Libre opinion - Pour une reconnaissance de la nation innue

Au cours de la dernière année, deux référendums ont été soumis à la population de Uashat mak Mani-utenam (communauté innue située près de Sept-Îles) afin de connaître la position des membres de la communauté en regard d’une proposition qui a été déposée par Hydro-Québec pour le projet de la Romaine. Les membres de la communauté ont rejeté les deux propositions d’Hydro-Québec.

Malgré le rejet de notre population, Hydro-Québec poursuit ses travaux sans le consentement préalable et éclairé de notre communauté, ce qui, à mon avis, constitue une violation de nos droits. Surtout, cette attitude alimente la crise qui perdure dans la communauté.


Je déplore vivement l’absence des représentants des gouvernements provincial et fédéral responsables des affaires autochtones qui, depuis longtemps, auraient dû assumer une représentation efficace et apporter leur collaboration aux autorités autochtones locales. On dirait que les gouvernements ne savent pas comment agir avec notre Nation (innue) qui, malgré des droits existants reconnus par la Constitution, n’a signé aucun traité ni aucune convention, contrairement aux Cris, aux Inuits et aux Naskapis. Depuis 35 ans, nous prenons part à des négociations qui tentent de clarifier notre place dans le Québec d’aujourd’hui en abordant des concepts tels que la citoyenneté autochtone, le droit à l’autodétermination ainsi que les droits territoriaux et politiques… sans aucun résultat concret à portée de vue.

 

La place des Premières Nations


La place des Premières Nations se situe aux côtés des autorités politiques québécoises et canadiennes, dans une relation « de nation à nation ». Elle doit être politique et décisionnelle et figurer en amont de la concertation et de la consultation publique, et ce, dans tous les domaines (environnement, économie, éducation, santé, transport, etc.) et à toutes échelles (fédérale, provinciale, régionale, municipale). Leur participation pleine et entière au processus de planification, de décision et de mise en place des projets doit être acceptée. Le mode de fonctionnement différent de ces communautés doit être respecté et les savoirs communautaires doivent être pris en compte.


De l’extérieur, le regard est trop souvent faussé par de vieilles croyances et de fausses interprétations de l’histoire, alors que de l’intérieur, il y a une tension permanente d’une communauté qui voit ses droits et son titre aborigène bafoués par les autorités qui, elles, continuent d’octroyer des permis de développement et d’exploitation de territoire aux compagnies sans notre consentement, alors que nous sommes les propriétaires de ces mêmes territoires.


Nous sommes conscients que plusieurs personnes sont touchées profondément par tous ces événements, certaines relations demeurent même tendues entre allochtones et autochtones. Il y a même eu des sorties publiques de représentants locaux pour déplorer ouvertement le blocus de la route 138, alors que ces mêmes partenaires devraient être les premiers à apporter une reconnaissance non pas au blocus, mais à la question territoriale pour inciter les gouvernements à trouver des tables de dialogue avec les Autochtones, où les Innus prendront la parole en premier sans se faire dicter une entente unidirectionnelle sous la menace constante de l’extinction progressive du titre aborigène.


Les Premières Nations veulent être entendues, reconnues dans leurs aptitudes et leurs droits à s’autogérer, et ce, en tant que peuples distincts.

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17 commentaires
  • Gilles Bousquet - Abonné 31 octobre 2012 06 h 48

    Entre 10 883 et 16 000

    Le fédéral rapporte que la nation innue compte entre 10 883 et 16 000 individus, selon la page où iles sont dénombrés.

    Belle nation mais très petite nation dépendante du fédéral sur tout incluant les mauvaises habitudes.

    • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 31 octobre 2012 08 h 32

      Entre 7 et 8 millions
      Le fédéral rapporte que la nation franco-québécoise compte entre 7 millions et 7,2 millions individus, selon...

      Belle nation mais très petite nation dépendante du fédéral sur tout incluant les mauvaises habitudes.

    • Carl Savard - Inscrit 31 octobre 2012 09 h 47

      Qu'est-ce que leur nombre a voir avec leur reconnaisance?

    • Sylvain Lavoie - Inscrit 31 octobre 2012 16 h 17

      @Jacques Saint-Cyr

      Sauf qu'on verse 50 milliard en impôts au fédéral, sans compter le montant en taxes prélevées par Ottawa sur le territoire québécois...Comparer les nations autochtones au Québec, décidément, votre mauvaise foi vous aveugle M. St-Cyr. Même Jean Charest, chantre du fédéralisme aveugle s'il en est un, admettait que le Québec avait les moyens de devenir un état indépendant.

  • Pierre Marcotte - Inscrit 31 octobre 2012 08 h 13

    Autogérer ?

    Les innus veulent s'autogérer ? Avec de l'argent du gouvernement (vous croyez que la caisse du conseil de bande vient d'où?) Avec des blancs qui tiennent les livres de compte ? Avec un taux de chômage qui frôle le 40% ? Avec des problèmes sérieux de suicide, de violence conjugale, d'alcoolisme, de consommation ?
    Je vous félicite de vouloir promouvoir et faire vivre votre culture, mais je crois que la nation innue a encore des croûtes à manger avant de pouvoir s'autogérer. Il n'y a pas d'école innue à Sept-Îles. Il y a bien quelques entreprises tenues par des autochtones, mais la culture innue n'est pas très entrepreneuriale.
    Historiquement, les "droits" des innus se sont toujours transformés en redevances et en compensation financière. La situation actuelle sera-t-elle différente ? Ce sera à vous de répondre, M. McKenzie.

    • Carl Savard - Inscrit 31 octobre 2012 09 h 51

      Il y a eu beaucoup de corruption dans les nations entre certains blancs et certains chefs (meme genre qu'a Montreal).

      L'argent se rend malheureusement rarement aux bonnes personne.

      La violence, le suicide, l'alcoolisme est pas relié aux premieres-nations, elle est reliée a la pauvreté.

      Ca vous rappel certain quartiers de Montreal?

    • Carole Labarre - Inscrite 31 octobre 2012 11 h 09

      Premièrement, ce n'est pas l'argent du gouvernement. L'argent du gouvernement provient du développement des ressources naturelles dans ce pays, des impôts prélevés sur le salaire d'individus demeurant sur nos terres ancestrales. Que vous l'acceptiez ou non, c'est la vérité.

      Deuxièmement, nous avons assez mangé de croutes, si ce n'est ce qui nous reste depuis l'époque où les Anglais ont gagné votre guerre. Sachez cher Monsieur, qu'il y a une école primaire et secondaire dans chacune des communautés innues du Québec et que 4 d'entre elles offrent même le secondaire V.

      Troisièmement, étudiez un peu plus votre Histoire. Nous sommes ici chez-nous depuis des milliers d'années. Vous pourrez tant que vous le voudrez vous gargariser le gorgotton sur une occupation et utilisation de nos territoires depuis les 400 dernières années, ça ne changera rien. Comment se fait-il que nous vivons encore dans la pauvreté alors que la province et le pays affichent des PIB à la hausse? Expliquez-moi s.v.p. comment se fait-il que les Premières Nations, chez elles, ne puissent recevoir de redevances et de compensations alors qu'elles occupent et utilisent les mêmes territoires ancestraux depuis des milliers d'années? Merci.

    • Djosef Bouteu - Inscrit 1 novembre 2012 06 h 27

      @Carole : Les Hurons sont-ils exclus de ce droit aux redevances et compensations? Après tout, ce sont aussi des immigrants récents, venus du nord du lac Érié.

      Les Abénaquis aussi, peut-être? Ceux d'Odanak et de Wôlinak ont immigrés au Québec pour fuir les Anglais de la Nouvelle Angleterre.

      Je pense plutôt que le Québec doit favoriser l'épanouissement social et culturel des peuples sans discrimination ethnique ou génétique. Cela veut évidemment aussi dire lutter contre les disparités sociales qui constituent une forme de discrimination de fait.

      Parlant de développement culturel, est-ce que vous avez des informations récentes sur la progression de l'utilisation de l'innu-aimun comme langue d'enseignement dans les écoles innues? Je ne trouve pas d'infos.

      Une petite révision de l'histoire du Québec ferait du bien à tout le monde. Les Anglais n'ont pas gagné «notre guerre». Ils ont cherché à assimiler tous les peuples à la sphère culturelle anglophone.

      Chaque peuple a le droit d'exister. Les Québécois d'origine européenne comme les Premières Nations, nous partageons notre territoire à tous, le Québec.

  • Gaston Carmichael - Inscrit 31 octobre 2012 08 h 52

    Innue Land

    Ce que M. McKenzie réclame a toutes les caractéristiques d'un pays indépendant. Il se désole que le Canada ne semble pas le prendre au sérieux.

    On comprend que M. McKenzie entend faire avancer sa cause à grands coups de blocus de la 138.

    Bonne chance M. McKenzie.

  • Daniel Clapin-Pépin - Abonné 31 octobre 2012 09 h 45

    J'appuie le vice-chef Mike McKenzie

    En ma qualité de citoyen québécois, écologiste et « allochtone » (par rapport aux « autochtones » de la nation innue), j’appuie et seconde les requêtes du vice-chef Mike McKenzie, eu égard notamment au projet de la Romaine qui devrait être, sans délai, totalement abandonné pour cause de non-rentabilité tant financière qu’énergétique - comme l’a fort bien démontré le film « Chercher le courant » - et ses frais accumulés à date comptabilisés et virés au compte Pertes et Profits.

  • Robert Henri - Inscrit 31 octobre 2012 11 h 26

    Petite nation...

    Je me désole quand je lis des remarques comme «Belle nation mais très petite nation dépendante du fédéral sur tout incluant les mauvaises habitudes». Une grande nation de coeur, petite en nombre. Avec ses défauts et ses faiblesses. Ce ne sont toujours pas eux qui ont choisi d'être parqués dans des réserves, de subir la loi sur les Indiens, les écoles résidentielles, de ne pas recevoir une vraie formation utile dans notre monde mais un chèque de b.e.s. à la place alors que leurs connaissances les plus précieuses se rapportent à la forêt, à ce qui fait d'eux une nation... Tous ces maux, notre petite nation québécoise à nous, nous en sommes aussi les complices obligés. Ce sont nos prêtres qui ont abusé des générations d'Innus et d'orphelins de Duplessis. Sauvages et bâtards enfants du péché, il faut les sauver et en faire de bons chrétiens. Terrain de jeux pour pédophiles bien cachés au milieu de bons prêtres. Eux aussi on a tout fait à Ottawa pour les acculturer. Eux, c'était la méthode agressive, brutale, génocidaire dans ces pensionnats où on frappait les enfants pour leur interdire de parler leur langue, qu'ils l'oublient. Nous, c'était en maintenant dans la pauvreté quiconque ne parlait pas anglais en l'empêchant de travailler. Que ce soit nous de l'autre petite nation ou le Canada qui soit responsable responsable et coupable de tentatvie d'ethnocide culturel et d'appauvrissement systhématique puisqu'instauré en systhème, on n'y peut rien. Par contre si nous perpétuons les injustices alors que nous pouvons changer les choses, ce sera me pire déception, une vraie raison de se sentir honteux et triste. Les Innus de leur côté doivent vite apprendre à s'unir en tant que Nation unique et non pas une communauté forme une nation. Apprendre à vivre sur un territoire commun et voir à nos intérêts communs en comprenant ceux différents pour les uns ou les autres.

    • Djosef Bouteu - Inscrit 1 novembre 2012 06 h 38

      Bon rappel à l'ordre. Que les Montagnais ne soient pas «nombreux» (notion arbitraire) ne diminue pas leur droit d'exister.

      Les tentatives de génocide culturel, même si ce serait plus facile de pelleter tout le blâme sur Ottawa, ont eu la complicité des élites catholiques.

      Il faut beaucoup de temps et d'efforts pour réparer les séquelles énormes infligées par les pensionnats.

      C'est une page d'histoire de laquelle le Québec ne veut pas répéter les erreurs.

      http://www.tlfq.ulaval.ca/AXL/amnord/quebecautocht

      La loi 101 dit clairement ceci :

      « L'Assemblée nationale reconnaît aux Amérindiens et aux Inuit du Québec, descendants des premiers habitants du pays, le droit qu'ils ont de maintenir et de développer leur langue et leur culture d'origine.

      Ces principes s'inscrivent dans le mouvement universel de revalorisation des cultures nationales qui confère à chaque peuple l'obligation d'apporter une contribution particulière à la communauté internationale. »

      Le développement du Québec ne peut se faire sans le développement des peuples autochtones.