Pharma-Québec: audacieux, pas «extrémiste»

Le Québec fait piètre figure dans le contrôle du coût des médicaments. 20 % de nos dépenses en santé sont consacrées aux médicaments. La moyenne canadienne se situe à 16,2 %. La facture en médicaments s’élève à plus de 1000 $ par personne au Québec, comparativement à 700 $ en Colombie-Britannique, à 440 $ en Suède et à 270 $ en Nouvelle-Zélande. La Nouvelle-Zélande négocie ferme le prix des médicaments fournis par les multinationales. La Suède possède une entreprise pharmaceutique publique, Apoteket PL, qui produit des médicaments et force à la baisse les prix du marché.


Cette semaine, nous avons donc redéposé un projet de loi instaurant une nouvelle politique du médicament qui permettra au Québec de générer des économies substantielles de plus de 2 milliards de dollars.


Le ministre de la Santé, Réjean Hébert, a qualifié notre proposition d’« extrémiste ». Nous nous demandons encore pourquoi.


Nous suggérons au gouvernement de faire des économies en s’appuyant sur deux piliers. D’une part, nous proposons une assurance-médicaments universelle entièrement publique qui mettrait fin au système actuel à deux vitesses qui profite d’abord aux compagnies d’assurances au détriment du régime public. Ce système inefficace gonfle la facture des cotisations pour tous les assurés, au privé comme au public.


D’autre part, nous prônons la mise sur pied de Pharma-Québec, une société publique qui utiliserait notre pouvoir d’achat collectif pour négocier de façon centralisée l’achat des médicaments. Pharma-Québec doterait aussi le Québec d’un pôle public de recherche et de production de vaccins et de médicaments lorsque nécessaire. Par exemple : des médicaments essentiels que l’industrie ne produit plus en raison de faibles marges de profits.


Centraliser la négociation du prix des médicaments permettrait au gouvernement d’utiliser, comme la Nouvelle-Zélande, la liste des médicaments remboursables déterminée par le ministère de la Santé comme levier. Un gouvernement qui achète un fort volume de médicaments et négocie fermement obtient de meilleurs prix pour le remboursement des médicaments d’ordonnance en pharmacie. En Nouvelle-Zélande, la facture globale a chuté de 65 % pour le gouvernement. Les corporations d’achats groupés le font déjà pour les établissements de santé du Québec, qui obtiennent jusqu’à 45 % de rabais par rapport aux prix de la RAMQ.


Rappelons que les avantages consentis à l’industrie pharmaceutique au Québec représentent entre 680 millions et 1,5 milliard de dollars selon les juridictions auxquelles nous nous comparons. L’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) propose d’ailleurs de supprimer la règle de protection de 15 ans, une mesure de protection supplémentaire inutile pour les brevets pharmaceutiques. L’ancien premier ministre Landry, qui l’avait introduite, indique aujourd’hui qu’il faut réévaluer cette politique. En effet, le Québec a perdu plus de 3000 emplois dans ce secteur au cours des dernières années.


Finalement, la rigueur, c’est comme la lucidité : des mots essentiels dont aussi bien la gauche que la droite peuvent se réclamer. À Québec solidaire, nous revendiquons ces mots comme devant guider nos analyses et nos actions. Pharma-Québec est un exemple de rigueur budgétaire. Il n’y a rien d’« extrémiste » là-dedans !


Si le gouvernement et les oppositions avaient l’audace d’appuyer ce projet, nous nous donnerions des moyens pour réinvestir dans la première ligne en santé et assurer un meilleur accès à tous et toutes à un système de santé complètement public et de qualité.

13 commentaires
  • André Chevalier - Abonné 16 novembre 2012 04 h 41

    Excellente idée!

    Mais comme l'idée n'est pas avancée par le parti au pouvoir, j'ai bien peur qu'elle fasse choux blanc, la partisanerie prenant le dessus sur l'intérêt public.

    • Richard Laroche - Inscrit 16 novembre 2012 10 h 58

      Je ne suis pas fondamentalement contre cette idée. L'achat de groupe est certainement une excellente stratégie commerciale pour économiser de l'argent.

      Néanmoins, je suis préoccuppé par la structure actuelle du gouvernement et de la manière que ce "pharma-québec" pourrait être instauré et dirigé.

      Sachant que la bibitte Hydro-Québec est aujourd'hui innatteignable, opaque et contrôlée par une clique douteuse:
      http://www.hydroquebec.com/publications/fr/organig
      et surtout, sachant qu'hydro a fini par être complice du vol du sciècle dans le dossier d'Anticosti...

      J'ai bien peur que la structure de gouvernance actuellement en place manque beaucoup trop de transparence.

  • Jean-Robert Primeau - Inscrit 16 novembre 2012 09 h 08

    Bravo !

    Si j'étais madame Marois je voterai pour ce projet de loi ! Il démontre que votre présence est indispensable sur l'échiquier politique.
    Je n'ai pas voté pour vous mais je vais appuyer tout ce que vous proposerez de sensé.
    En traitant ce projet d'extrémiste le ministre Hébert a renversé sa soupe sur sa chemise. Il est maladroit.

  • Jean Lapointe - Abonné 16 novembre 2012 09 h 21

    Le docteur Hébert va sans doute s'expliquer

    On peut penser que le docteur Hébert a voulu dire que c'était là une solution qui va trop loin pour le moment ou quelque chose du genre.

    Il profitera sûrement d'une occasion pour s'expliquer.

    Mais mon dieu que Françoise David et
    Amir Khadir sont donc susceptibles.

    On dirait que ça les insulte quand leurs propositions ne sont pas immédiatement retenues.

    C'est souvent l'impression qu'ils me donnent malheureusement, celle de posséder la vérité.

    • Jean-Sébastien Ricard - Inscrit 16 novembre 2012 12 h 59

      Quand un péquiste construit un homme de paille pour dénigrer les positions de ses adversaires, c'est qu'il n'a pas encore eu le temps (pauvre lui...) de s'expliquer. Par contre, quand les députés solidaires répliquent à ce puéril sophisme par des données chiffrées et des exemples démontrant que le modèle qu'ils proposent fonctionne déjà très bien ailleurs (notamment en Nouvelle-Zélandre, un pays qu'on ne peut accuser d'être bolchévique!), c'est qu'ils sont susceptibles, même si leur texte ne laisse voir aucune trace d'animosité. Ben coudonc...

  • Sylvain Auclair - Abonné 16 novembre 2012 09 h 30

    Je ne comprends pas

    Je ne comprends pas pourquoi il faudrait une société d'État pour centraliser l'achat des médicaments, alors qu'une direction du ministère de la Santé serait tout à fait suffisante.
    S'il s'agissait de fabriquer des médicaments, ça serait autre chose.

    En fait, la solution (mais il faudrait que bon nombre de pays industrialisés embarquent) serait de ramener la recherche dans des instituts de recherche ou les universités, et de laisser la production au privé. La recheche se fait mieux quand on partage l'information.

    • Gaston Carmichael - Inscrit 16 novembre 2012 13 h 04

      Effectivement, pourquoi créer un nouvelle structure?

      L'INESSS (http://www.inesss.qc.ca/index.php?id=79 ) serait parfaitemant capable d'assumer ce rôle. On n'aurait qu'à modifier légèrement son mandat, et lui accorder les ressources pour assumer ces nouvelles responsabilités.

      Pas besoin d'un nouveau DG, DG adjoint, directeur des finances, directeur des ressources humaines, etc... Tout cela est déjà là.

    • Jean-Michel Poirier - Inscrit 16 novembre 2012 17 h 03

      Vous oubliez un point, il ne s'agit pas que d'acheter, mais également de produire des médicaments. L'objectif est de provoquer une compétition pour forcer les prix des médicaments à la baise. Imaginer, vous négociez le prix d'un médicament avec une entreprise, mais vous remarquez que vous payez beaucoup trop cher. Vous ne pouvez pas acheter ailleur puisqu'il n'y a pas nécessairement une autre entreprise qui produit ce médicament. Avec Pharma-Québec, vous avez le pouvoir de dire "baisse ton prix, sinon je le fais moi-même";)

  • Jana Havrankova - Abonnée 16 novembre 2012 09 h 37

    Vivement Pharma-Québec!

    J'ai hâte d'entendre Réjean Hébert proposer « des modifications à l'intérieur du système d'assurances médicaments actuel ». Il est insensé que nous payions si cher pour les médicaments génériques et il est également probable que la règle de 15 ans a fini sa vie utile : les compagnies novatrices plient les bagages l'une après l'autre. Québec solidaire a bien raison de vouloir faire le ménage dans les médicamnets. L'opposition du PQ n'est que de la politique dont le système de santé se passerait bien.