Libre opinion - Le théâtre jeunesse, cet autre absent électoral

À la veille du scrutin du 4 septembre et au moment où, en France, le milieu théâtral jeune public publie son Manifeste pour une politique artistique et culturelle du spectacle vivant en direction de la jeunesse, force est de constater que le soutien aux arts professionnels et au théâtre jeune public professionnel n’est pas le sujet de l’heure de la campagne électorale.


Le moins que l’on puisse dire est que les engagements des différents partis politiques concernant le soutien adéquat à la création, à la production, à la diffusion et à la médiation des arts professionnels en direction du jeune public sont bien minces. Théâtres Unis Enfance Jeunesse (TUEJ) salue bien sûr les engagements déjà pris jusqu’à présent pour la fréquentation des lieux de diffusion professionnels dans le cadre de sorties scolaires.


Les compagnies professionnelles de théâtre jeune public québécoises rejoignent des enfants dès leur toute petite enfance et jusqu’à la fin de leur adolescence. Loin d’être marginale, la pratique professionnelle en théâtre jeune public occupe une place significative dans le paysage théâtral québécois : en 2008-2009, les compagnies membres de TUEJ représentaient le quart de l’activité théâtrale québécoise, avec un total de 3079 représentations, dont 1393 jouées au Québec.


Le théâtre jeune public québécois bénéficie également d’une renommée internationale bien établie. Toujours en 2008-2009, 15 productions ont été jouées dans 11 pays, soit en Angleterre, en Belgique, en Chine, en Espagne, aux États-Unis, en France, en Irlande, en Italie, au Japon, aux Pays-Bas et en République tchèque, pour un total de 260 représentations. Malgré leur impressionnante feuille de route, les compagnies de théâtre jeune public, qu’elles soient établies ou de la relève, sont de plus en plus fragilisées compte tenu du contexte dans lequel elles évoluent.


Les compagnies de théâtre jeune public demeurent profondément convaincues que l’accès démocratique aux arts professionnels passe par la relation avec l’école. Elles sont aussi viscéralement convaincues de la nécessité, et surtout, de la pertinence de rendre le théâtre professionnel accessible aux enfants et aux adolescents de tout le Québec. Pourtant, chaque année, près des deux tiers des élèves des niveaux scolaires primaire et secondaire n’assistent à aucun spectacle de théâtre professionnel dans un lieu de diffusion professionnel dans le cadre de sorties scolaires. La situation est pire pour les élèves inscrits à l’extérieur des grands centres que sont Montréal et Québec.


Pourtant, ces 15 régions administratives regroupent environ les trois quarts de l’effectif national des niveaux primaire et secondaire. Soulignons aussi que, loin d’être acquis, le lien de partenariat avec le milieu scolaire doit être sauvegardé par le milieu des arts professionnels, qui effectue plus que jamais un travail multiple et assidu.


Les compagnies de théâtre jeune public membres de TUEJ croient que le fait d’assister à un spectacle de théâtre professionnel dans un lieu de diffusion professionnel enrichit la rencontre entre l’oeuvre et les jeunes spectateurs. Les créateurs sont convaincus que cette rencontre a un impact majeur, voire déterminant sur le développement personnel des jeunes et sur leur faculté d’appréhender le monde de manière ouverte et créative.


Or, dans la présente campagne électorale, on parle abondamment d’éducation, de créativité, d’entrepreneuriat, de la question identitaire… Autant de sujets qui ont une résonnance et un lien particulier avec la fréquentation des arts professionnels par les enfants et les adolescents. Aussi, un modèle éducatif riche et efficient doit transmettre ces valeurs à nos enfants. Faut-il rappeler que dans une société où l’économie est basée sur le savoir, la rencontre des jeunes spectateurs avec l’art permet le développement de la créativité, matière première de l’innovation ?


Considérant les enjeux majeurs auxquels les compagnies de création sont confrontées, ces dernières revendiquent que le Québec se dote d’une réelle vision de la diffusion des arts professionnels auprès du jeune public. Cette vision doit impérativement être accompagnée d’un plan d’actions et de mesures concrètes, adéquatement financées. Un tel engagement de la part du prochain gouvernement du Québec représente non seulement la clé de la pérennité de la pratique jeune public, mais aussi un choix de société primordial pour notre avenir collectif. C’est une question de valeurs.


TUEJ interpelle donc les différents partis politiques et pose la question suivante : quels sont les outils et les moyens que vous mettrez en place pour soutenir et assurer la pérennité de la pratique aux arts professionnels et au théâtre jeune public dans l’ensemble de la chaîne, soit création, production, diffusion et médiation ?

***

Marie-Eve Huot - Directrice artistique du Théâtre Ébouriffé et présidente de Théâtres Unis Enfance Jeunesse (TUEJ) et Danielle Bergevin Directrice générale de TUEJ

2 commentaires
  • Serge-Étienne Parent - Inscrit 27 août 2012 07 h 44

    Engagement de Québec solidaire

    Un parti en parle, mais on parle peu de ce parti. Plateforme de Québec solidaire, 7B: QS assurera l’accès à au moins quatre manifestations culturelles professionnelles pour les élèves du primaire et du secondaire.

  • Michel Richard - Inscrit 27 août 2012 17 h 03

    C'est sans doute

    parce que la population en général ne pense pas que c'est très, très important une "politique artistique et culturelle du spectacle vivant en direction de la jeunesse" quand on compare avec les autres enjeux auxquels notre société fait face.