janvier 2013 10 h 23

      Je me rappelle qu'on nous l'avait promis pour 1975, ce train. La gare est déjà prête à Mirabel.