Libre opinion - Une bibliothèque en péril

 

Nous, bibliothécaires, techniciens en documentation et défenseurs de la libre circulation de l’information scientifique, nous opposons conjointement et solidairement à la fermeture de la bibliothèque de l’Institut Maurice-Lamontagne. 

 

L’Institut Maurice-Lamontagne est un centre de recherches en sciences de la mer situé à Mont-Joli, une ville située aux limites du Bas-Saint-Laurent et aux portes de la Gaspésie. Sa mission est de fournir d’importantes données scientifiques au gouvernement afin de l’aider à préserver différentes espèces marines, dont celles ciblées par les pêches, de protéger l’environnement marin et d’assurer une navigation sécuritaire sur le fleuve Saint-Laurent.

 

La bibliothèque de l’Institut vient supporter cette mission grâce à ses 61 000 monographies scientifiques et 1100 titres de périodiques, dont 294 abonnements actifs. Son personnel qualifié assiste les chercheurs de l’Institut et répond à de nombreuses requêtes telles que des questions de référence, des prêts entre bibliothèques et de l’assistance technique. Entre avril 2011 et mars 2012, le personnel de la bibliothèque a répondu à près de 2000 demandes provenant des scientifiques de Pêches et Océans Canada, de la Garde côtière, de la Gestion des pêches et de clients externes. Il s’agit d’une bibliothèque de pointe, hautement spécialisée, qui permet la circulation et le rayonnement de l’information scientifique en français. La documentation qui y est conservée est utile aux partenaires de la technopole maritime mise en place à Rimouski et constituée de l’Université du Québec à Rimouski, de l’Institut des sciences de la mer et de l’Institut maritime du Québec. 

 

Dans la foulée des compressions budgétaires annoncées par votre gouvernement pour « assainir les finances de l’État », vous avez décidé de fermer sept des onze bibliothèques affiliées aux centres de recherches de Pêches et Océans Canada. La bibliothèque de l’Institut Maurice-Lamontagne en fait partie. Nous sommes extrêmement choqués par cette décision, d’autant plus qu’il s’agit de la seule bibliothèque francophone du ministère des Pêches et des Océans au Canada. 

 

Cette fermeture ne sera pas sans conséquences. Deux postes seront coupés, soit ceux de bibliothécaire et de technicienne en documentation. Les chercheurs et les scientifiques québécois en sciences de la mer n’auront plus accès directement à des ressources et à des services de qualité dans leur province. Il s’agit d’une menace à l’accessibilité et au transfert des savoirs scientifiques en français. 

 

Afin d’adoucir la nouvelle, vous avez promis d’envoyer les ressources documentaires de l’Institut Maurice-Lamontagne dans une bibliothèque située à Dartmouth, en Nouvelle-Écosse. Cette décision nous semble insensée : pourquoi envoyer des documents concernant des enjeux régionaux dans une autre province alors qu’ils pourraient être utiles aux chercheurs travaillant ici, à Mont-Joli? Ce transfert pose aussi un autre problème : avec toutes les coupures effectuées dans les ressources humaines à Pêches et Océans Canada, il n’est pas réaliste de penser que les employés de la bibliothèque de Dartmouth auront le temps d’intégrer des milliers de nouveaux documents à leur collection actuelle. Ce transfert pourrait durer des mois, voire des années, pendant lesquelles les ouvrages scientifiques seront difficilement accessibles. 

 

Vous avez aussi promis de faire numériser les documents de la bibliothèque afin que les chercheurs puissent y avoir accès en ligne. Cependant, en raison de la loi sur le droit d’auteur, la plus grande partie de la collection de l’Institut Maurice-Lamontagne ne pourra pas être numérisée. De plus, la numérisation est un processus long et fastidieux qui demande des investissements financiers. Avec les annonces de coupures qui se multiplient, nous doutons fortement que votre gouvernement respectera ses engagements. L’an dernier, après avoir coupé des dizaines de postes et sabré les services à Bibliothèque et Archives Canada, vous leur aviez promis la même chose. Quelques mois plus tard, pourtant, vous annonciez une coupure de 50 % dans leurs dépenses reliées à la numérisation.

 

Nous sommes préoccupés par la décision de votre gouvernement. La fermeture d’une bibliothèque est toujours déplorable, mais dans le contexte actuel, la disparition de la bibliothèque de l’Institut Maurice-Lamontagne serait dramatique. Nous vous demandons de revenir sur votre décision et de permettre à la bibliothèque de poursuivre sa mission de préservation et de rayonnement des connaissances scientifiques.


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Ont signé ce texte :

 

Sandrine Vachon, bibliothécaire, UQAR

Vanessa Allnutt, bibliothécaire, UQAR

Anick Arsenault, technicienne en documentation, Cégep de Matane

Francine Bélanger, technicienne en documentation, UQAR

Julie Blais, directrice générale Réseau Biblio de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine

Richard Boily, bibliothécaire, UQAR

Denis Boisvert, directeur, Service de la bibliothèque de l’UQAR

Marie-Hélène Charest, bibliothécaire, Commission scolaire des Phares

Mathieu Coulombe, technicien en documentation, Cégep de La Pocatière

Marcel David, technicien en documentation, UQAR

Hélène De Celles, bibliothécaire

Monique Demers, bibliothécaire,  Réseau Biblio de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine

Chantal Dumont, technicienne en documentation, Réseau Biblio de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine

Marie-Ève Émond Beaulieu, bibliothécaire, UQAR

Pascale Foucher, bibliothécaire, Commission scolaire des Phares

Frédéric Hardel, bibliothécaire, Cégep de Rimouski

Émilie Labrosse, bibliothécaire, Réseau Biblio du Bas-Saint-Laurent

Daniel Larochelle, bibliothécaire, École des pêches et de l’aquaculture du Québec

Nadine Leblanc, technicienne en documentation, Institut maritime du Québec

Isabelle-Annie Levesque, bibliothécaire-coordonnatrice, UQAR

Marcelle Martin, technicienne en documentation

Christiane Melançon, technicienne en documentation, Cégep de Matane

Louis Michaud, bibliothécaire, UQAR

Sylvie Michaud, bibliothécaire, Ville de Rivière-du-Loup

Claire Nadeau, archiviste

David Nadeau, bibliothécaire, Ville de Rimouski

Julie Néron, technicienne en documentation, Commission scolaire de Kamouraska-Rivière-du-Loup 

Josée Pelletier, bibliothécaire-coordonnatrice, UQAR

Suzie Pelletier, bibliothécaire, Commission scolaire des Phares

Julie Pigeon, technicienne en documentation, École Paul-Hubert, Commission scolaire des Phares

Marie-Josée Proulx Saint-Pierre, bibliothécaire, Commission scolaire de Kamouraska-Rivière-du-Loup

Jean-François Rioux, bibliothécaire, UQAR

Anne-Marie Roy, technicienne en documentation, UQAR

Danielle Savard, bibliothécaire

Mélissa Simard, technicienne en documentation, École Paul-Hubert, Commission scolaire des Phares

Sandra Simard, technicienne en documentation, Cégep de Matane

Madeleine Tremblay, responsable de la bibliothèque du Campus de Carleton-sur-mer, Cégep de la Gaspésie et des Îles

Katie Vallée, technicienne en documentation, Commission scolaire des Phares

Line Vallée, technicienne en documentation, Réseau Biblio de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine

7 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 28 novembre 2012 04 h 00

    La réponse est dans ...

    "pourquoi envoyer des documents concernant des enjeux régionaux dans une autre province alors qu’ils pourraient être utiles aux chercheurs travaillant ici, à Mont-Joli?"
    La réponse est dans la question...
    C'est justement pour que les chercheurs d'ici soient empêchés de travailler que le gouvernement Harper prend la peine de tout déménager.
    Il faut sans cesse plus que les Québécois se trouvent dans une situation où, sans le Canada, ils sont dépouillés de toutes possibilités. Telle est la stratégie claire employée pour les "convaincre" du dénuement et de la futilité de leur société et de leurs qualités.
    Affaiblir le sentiment des Québécois que le fleuve fait partie intégrante de leur territoire s'intègre dans un plan de dépossession en droit d'une partie importante de leur pays historique. Ainsi, à défaut de les convaincre de ne pas voter pour l'indépendance au prochain référendum, le Canada pourra revendiquer le droit d'occuper le Québec comme en 1970 pour protéger ses intérêts.
    L'Histoire nous montre que c'est ainsi que, se servant de la provocation en parallèle, tout gouvernement britannique du monde fonctionne pour justifier "son droit" d'intervention militaire ailleurs que sur son stricte territoire politique.

    Vive le Québec libre et républicain !

    PS : il me semble qu'à cette lettre collective, il manque la mention du destinataire ...

    • Benoît Landry - Abonné 28 novembre 2012 11 h 03

      "Il faut sans cesse plus que les Québécois se trouvent dans une situation où, sans le Canada, ils sont dépouillés de toutes possibilités. Telle est la stratégie claire employée pour les "convaincre" du dénuement et de la futilité de leur société et de leurs qualités."

      Qu'on veuille nuire aux québécois c'est réducteur. On veut nuire à toute la recherche scientifique de cette manière. Cette bibliothèque a probablement de nombreux documents qui traitent des eaux du fleuve qui est jsute à côté, mais l'eau du fleuve provient de l'Ontario et des États-Unis. Si on nuit à la recherche scientifique , c'est à toute la grande industrie surtout la pétro-chimique qu'on enlève des contraintes, des "emmerdements écologiques"

      Cette décision n'a pas comme premier but d'embêter les québécois, mais la science et l'écologie dans son ensemble

  • Benoît Landry - Abonné 28 novembre 2012 06 h 05

    C'est clair

    Les objectifs du gouvernment conservateur sont clairs. Les recherches scientifiques risquent de nuire aux intérêts d'investisseurs, car ces recherches ont tendances à démontrer les conséquences de ces investissements. Cela constitue des contraintes pour ces investisseurs......

  • Jean-Charles Morin - Abonné 28 novembre 2012 07 h 41

    Pendant ce temps, à Québec...

    Cet enjeu, de compétence fédérale, devrait néanmoins intéresser le gouvernement du Québec d'autant plus que ce dernier entretient (du moins le prétend-t-il) des velléités de souveraineté. Mais où est donc Pauline? Jusqu'à présent, c'est le silence radio de sa part. Il me semble que c'est là un dossier où, pour une souverainiste, il y aurait une bataille à livrer.

    Il est clair que cette compartimentation des compétences entre les deux niveaux de gouvernement nuit à nos intérêts nationaux (ici, la nation à laquelle je fais référence est celle du Québec, bien sûr...). J'ai bien hâte à l'avènement de la République québécoise.

  • Gilbert Troutet - Abonné 28 novembre 2012 12 h 15

    Culture, tu r'cules

    On ne peut que s'indigner, en effet, devant cette autre décision affligeante du gouvernement Harper. Or, il y a à peine deux semaines, le même gouvernement annonçait une dépense de 150 millions $ pour de nouveaux véhicules militaires. Ceci, en plus des milliards $ qu'il a déjà engagés pour une nouvelle flotte d'hélicoptères de combat, d'avions de transport, de frégates et autres bébelles du genre.
    Comme le souligne un lecteur, le gouvernement du Québec devrait monter au créneau, comme l'ont fait les Franco-Ontariens quand Mike Harris a voulu fermer leur hôpital Montfort. L'hôpital a survécu et se porte très bien.

  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 28 novembre 2012 12 h 54

    Les vandales

    C'est une entreprise de démolition, d'éradication de notre savoir, de notre langue, bref, de notre existence. "Là où l'on brûle des livres, l'ont brûlera bientôt des vies humaines".

    Ils veulent également déménager les artefacs de Parc Canada à Québec vers l'Ontario. C'est du vol.