Libre-opinion - Croire à Noël

Je suis agnostique. L’agnosticisme est une sorte de position philosophique. Les agnostiques refusent de trancher sur l’existence de Dieu ou des dieux ou s’en reconnaissent incapables. C’est mon cas. Jusqu’à tout récemment, lorsque l’on me demandait pourquoi j’étais agnostique, je répétais cette phrase empruntée à je ne sais plus qui disant que je crois en Dieu, mais que je ne peux me faire à l’idée qu’il me regarde prendre ma douche. Aujourd’hui, je doute que Dieu existe parce Damas existe ; que des enfants traumatisent un peu plus chaque jour à Gaza et qu’un fou armé peut, en quelques minutes, briser une communauté entière en éliminant une classe de première année. Ce fut le cas récemment à Newtown. Une communauté qui pourrait être la mienne. Mon fils est présentement en première année.


L’autre jour, j’ai fait monter un collègue qui marchait vers son auto stationnée trop loin. On fait cela dans une communauté comme Trois-Rivières.


- Toi, Farid, tu fais quoi à Noël ?


- Je ne sais pas. On va acheter des cadeaux aux enfants. Pour nous, Noël c’est surtout l’occasion de dire aux enfants qu’on les aime.


- Es-tu chrétien ?


- Je suis de culture musulmane. Ça veut dire que c’est la religion d’où je viens, mais que je ne pratique pas vraiment.


- Moi je suis de culture judéo-chrétienne. Je le sais parce que je peux expliquer à mon gars qui est Jésus et nommer deux des trois Rois Mages et leurs cadeaux sans consulter Google. J’ai récemment acheté un banc de l’église qui fermait près de chez moi. Mon voisin et sa camionnette sont venus le récupérer avec moi. On fait cela dans une communauté comme Trois-Rivières.


- T’as besoin de rien, Yvon ? Tout est à vendre.


- Non ! Mon père serait triste, c’est lui qui l’a construite, cette église-là.


- Toi, les églises qui ferment, ça te fait quoi ?


- Bof !


Des fois, je me dis que si Jésus était venu au monde 2012 ans après Jésus, il trouverait un drôle de mélange de gens qui l’accueilleraient sans trop y croire et des gens qui y croiraient sans trop l’accueillir. Comme si la quête de la messe d’autrefois se faisait maintenant en format pâtes alimentaires, par des animateurs de radio au coin de la rue un matin d’hiver.


Quand même drôle de me voir expliquer à mon gars de six ans que regarder Les douze travaux d’Astérix est une tradition du temps des Fêtes au même titre que les cadeaux ; ou son calendrier de l’avent décoré de personnages des Avengers, dont Thor (le dieu de la foudre de la mythologie nordique). Et quand on parle de la crèche à la maison, c’est surtout pour prévenir la petite dernière de ne pas laisser le chien se sauver avec le boeuf ou l’âne placés sous le sapin.


Je ne crois pas qu’être agnostique au Québec soit un choix, une philosophie ou une position fondée sur des bases bien définies. C’est plutôt le résultat d’une société où la courte pointe tire pas mal dans toutes les directions.


Noël pour les Québécois de tous azimuts, religions, cultures ou générations est maintenant un espace réservé aux proches et à la réflexion.


- Papa, t’as demandé quoi au père Noël ?


- 20 minutes pour regarder dans les yeux de ta mère…

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8 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 21 décembre 2012 05 h 18

    C'est pas juste...

    Imprimons en caractère gras, cette réflexion entendue récemment de la part de certains sociologues et historiens des religions. "Il est toujours plus facile de croire que de réfléchir".
    Il me revient à la mémoire cette anecdote, dont j'ai été témoin. Une mère de famille, menant difficilement la tâche d'élever sa famille de 6 enfants, suite au décès de son mari, se rend un jour visiter à sa soeur qui avait pris soutane dans une communautés religieuse. C'était effectivement aux environs de NOËL. Bavardant, dans le calme et le confort des corridors impeccables de l'institution, la religieuse laisse tomber une réflexion à l'effet que sa propre place au ciel serait plus élevée que celle qui attend sa soeur. La mère de famille a répliqué, en élevant légèrement le ton: C'est pas juste...

    • André Roublev - Inscrit 21 décembre 2012 14 h 05

      Est-ce vraiment si facile de croire ?? De vraiment croire en Dieu ? A mon humble avis, il est définitivement plus facile, en 2012 de réflechir que de croire !!!

    • Jean Guy Nadeau - Abonné 21 décembre 2012 19 h 24

      Le problème c'est de croire et de réfléchir. J'y ai passé une bonne partie de ma vie. Pas facile! Maintenant, je suis en break. En deuil.

  • Fabien Nadeau - Abonné 21 décembre 2012 08 h 22

    Pas juste, bis...

    Une religieuse responsable de la photocopie dans une école à qui on faisait un reproche quelconque qui réplique sèchement: "N'oubliez pas que vous parlez à une sainte!"

    Et Paul VI qui sera canonisé. Mettons que je m'en fous un peu.

    Mais lorsque mon petit-fils après une visite à l'église en préparation du spectacle de Noël dit à sa mère qu'il y avait des statues, et un monsieur presque nu accroché à une "pancarte", sa mère comprend qu'il va falloir lui donner un peu de culture religieuse.

    La religion est une belle fantaisie, une belle mythologie, à raconter aux enfants avec des extraits de l'Odyssée, avec les merveilleuses légendes amérindiennes ou nordiques.

    Le problème, c'est quand des gens croient que Vénus a existé, puis que la fin du monde est pour aujourd'hui.

  • Nestor Turcotte - Inscrit 21 décembre 2012 09 h 59

    Agnosticisme

    La pensée contemporaine est constamment soumise à l'influence d'un agnosticisme qui met en doute que l'intelligence humaine ne puisse jamais connaître et affirmer la vérité avec certitude. Et pas seulement dans le domaine religieux.

    Cette affirmation est-elle vraie, à savoir que l'intelligence humaine ne peut en aucun cas connaître ou affirmer la vérité? On peut répondre à celui qui se dit agnostique:«C'est bien avec votre intelligence humaine que vous affirmez cela ? Alors, cela est-il vrai?» S'il répond que cela n'est pas vrai, il a ainsi reconnu son erreur, mais s'il répond que cela est vrai, le voilà en contradiction flagrante avec lui-même puisqu'alors il y a pour lui au moins quelque chose qui est vrai, et c'est précisément l'affirmation qu'il n'y a rien de vrai.

    Thierry Maulnier a bien ridiculisé cette contradiction dans sa pièce de théâtre «LE SEXE et LE NÉANT» qui est une excellente satire de la philosophie contemporaine. Autre excellente satire sur l'agnosticisme: «l'Hurluberlu» d'Anouilh où à la question: «Que se passe-t-il?» un personnage répond: Il ne se passe rien. Il ne s'est jamais rien passé. Il ne se passera jamais rien.» (Autre négation de l'évidence immédiate de l'expérience).

    Aristote confondait déjà Protagoras, le premier des agnostiques. Être agnostique, c'est cesser de penser, c'est devenir végétal, car dès que la pensée existe, elle affirme quelque chose.

    Bref, il est facile, si on fait encore de la philosophie sérieusement, de démontrer que l'agnosticisme (qui ne touche pas seulement le domaine religieux) est en réalité contradictoire, absurde ou impossible.

    (Note: l'auteur de ce texte semble confondre «Croire» (domaine de la foi qui implique aussi la raison) et admettre (domaine exclusivement de la science expérimentale et philosophique).
    Joyeux NOËL !

  • Michel Bédard - Inscrit 21 décembre 2012 11 h 10

    Le problème...

    F.Nadeau: "La religion est une belle fantaisie, une belle mythologie à raconter aux enfants avec des extraits de l'Odyssée, avec les merveilleuses légendes amérindiennes ou nordiques. Le problème, c'est quand des gens croient que Vénus a existé, puis que la fin du monde est pour aujourd'hui."

    En soit, un beau roman plein d'images pour mieux faire comprendre l'essentiel, l'Amour, en autant qu'on veuille bien y "réfléchir", y comprendre les symbolismes, et donc s'accorder le temps pour y arriver.

    "Il est toujours plus facile de croire que de réfléchir", G.Paquet et quelques sociologues.

    Anecdote. Un dimanche matin je stationne l'auto dans un quartier résidentiel de Longueuil, et je reste assis un long moment. Les trottoirs sont déserts. Au loin, un musulman vient dans ma direction sans me remarquer. Il s'arrête, baise les doigts de sa main droite et touche le trottoir avec sa main... J'ai tout de suite fait le lien entre lui et Jean-Paul II qui, dès qu'il mettait le pied sur un sol étranger, s'agenouillait pour baiser le sol... C'est dire à quel point les religions se ressemblent, pour l'essentiel... reconnaître et rendre grâce (manifester l'Amour pour les bienfaits de la vie). Embrasser notre terre nourricière, notre enfant, la femme qu'on apprécie, une médaille qu'on a remportée dans un tournoi, cet arbre qui vous procure ombrage en été (et cet autre qui vous procurera chaleur en hiver dans le foyer), etc. En somme, embrasser la Vie.

    Michel Bédard.

    • Albert Descôteaux - Inscrit 21 décembre 2012 12 h 34

      Si l'essentiel des religions consistait à "reconnaitre et rendre grâce" comme vous le dites, le monde serait totalement différent.

      Malheureusement, les religions sont plus souvent qu'autrement sources de conflits et de haine. Les religions divisent plus qu'elles n'unissent les humains. Sans compter cette satanée volonté d'imposer ses croyances et rituels aux autres.

      Bref, un monde sans religions et croyances dérivées d'une autre ère serait certainement plus facile à vivre, et permettrait certainement à une plus grande part de l'humanité d'apprécier la Vie.

  • Jeannot Duchesne - Inscrit 21 décembre 2012 12 h 09

    On fait cela dans n'importe laquelle communauté (ce n'est qu'un clin d'oeil).

    On peut s'informer aussi par la lecture, l'internet et bien d'autres médias ce qu'est Noël et connaÎtre ses origines. En tout premier lieu la fête de la lumière à cause du solstice d'hiver, une fête antérieure à la fête religieuse qui a récupéré le symbolisme de la montée de la lumière par la naissance de Jésus en début d'année liturgique.

    Pour moi une église ce n'est qu'un bâtiment, c'est comme les écoles; il y a en a qui ferment et d'autres qui ouvrent selon les besoins des communautés vivantes. Pour certains de ceux qui les ont fréquentées, la nostalgie fera place à la tristesse mais pour d'autres ce ne sera qu'une étape normale à l'évolution de la société. Rien de pire et de plus dangereux que l'immobilisme pour l'être humain.

    Au fait, votre collègue Farid, vous n'auriez pas pu échanger avec lui sur le banc que vous avez acheté. Les Églises de demain ne seront pas en pierres et c'est plus prometteur.

    Joyeux Noël!