Libre-opinion - La recherche universitaire est-elle condamnée?

Il est des décisions politiques difficiles. Rétablir « à marche forcée » l’équilibre des finances du Québec en fait partie. Inutile d’épiloguer sur le fait que les compressions envisagées seront douloureuses partout où elles s’appliqueront. Cependant, parmi les mesures retenues, certaines paraissent incompréhensibles. Ainsi en est-il de la réduction de 140 millions du budget des universités québécoises dans le contexte du gel des droits de scolarité promis par la première ministre lors de sa campagne électorale. Il est difficile, à ce sujet, de ne pas se souvenir du passage de Mme Marois à la fin des années 90, au ministère de l’Éducation : une même politique de rigueur ciblée et inexplicable vis-à-vis des universités. À se demander si Mme Marois a un grief particulier à leur égard. Je laisse les recteurs et principaux des universités du Québec faire les démarches qui s’imposent, mais crains qu’ils n’aient guère plus de succès que leurs prédécesseurs de 1996 !

Plus inquiétante, selon moi, est la mesure consistant à réduire le budget du Fonds de recherche du Québec Nature et technologies (FRQ-NT) de 50,1 millions à 35,2 millions, soit une coupe de 30 % (comparée à des coupes de l’ordre de 13 ou 14 % pour les autres Fonds de recherche du Québec, Santé ou Société et Culture). Sur quelles bases une telle mesure a-t-elle été décidée, sachant que le Fonds « scientifique » FRQ-NT est de loin le moins financé des trois Fonds québécois, contrairement à ce qui s’observe ailleurs, à commencer par les Conseils de recherche fédéraux ? L’ampleur de la compression relève de l’aberration. Doit-on y voir une brimade poussée à l’extrême ? Un mépris de la science dans les instances du Parti québécois ? Rappelons, pour ceux qui ne connaîtraient pas le rôle de ces fonds, que l’essentiel du financement dont ils disposent soutient les études avancées et la recherche dans l’ensemble des universités du Québec. Il s’agit donc d’une compression supplémentaire infligée aux universités, mais focalisée sur la recherche et la formation avancée, c’est-à-dire sur la relève scientifique et les noyaux de recherche les plus performants du Québec.


Mesure-t-on l’impact d’une telle décision sur la recherche scientifique et le développement du Québec ? Après plus de dix ans d’efforts, encadrés par le FRQ-NT, une trentaine de « réseaux stratégiques », impliquant la totalité des institutions universitaires québécoises, certains organismes publics et cégeps, ont été mis sur pied : autant de pôles d’excellence en recherche et formation de haut niveau dans des secteurs névralgiques pour le développement économique et social du Québec. Va-t-on en supprimer le tiers ? Le gouvernement croit-il qu’il suffira ensuite d’un claquement de doigts pour réparer les dégâts ? Amener de grandes équipes de recherche et développement à un niveau international, l’échelle requise pour assurer aujourd’hui la compétitivité du Québec, requiert des années d’efforts. D’un simple trait de plume, le gouvernement met ainsi en péril les outils majeurs dont dispose le Québec pour son avenir. Veut-on peut-être inciter le FRQ-NT à supprimer son programme de bourses destinées aux étudiants de maîtrise et de doctorat ? Il y aurait là une mauvaise plaisanterie visant les mêmes étudiants auxquels on avait promis un gel des frais de scolarité !


Il faut savoir raison garder ! C’est le conseil que l’on peut donner au gouvernement de Mme Marois en l’invitant à réviser sa copie, en particulier au sujet du FRQ-NT ciblé de façon particulière dans le budget 2013-2014. J’ajouterais, à titre de membre de la communauté uqamienne, que je me demande bien comment mon institution, déjà sous un régime de rigueur budgétaire draconien imposé par le ministère de l’Enseignement supérieur, pourra survivre à de nouvelles compressions !

19 commentaires
  • Roland Guerre - Inscrit 11 décembre 2012 05 h 53

    Solidaire

    Nous devons soutenir les universitaires, les chercheurs, qui dénoncent, à juste titre, les coupes budgétaires qui mettent à mal le réseau de cherceurs patiemment tissé, au fil des années. La décision du gouvernement sacrifie l'avenir, les jeunes générations qui entrent dans la recherche. Universitaires, chercheurs, citoyens doivent se mobiliser pour contraindre le gouvernement à annuler cette décision scandaleuse et aveugle. Nous devons préparer l'après pétrole, l'après uranium, accompagner la transition écologique, ma^triser le réchauffement climatique, les suites de la catastrophe nucléaire de Fukushima. De nouveaux champs d'activité s'ouvrent à la recherche. L'heure impose d'autres choix, l'abondement des crédits, la création de nouvelles équipes se consacrant aux questions neuves posées par la triple tragédie de Fikushima. Le gouvernement doit changer de voie.

    • Bastien Carrier - Inscrit 11 décembre 2012 18 h 36

      Cette analyse est intéressante, mais elle ne permet pas de rendre compte de toute la réalité derrière les investissements en recherche dans les universités québécoises. La manière dont l'argent est utilisée par les universités demeure toujours assez obscure et je ne sais pas à quel point celles-ci doivent respecter des normes venant de Québec... Pour plus de détails, je vous invite à lire l'étude suivante:

      http://www.iris-recherche.qc.ca/wp-content/uploads

  • Michel Lebel - Abonné 11 décembre 2012 06 h 52

    Le populisme!

    En ces temps populistes, les universités n'ont plus la cote. L'agitation printannière a ouvert les vannes de la démagogie. Tout s'est dit au sujet des universités et le nouveau gouvernement ne fait que suivre ce courant. L'avenir s'annonce sombre pour les universités.

    Michel Lebel

    • David Boudreau - Inscrit 11 décembre 2012 08 h 41

      Je crois que la démagogie, c'est d'accuser une catégorie de gens, « l'agitation printannière», qui n'ont rien à voir avec ce «sous-financement» alors que ce dernier demeure la responsabilité des décideurs actuels et de leurs prédécesseurs, qui soit dit en passant ne sont jamais plaints d'avoir eu à payer un coût raisonnable pour leurs études. Pas plus que les directeurs de ces établissements ne se plaignent pas trop de leur généreux fonds de pensions et primes de toutes sortes. Ces dernières années les entreprises et les banques ont bénéficié de mesures fiscales (baisse d'impôts, abolition de la taxe sur le capital) qui auront privé l'État de revenus dont la hauteur dépasse largement la hausse des frais de scolarité et le montant des compressions annoncés. Vous faites de « l'agitation printannière» une cause alors qu'il s'agit d'un symptôme.

    • Michel Lebel - Abonné 11 décembre 2012 10 h 21

      @ Dadid Boudreau,

      Ce que je veux dire, c'est que certains leaders étudiants, avec la complicité des médias et du PQ, ont pris le contrôle de l'opininion publique. Je pense surtouit aux gens de la télé et de la radio, en particulier à Radio-Canada et RDI. Évidemment ces médias ne l'admettront jamais!

      Quant aux recteurs et aux professeurs, ils ont été beaucoup trop silencieux. C'est la rue et le populisme qui ont gagné. Le gouvernement antérieur a mal géré la crise, laissant trop faire les choses. Le gouvernement actuel suit le courant populiste, sans manifester grand respect pour l'enseignement supérieur. Taper sur les recteurs est la chose la plus facile et démagogique à faire! Que les universités ont des problèmes importants et des examens de conscience à faire, j'en conviens, mais il ne faudrait pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Je sens que les mânes de Duplessis ne sont pas bien loin!

    • Emrick Huot-Roberge - Inscrit 11 décembre 2012 14 h 56

      Couper dans des fonds de recherche publique, ca revient à demander au chercheur d'aller chercher leur financement dans la poche d'acteur privés. Les acteurs privés financent la recherche RENTABLE et non la recherche UTILE. On appelle cela la marchandisation du savoir.

      ''La rue'' les ''Leaders étudiants'' et les étudiants se sont positionner CONTRE la marchandisation du savoir des centaines de fois autant publiquement que dans leurs assemblées générales. C'est quelque chose que nous avons dénoncé plusieurs fois au cours de ''l'agitation printannière''.

      Le gouvernement de suit donc aucun courant populiste comme vous tentez de la faire croire, mais bien celui des élites économiques qui pronent l'économie et de la marchandisation du savoir.

  • Alain Hebert - Inscrit 11 décembre 2012 08 h 22

    tout est lié

    J'ai du mal à faire comprendre mon point de vue. Je pense que tout est lié dans les décisions gouvernementales, depuis l'élection du PQ. La situation financière du Québec appelle à des coupures drastiques, dont celles annoncées dans l'éducation et la santé. Impossible de faire autrement! Passons l'épisode des carrés rouges où le PQ s'est fait arnaquer d'une centaine de millions de $; le problème budgétaire est d'un ordre supérieur. Je pense à la décision idéologique de fermer G2. Cette décision nous coûte au bas mot 1.5 milliards de $ sur 2 ans, largement de quoi expliquer les difficultés financières qui justifient les coupes drastiques en éducation et santé. Un collègue de l'École Polytechnique a réalisé une analyse détaillée du coût du kWh de G2, suite à une rénovation. Il arrive à un coût de 4.11 cent/kWh, soit le coût le plus bas de tous les projets envisagés au Québec, bien inférieur au coût de l'éolien ou de la Romaine. Le nouveau réacteur EPR en France produira autour de 11 centimes d'euros au kWh! Si le PQ avait accepté une sorte de PPP pour exploiter G2 pour les 30 prochaines années, la perte de 1.5 milliards mentionnée plus haut n'aurait pas existée et les coupures en éducation et en santé n'auraient pas été requises. De plus, les émissions en GES auraient été bien inférieures (par rapport à la centrale au gaz qui remplacera G2) et la planète se serait mieux portée.

    • Yvan Dutil - Inscrit 11 décembre 2012 10 h 18

      Monsieur Hébert, le 1,5 G$ est passé directement à la dette. Il ne fait pas parti du périmètre comtable de cet année. 11 centime d'euro cela fait tout de même 14 cent/kWh, ce qui n'est pas donné.

      Le PQ est pris avec les restants des libéraux, mais cela n'explique pas tout.

    • Alain Hebert - Inscrit 11 décembre 2012 10 h 34

      @Yvan Dutil
      Le 1.5 G$ ne peut pas être passé à la dette puisque le budget est soit-disant équilibré. Pour le EPR, je suis d'accord avec vous qu'il y a un problème, mais ce n'est pas G2!

    • Sylvain Auclair - Abonné 11 décembre 2012 10 h 55

      De toute manière, si on ne l'avait pas fermée, cette centrale, il aurait fallu la rénover, ce qui aurait coûté sensiblement la même chose, puis la fermer dans 10, 20 ou 30 ans. Pour plus cher.

    • Alain Hebert - Inscrit 11 décembre 2012 11 h 16

      @S. Auclair
      Le coût de 4.11 cent/wWh que je mentionne plus haut inclue de coût de la rénovation. Durant les 30 ans de fonctionnement additionnels, une partie de prix de vente de l'électricité (des 4.11 cent) est mis dans un fond actuariel pour payer le démantellement en 2055. Il coûtera donc moins cher de démanteler en 2055 qu'en 2013.

      Tout le problème vient du fait que HQ a déja dépensé 1 G$ pour rénover G2. Si on complète la rénovation, ce montant est un investissement. Si on démantèle en 2013, ce montant est une perte sèche qui plombe les finances publiques pendant 2 ans. Au montant de 1 G$ s'ajoute de coût des mesures de mitigations pour compenser la fermeture (200 M$) et la perte en impots et taxes dans la région de Bécancour et TR (300 M$).

  • Albert Descôteaux - Inscrit 11 décembre 2012 09 h 03

    De la recherche de fine pointe

    Pour ceux qui désirent en savoir plus sur la recherche financée par le FRQNT, je vous invite à consulter le lien ci-bas qui vous mènera à la page des Regroupements stratégiques. Ce sont une trentaine de groupes de recherche interuniversitaires qui s'intéressent à diverses problématiques ayant un impact majeur sur la société.

    http://www.fqrnt.gouv.qc.ca/regroupementsStrategiq

    Le FQRNT subventionne aussi des centaines de jeunes étudiants-chercheurs de niveaux maitrise, doctorat, et postdoctorat.

    On est en droit de se demander quels programmes seront éliminés pour faire face aux coupes drastiques imposées par le PQ.

    Il est aussi hautement souhaitable que les présidents des Fonds de recherche du Québec, le Scientifique en chef, et les dirigeants universitaires joignent leurs voix à celles des chercheurs et étudiants pour protester contre la réduction des budgets des Fonds de recherche, surtout du FRQNT.

    • Marc Bourdeau - Abonné 11 décembre 2012 22 h 34

      Bien sûr, on diffuse sur ce site officiel, auquel renvoie Albert Descôteaux, une propagande (je ne vois pas d'autre mot) destinée à justifier des millions de dépenses, on n'est tout de même pas obligé de dire la vérité des choses.

      Des chercheurs paticipants par centaines, des étudiants par milliers... bon, on sait bien...

      On est tout de même en droit de demander des vrais comptes à tous ces grands chercheurs.

      Tout autant qu'aux recteurs et gestionnaires qui se payent grassement.

      Évaluer les vraies retombées de toutes ces dépenses, beaux voyages, congrès qui ne servent pas à grand chose, etc.? mais oui.

      Et puis quelle part de ces fonds vont encore aux gestionnaires des universités?

  • Sylvain Auclair - Abonné 11 décembre 2012 09 h 33

    Impôt

    On demande au gouvernement de créer des nouveaux programmes, de compléter le réseau des CPE, d'aider l'industrie, de suivre l'augmentation des frais de santé, de refaire toutes les vieilles infrastructures, le tout sans augmenter les impôts et si possible en les baissant. Vous faites comment?

    • Michel Richard - Inscrit 11 décembre 2012 11 h 02

      Entre autres, en demandant aux etudiants de faire leur juste part, pour ce qui est du financement des universités.

    • Sylvain Auclair - Abonné 11 décembre 2012 12 h 18

      Bien sûr, monsieur Richard, c'est toujours plus facile de faire payer les plus pauvres. Et les banques encaissent des intérêts sans prendre le moindre risque.

      Au fameux sommet de l'éducation, on avait aussi parlé de faire contribuer les entreprises. Où en est-on? Leur enverra-t-on la police si elles refusent?

    • henri -s garneau - Inscrit 11 décembre 2012 14 h 26

      On a rien demandé à ce gouvernement de ce que vous dites! C'est lui qui nous l'a promis et offert sur un plateau d'argent, qu'il allait réussir tout ça si on votait pour le PQ!! Personne ne lui a rien demandé ils sont venus au devant des gens avec ces programmes.