Libre opinion - Les hurluberlus sont de retour

Tels des oiseaux migratoires qui auraient manqué de jugement, les cyclistes d’hiver sont de retour dans nos rues. En fait, ils ne les ont jamais quittées puisqu’ils roulent à longueur d’année par principe écologiste, par obstination ou par dépendance au sport. Ce qui les a quittés avec la première neige, par contre, c’est leur sens élémentaire de la courtoisie et leur capacité à bien comprendre le cadre routier.

Depuis quelques années, le nombre d’irréductibles qui croient raisonnable de faire du vélo l’hiver se multiplie, situation frappante au lendemain d’une tempête ou les jours de verglas. Qui retrouve-t-on alors en plein milieu de la rue bloquant les automobilistes ou, pire, les autobus de la STM? Souvent, le piéton les rencontrera aussi sur des trottoirs aux dimensions restreintes, et il devra s’aplatir pour leur céder le passage.
 
Est-il légitime qu’un cycliste bloque la voie à deux rangées d’automobiles sur Christophe-Colomb un mardi matin de tempête? Je ne crois pas. J’y vois plutôt un manque de civisme qui malmène la bonne entente routière, car, l’hiver, il n’y a pas de place dans la rue pour les cyclistes.
 
En effet, les amoncellements de neige glacée de chaque côté des rangées de voitures stationnées (côté trottoir et côté rue) réduisent l’espace disponible dans les rues. De plus, la seule façon d’avancer à une vitesse acceptable l’hiver est de rouler dans les traces des automobiles, car seule la friction de leurs pneus permet de dégager entièrement l’asphalte. Quelle ironie: c’est le passage d’un grand nombre d’automobiles qui rend praticable le vélo hivernal! Et c’est la même raison qui place les cyclistes devant nos pare-chocs, car, déjà ralentis par le froid, c’est le seul endroit où ils peuvent avancer plus vite qu’un piéton — mais bien moins vite qu’une auto.
 
Un partage raisonnable 

Et maintenant, la question qui tue: quelle est votre réaction, chers cyclistes, lorsqu’un piéton vous bloque le passage sur une piste cyclable? Honnêtement? J’entends encore les drelin-drelin, les sifflets et les soupirs d’exaspération que vous émettez dans cette situation (et encore, vous pouvez contourner l’obstacle). Demandez-vous alors quel est le sentiment des automobilistes qui poireautent derrière vous pendant plusieurs intersections? Ils démontrent une grande civilité ou une complaisance gênée en ne klaxonnant pas alors qu’ils sont pris en otage par des concitoyens ayant décidé que la rue leur appartenait.
 
Les glorieux cyclistes d’hiver imposent leurs principes ou leur dépendance aux autres usagers de la route. Des associations de vélos militent même en ce sens, faisant preuve d’un dogmatisme qui ne tient pas compte des conditions routières réelles. Les pistes cyclables, même multipliées, même déneigées, ne couvriront jamais qu’une fraction des rues et resteraient partiellement glacées. C’est dommage, mais le vélo l’hiver n’est pas praticable et devrait être interdit, même si l’hiver est doux, car les précipitations demeurent trop fréquentes et repoussent à chaque fois les cyclistes au milieu de la rue.
 
Je suis un multi-usager de la route (métro-autobus l’hiver et bicyclette le reste de l’année au boulot, piéton de quartier et automobile pour les courses), et je crois au partage raisonnable de la route entre tous. Chacun doit faire des compromis, ce que l’automobiliste qui coule ses stops, le piéton-roi qui ignore tout le monde à une intersection et le cycliste incapable de ranger son vélo l’hiver ne comprennent pas.
 
Comme pour tous les comportements excessifs, il faudrait intervenir avec des amendes surtout, j’insiste, en pleine tempête de neige ou de verglas. Un cycliste qui bloque un camion de déneigement, c’est la totale! Et le problème ne se règle pas en portant un casque, il est plutôt à l’intérieur du casque.
43 commentaires
  • Paul-Mercier Gouin - Abonné 17 décembre 2012 02 h 59

    Ben voyons!

    «Est-il légitime qu’un cycliste bloque la voie à deux rangées d’automobiles…» Je ne vois pas très bien comment un cycliste peut bloquer deux voies avec son vélo, mais il y a bien des automobilistes qui ne devraient pas circuler dans les conditions que vous décrivez, car eux, ils ralentissent la circulation en occupant deux voies. Devraient-on leur imposer une amende?
    «… il faudrait intervenir avec des amendes surtout…» et pourquoi pas un petit séjour en cellule et la saisie du vélo, tant qu'à y être.
    Les comportements que vous décrivez sont l'exception, il ne faut pas généraliser.
    Je précise que je ne suis pas un cycliste, sauf à de très rares occasions.

  • Louis Fortin - Abonné 17 décembre 2012 07 h 42

    question de perspective

    Étant un de ces «hurluberlus» je trouve ce texte insultant et méprisant ce matin, et ce même s’il soulève une problématique juste. L’auteur de cette lettre souligne à juste raison l’absence d’endroit dédié au vélo en hiver. Je pourrai renchérir en signalant que même l’été la place est restreinte… Plutôt que de bannir ce mode de transport, pourquoi ne pas proposer des solutions comme le déneigement de toutes les pistes cyclables ? Le vélo est mode de transport fort valable l'hiver, mais les situations dangeureuses ou dérangeante continueront à se produire tant que nous ne lui ferons pas plus de place.

    Tout est question de perspective ici et c’est encore celle du tout à l’auto qui est valorisé. Il semble toujours y avoir de la place pour les voitures et il ne viendrait à l'esprit de personne de cesser le déneigement des rues pour les voitures ou les troittoirs pour les piétons...

    • Gaston Fringon - Inscrit 17 décembre 2012 16 h 35

      Question de relativisme

      Moi-même amateur de sports (parfois extrêmes) d'hiver (planche à neige, hockey) et aussi amateur de motocyclette tout-terrain l'été (fullcross, en québecois..), je trouve très risqué de mélanger automobiles et bicyclettes dans le même circuit. Je ne suis pas assez téméraire pour aller mettre ma vie entre les mains des automobilistes, même l'été (je n'emprunte pas les routes qui n'ont pas d'accottement). Allez donc ajouter de la neige à cela et il ne reste que les inconscients pour aller s'y aventurer.

      Je désire cependant voir la bicyclette devenir le mode de transport numéro un en ville. Simplement, rouler en vélo dans la neige au travers d'un paquet d'autos, ça me semble beaucoup plus risqué que les sports extrêmes que je pratique, lesquels ne comportent pas d'autos ayant une adhérence et une visibilité limitée par la neige.

    • Martin Dubois - Inscrit 17 décembre 2012 18 h 48

      J'ai à manoeuvrer tous les jours parmi ces cyclistes hurluberlus. Je pourrais faire un rapport statistiques absolument fidèle à la moyenne de leurs comportements. Loin de moi l'idée d'idéaliser le comportement des automobilistes. Mais alors que les cyclistes refusent que toutes règles du code de la route ne s'appliquent à eux, et ce dans une proportion alarmante, ils s'octroient en même temps une priorité sur les automobiles dans le partage de la rue. Mais il y a bien pire. Ils refusent systématiquement d'utiliser les pistes cyclables, de moins en moins utilisées. Sur St-Denis, dernière rue théoriquement consacrée aux automobilistes dans le sud de la ville, ils sont des dizaines à longer les voitures stationnées alors que le flot d'automobiles les frôlent à bonne vitesse, et passent ainsi à un cheveu de la mort tous les jours, tous les soirs. Le pire c'est ce manque de soin à leur propre vie, avec leur obstination à ignorer complètement les automobilistes, les coupant dangeureusement, traversant ou navigant entre les voitures sans ralentir et surtout sans regarder. N'ayant aucune conscience semble-t-il de leur vulnérabilité, ils comptent sur la vigilance des automobilistes pour survivre malgré leurs écarts. Ainsi, tous les jours des automobilistes sauvent des dizaines de vies par leur prudence. Mais au prix d'une rage et d'une frustration qui s'en vont croissantes. Les altercations se multiplient. Que se passera-t-il le jour où, lassés, les automobilistes décideront eux aussi de ne pas ralentir, freiner ou s'arrêter pour éviter de heurter des cyclistes?

    • Louis Fortin - Abonné 17 décembre 2012 21 h 42

      J'éviterai de tomber dans l'anecdotique et ne nierait pas plus le comportement délinquant de certains cyclistes. À l'inverse, je ne compte plus le nombre d'automobiliste passant sur ma lumière réservée pour sauver quelques secondes.
      Ceci dit, c'est l'oeuf où la poule: le jour où plus de place sera faite aux cyclistes (pistes cyclables et autres) ces derniers n'auront plus à mettre leur sécurité en jeu à travers le flot de voitures.

    • Martin Dubois - Inscrit 18 décembre 2012 13 h 01

      Anecdotique? Non, les pistes cyclistes actuelles sont plus fréquentées par les coureurs que par les cyclistes. Faites l'expérience, filmez si vous voulez! Vous constaterez vous-mêmes les faits. C'est typique de voir une piste cyclable abandonnée en plein été pendant qu'une meute de cyclistes roulent dans la voie à côté, parmi les voitures! Alors ce n'est pas l'oeuf ou la poule. C'est l'oeuf, la poule, le beurre et l'argent du beurre!

    • Yves Perron - Inscrit 19 décembre 2012 07 h 52

      Et qui paierait pour dénaiger vos pistes cyclables? J'ai roulé et je roule encore à bicyclette(l'été) mais j'ai appris et compris depuis longtemps que la route était faite pour les voitures en priorité et pour rouler plus vite.
      J'ai horreur de ces cyclistes de ''parade'' qui s'habillent comme des courseurs avec leurs casques aussi laids qu'inutiles en se pavanant ayant l'air de dire '' voyez comme je suis un modèle '' , mais qui ont une Volvo et souvent 2 stationnées dans la cour de leur maison à 500,000$.

      Les mêmes qu'on voit à la campagne l'été avec leurs vélos accrochés derrière leur voiture de luxe habillés en extra terrestre question de montrer qu'ils sont au dessus de la masse .

      J'aime la byciclette mais simple et sans fla fla...C'est rendu comme sur les pistes de skis ...: Une parade pour épater la galerie. Alors l'hiver au moins sortez vos Volvos et cessez de déranger ceux qui roulent en Sunfire...

  • Jaber Lutfi - Inscrit 17 décembre 2012 08 h 33

    Un code de la route pour cyclistes

    La courtoisie, oui. Un code commun c'est plus clair.

  • Christine Arsenault - Abonnée 17 décembre 2012 08 h 47

    Un moyen de transport de son temps.

    À une époque où les changements climatiques et la sédentarité menacent des populations et diminuent l'espérance de vie, les modes de transports actifs amènent une solution concrète réaliste à des problèmes réfractaires. Et si le moment était venu de leur accorder la place qu'ils méritent, en sécurité sur les voies cyclables pratiques, à l'année ? Non, la route n'est pas un bon endroit pour les vélos pour des raisons de sécurité, surtout pas l'hiver. Il est toutefois injuste de reprocher aux cyclistes de vouloir imposer leur vitesse diminuée à tout le monde, alors que ce sont eux qui sont contraints se déplacer dans des routes non-adaptées, malgré la pleine légitimité de ce moyen de transport.

    J'habite à Québec où il est encore moins sécuritaire qu'à Montréal de se déplacer à vélo, de telle sorte que je range mon vélo l'hiver pour partager l'autobus avec les autres. J'attends avec impatience un changement de mentalité.

  • André Boulanger - Inscrit 17 décembre 2012 09 h 45

    Après 25 ans de pratique du vélo-4-saisons, j'en conclu que :

    La pratique du vélo d'hiver est là non seulement pour rester mais va continuer à prendre de l'expension dans les rues montréalaises. Quand on est pressé, l'être ou le véhicule devant soi est toujours trop lent. Donc, ce n'est pas le véhicule le problème mais le manque de civisme de celui qui est dans le petit casque de vélo ou dans le gros casque à quatre roues ;0)