Libre opinion - Contre le droit de tuer autrui

C’est avec tristesse que les membres de Vivre dans la dignité apprennent que le gouvernement ira de l’avant avec l’étude d’un projet de loi qui renie le droit inviolable de chacun à la vie, et cela au nom de l’humanité et de la compassion ! La loi fédérale qui fait du meurtre sous toutes ses formes un crime exprime concrètement que tout meurtre atteint gravement nos valeurs communes. Le droit de vivre de l’autre, et donc la prohibition du meurtre, fonde le tissu même de notre égalité et de notre société.


Mais la fascination de faire partie des gens jeunes, beaux et autonomes ôte pour certains toute dignité aux malades dépendants. Il faut achever leur vie rapidement, plutôt que de soigner efficacement… Et pour cela, on veut introduire un contresoin, le meurtre, élevé au rang des gestes de compassion, et demander aux soignants de poser ce geste !


Mais avez-vous entendu les soignants qui se penchent sur la fin de vie réclamer le droit de tuer leurs malades ? Sont-ils à court de puissants médicaments pour restaurer le confort ? Non. Ils ont clairement dit à la Commission qu’ils n’avaient pas besoin de cela pour garder leurs malades confortables jusqu’à la fin. Alors si ce n’est pas eux qui sont impliqués, qui demande ce « droit » de tuer autrui ? Qui a inventé ce terme fallacieux « d’aide médicale à mourir » pour déguiser une injection létale terminale en un soin approprié ?


On propose maintenant de faire des règlements pour accorder à certains et dénier à d’autres le « privilège d’être tués » ! Il faudra donc des experts qui feront des pronostics incertains… Il faudra juger et quantifier la souffrance vécue par les uns et les autres : une tâche impossible. Cette porte ne tiendra jamais et on se retrouvera comme en Belgique avec des euthanasies accordées parce que la vue et l’ouïe faiblissent, causant « une perte irréparable » du jouir de la vie…


Et que dire des pressions de certaines familles trop occupées pour soutenir leurs malades et qui veulent en finir parce que le mourir est trop long ! Tout cela empêchera de découvrir l’entraide, la compassion, l’amitié ou l’amour. Tout cela dissoudra notre lien : le pays, est-ce seulement pour les gens autonomes ?


Pour beaucoup de bien portants, il n’y a rien à vivre en fin de vie. Pour d’autres qui vivent au contact de cette réalité, c’est un puissant terrain de transformation et de compréhension de notre nature humaine. Les soins palliatifs sont appréciés parce qu’ils soulagent efficacement ceux qui meurent tout en permettant des découvertes importantes pour ceux qui restent.


C’est la seule voie viable pour un avenir plus humain et pour des deuils plus sereins. Le gouvernement en place doit donc faire porter tous ses efforts sur l’amélioration des soins palliatifs et les rendre accessibles à tous les citoyens qui en ont besoin.


Accepterons-nous que nos lieux publics de santé deviennent maintenant des lieux dangereux où le malade peut être tué ? Des lieux où le malade ne peut plus changer d’idée ? Des lieux où le médecin tuerait plutôt que de soigner ? Des lieux où il deviendrait dangereux d’amener papa ou maman ? De telles inquiétudes ont été exprimées maintes fois durant les audiences de la Commission sur la question de mourir dans la dignité. Qui les a entendues ?

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42 commentaires
  • André - Inscrit 18 janvier 2013 01 h 07

    Trompé ou pas !!!

    A vous lire, j'ai l'impression qu'on m'a dupé, que les média m'ont mal informé et qu'ainsi le gouvernement va mettre en place une sorte de «gestapo» pour éliminer les malades dont on veut se débarasser.

    Ce que j'ai compris plutôt, c'est qu'on veut, et c'est le coeur du projet, développer les soins palliatifs au Québec pour permettre aux malades de vivre une fin de vie avec dignité, tout cela encadré par des règles clairement établies.

    • François Dugal - Inscrit 18 janvier 2013 08 h 55

      Les médias ne vous ont pas trompé, M. Laflamme, ils ont seulement colporté un vocabulaire inadéquat.
      M. Vinay ne suggère pas la mise en place d'une Gestapo de l'euthanasie, mais d'un droit juridique qui oblige un médecin (ou un collègue consentant) à commettre sous certaines conditions une forme de meurtre dans des établissements de soin.
      Il souligne seulement que ce droit est à la fois contradictoire et inutile.
      Contradictoire parce que le meurtre n'est pas un soin, mais la mise à mort de la personne qui demande un soin.
      Inutile parce qu'avec les avancées considérables des techniques de soins palliatifs, la fin de vie n'a plus besoin d'être une souffrance absurde. On peut soulager à toute fin pratique toutes les souffrances physiques.
      Il ne reste plus, dans ce cas, qu'à s'assurer que les patients ne souffrent pas psychologiquement - qu'ils trouvent encore une raison de vivre - c'est-à-dire qu'ils puissent passer des derniers moments humains, avec d'autres êtres humains.
      Or, dans ce cas où des personnes ne trouvent plus de sens à la vie, elles ont beaucoup plus besoin de contacts humains que d'un peloton d'exécution. S'il fallait - en plus de décriminaliser le suicide - donner le droit et les moyens de l'appliquer à la personne suicidaire de mettre fin à ses jours, c'est toute une société qui manquerait à ses responsabilités.

  • Djosef Bouteu - Inscrit 18 janvier 2013 02 h 33

    Euh minute les raccourcis démagogiques. Il est question, pour les gens souffrant d'une maladie incurable et en grande souffrance de pouvoir demander le respect de leur liberté de choix et de mourir dans la dignité.

    Cette demande ne peut pas émaner d'un tiers ni être le fruit de pressions d'un tiers.

    Le droit inviolable de chacun à la vie n'implique pas une «obligation inconditionnelle» à la vie que vous pouvez imposer à tous.

    Parlant de nos valeurs communes, on est pas en terre conservatrice religieuse. Au Québec, il y a un large consensus autour des conclusions de la commission mourir dans la dignité.

    Vos questions du dernier paragraphe ne sont pas des inquiétudes pertinentes -c'est pour ça qu'elles ne sont pas assez entendues à votre goût-, la Commission n'ayant jamais ouvert la porte à ce que vous invoquez. Ce sont plutôt des questions réthoriques agitées en épouventail de peur de la «pente glissante».

    Vous ne pouvez pas choisir à la place d'un malade sans espoir de survie et en grande souffrance qu'il doit mourir.

    Et grâce à la commission, vous ne pourrez bientôt plus choisir à la place de cette même personne et à forcer à vivre un calvaire à temps plein.

    • François Dugal - Inscrit 18 janvier 2013 09 h 06

      Il est vrai que le rapport Ménard prévoit des conditions en apparences très strictes et très claires pour que la demande de fin de vie soit jugée recevable.
      Cependant, quand on y regarde de plus près, rien n'est assuré.
      Le droit soit-disant individuel de la personne qui veut choisir le moyen, le temps et le lieu de sa mort dépend de sa capacité à faire un choix «autonome», qui ne dépend que de son propre jugement. Mais dans la réalité, la personne est en relation avec son milieu. Une personne âgée qui se sent un poids pour ses enfants fera de manière autonome le choix de les décharger de sa vie. La pression d'un tiers aura donc été au coeur de son raisonnement autonome.
      Il n'y a pas d'obligation inconditionnelle à la vie, mais le privilège de pouvoir la vivre jusqu'au bout de manière confortable physiquement et surtout significative psychologiquement.
      Si une personne montre des signes suicidaires (justifiés ou non à nos yeux ou aux yeux de la loi), devons-nous lui tendre une main pour qu'elle se relève ou une arme pour qu'elle puisse s'enlever la vie?
      Et oui, les questions de M. Vinay sont toutes pertinentes, parce que le processus qu'elles critiquent est remis dans les mains de juristes qui ne connaissent pas, de toute évidence, ni la réalité ni la philosophie des soins palliatifs.
      Que de tels juristes puissent encore appeler un meutre une «aide à mourir», dans la dignité qui plus est, montre à quel point ils sont inaptes à juger de la vie et de la mort de leurs concitoyens.
      Du reste, la médecine avance : les calvaires à temps plein sont aujourd'hui calmés par des remèdes beaucoup plus efficaces que des «Je-vous-salue-Marie». N'arrêtons pas le progrès du soin palliatif sous prétexte qu'on a une solution plus économique à portée de main dans le meurtre de ceux-qu'on-ne-veut-plus-voir.

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 18 janvier 2013 12 h 46

      Bien que je sois d'avis que la majeure partie du texte est un tissu de sophismes où on joue sur les mots pour donner l'impression d'ouvrir le "droit au meurtre", l'argument selon lequel il risque d'y avoir des abus si l'euthanasie devient permise me paraît assez fort. Même si en principe, la décision ne peut pas être prise par d'autres que le malade lui-même, qui sait si une pression insidieuse ne peut pas être exercée sur eux? C'est une question extrêmement délicate.

  • Gaston Bourdages - Abonné 18 janvier 2013 06 h 04

    «La souffrance, porteuse d'indignités ou...

    ...l'indignité, porteuse de souffrances?»
    Sujet très pointilleux qui peut aussi avoir cette propriété de nous convier à un rendez-vous avec un des plus désagréables (qualificatif bien choisi?) sentiment humain. Mais encore? L'impuissance. Combien impuissants nous pouvons être devant et face à la souffrance...celle de «l'autre»?
    Qui n'a pas souhaité être «à la place» de cet être cher, souffrant? Si légitime comme réaction!
    Personne, à date, semble-t-il, n'a trouvé de juste et équitable réponse aux «pourquo?i» et «comment la souffrance?»
    Vouloir l'éradiquer...rien de plus «normal»
    Quels inqualifiables rendez-vous avec sa conscience que ceux de contribuer à la «mort de l'autre» ! ? D'autres et moi en portons d'inqualifiables tragiques expériences et la souffrance est encore présente.
    Mes respects,
    Gaston Bourdages
    Simple citoyen - ex-bagnard et écrivain publié «en devenir»
    Saint-Mathieu de Rioux, Qc.
    http://www.unpublic.gastonbourdages.com

  • Michel Lebel - Abonné 18 janvier 2013 06 h 26

    Oui aux soins palliatifs!

    Je ne puis qu'être d'accord avec ce texte du Dr Vinay. Je dis bravo! Aller dans la voie de l'euthanasie serait une gravissime erreur de société. Oui à la voie des soins palliatifs et non au meurtre!


    Michel Lebel

    • François Dugal - Inscrit 18 janvier 2013 08 h 14

      Monsieur Lebel, maintenant, nous sommes deux à être d'accord.

    • Nestor Turcotte - Inscrit 18 janvier 2013 09 h 53

      Le «suicide assisté» n’est pas un suicide. Ce qu’on appelle faussement un suicide assisté est en réalité un homicide. Quelqu’un tue quelqu’un en lui disant qu’il l’aide à se tuer, ça s'appelle tur un autre. C’est ridicule de dire qu’on l’assiste. On se tue soi-même ou on est tué par un autre. Dans le premier cas, il s’agit d’un suicide, dans le deuxième cas, il s’agit d’un homicide. A-t-on le droit de tuer quelqu’un en lui disant qu’on l’aide à mettre fin à ses jours?

      «Mourir dans la dignité» est une autre expression ambiguë. Est-ce à dire que ceux qui acceptent de mourir d’une façon naturelle, sans l’aide de quoi que ce soit ou de qui que ce soit, ne meurent pas dans la dignité? La mort est une réalité naturelle. Elle vient en son temps, lorsque le corps de désagrège rapidement. La plupart des gens meurent sur cette planète de façon naturelle et ils meurent dignement puisque c’est la condition humaine de mourir, après un certain nombre d’années passées sur cette terre.
      Le pape Pie XII avait pourtant déclaré qu’il est licite de supprimer la douleur au moyen de narcotiques, même cela a pour effet d’amoindrir la conscience et d’abréger la vie. Dans ce cas, la mort n’est pas voulue ou recherchée. On veut simplement atténuer la douleur de manière efficace en recourant aux analgésiques dont la médecine permet de disposer. En morale, on appelle cela un acte indirect. On pose un geste (ici, donner des calmants) dont le but direct est d’atténuer la souffrance, en sachant bien (indirectement) que cela va accélérer la fin de vie terrestre. Si on appliquait cette direction qui date de 1959, le problème serait en grande partie réglé!

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 18 janvier 2013 12 h 49

      Monsieur Turcotte,
      à moins que je me trompe, la différence entre suicide assisté et euthanasie active est justement que dans le premier cas, c'est le malade lui-même qui pose le geste causant sa mort ; le médecin lui fournit les outils, et ultimement, il peut changer d'avis quand vient le moment de poser le geste fatal. L'euthanasie active, par contre, implique que c'est le médecin qui pose le geste causant la mort.

      Si quelqu'un peut me détromper ou confirmer cette distinction je l'en remercie.

  • Georges Ouellet - Abonné 18 janvier 2013 08 h 33

    Pas de panique

    Je ne peux qu'être surpris de voir un ancien doyen de la Faculté de Médecine faire un usage aussi immodéré, en guise d'argumentaire, du sophisme de la pente glissante.

    • Sylvain Auclair - Abonné 18 janvier 2013 11 h 51

      Que voulez-vous, les médecins ont appris la médecine, pas à discuter.

    • Normand Richard - Inscrit 18 janvier 2013 13 h 35

      Tout à fait d’accord avec vous. Qui plus est, on surestime grandement les moyens de soulager la douleur. Comment soulager des patients atteints de SLA ou de cancers du poumon qui suffoquent, lentement, jusqu’à la mort?

      Permettre au patient d’activer lui-même un mécanisme de libération me semblerait beaucoup plus humain que de le laisser étouffer à petit feu.

    • Georges Ouellet - Abonné 18 janvier 2013 19 h 09

      à M. Sylvain Auclair:

      J'ai moi-même été formé à la faculté de Médecine de l'Université de Montréal, justement durant le décanat du Dr Vinay. Et on m'y a enseigné, en première année de médecine, la logique argumentaire. D'où ma surprise de voir Dr Vinay utiliser ce genre de procédés discursifs fallacieux.

      Georges Ouellet MD