Libre opinion - Exploitation sexuelle des jeunes filles : la guerre est déclarée

Ce texte se veut une réponse à M. Tim Lambrinos, directeur général de l’Adult Entertainment Association of Canada, qui a récemment annoncé la première étape d’une stratégie de recrutement d’élèves et d’étudiantes dans les établissements d’enseignement du pays, dont des écoles secondaires, si le gouvernement fédéral ne permet pas aux tenanciers de cabarets de continuer à faire venir au Canada des effeuilleuses à l’aide de visas temporaires.


La guerre contre les trafiquants de personnes qui s’attaquent à nos jeunes est ouvertement déclarée. Ceux qui profitent des jeunes Canadiennes qu’ils recrutent pour le commerce sexuel ont été démasqués dans les journaux, ainsi que leur stratégie consistant à cibler de jeunes Canadiennes du secondaire parce qu’ils ne peuvent plus faire venir de jeunes femmes de l’étranger pour les exploiter sexuellement.


Il n’est pas étonnant que l’Adult Entertainment Association of Canada (AEAC) soit dérangée par les initiatives récentes visant à éliminer une échappatoire aux lois sur la traite de personnes au Canada. Les propriétaires de clubs de striptease voient une source de revenus disparaître et ils sont en colère. Mais les enseignants et les parents sont furieux eux aussi de voir l’AEAC cibler leurs jeunes pour les exploiter sexuellement.


Tim Lambrinos, directeur général de l’AEAC, prétend représenter 38 000 effeuilleuses, dont 28 % d’étudiantes. Il affirme que son rôle consiste à aider des jeunes à payer leurs études universitaires, mais en réalité, il est le porte-parole d’une industrie qui gagne des millions en attirant des étudiantes dans l’industrie du divertissement sexuel pour adultes.


Un grand nombre de ces victimes sont terrifiées à l’idée de parler de leur réalité et elles sont pratiquement bâillonnées par le coaching, la manipulation et les sévices. Elles sont formées pour accepter la violence à leur endroit et ne pas attirer l’attention de la police sur les clubs. Demandez-le à Natasha Falle, Timea Nagy ou aux centaines d’autres victimes qui sont tombées dans le piège de l’esclavage moderne. Elles raconteront la vérité.

 

Des témoignages


Prenons Sharon, une jeune adolescente canadienne à qui j’ai parlé et qui m’a décrit comment son prédateur -son petit ami -a promis de s’occuper d’elle et de l’aimer pour toujours. Après l’avoir isolée de sa famille et de ses amis, il a changé complètement d’attitude. Il l’a vendue sur le marché du sexe. La vie de Sharon a été un enfer jusqu’à ce qu’elle devienne tellement malade que son propriétaire ne puisse plus profiter d’elle. Elle a alors été rejetée et abandonnée à la mort.


Le souteneur de Sharon travaillait en secret, mais ces derniers jours, les grands propriétaires de clubs de striptease et d’agences de rencontres du Canada se sont vantés publiquement de leur stratégie visant à recruter des adolescentes dans les écoles secondaires. Par leur documentation explicite qui promet aux mineures de gagner des sommes faramineuses si elles acceptent de se dévêtir, ils recrutent effrontément nos jeunes. Je félicite la commission scolaire de Vancouver, qui a rapidement refusé de laisser les clubs de striptease recruter des élèves dans ses écoles.


Partout sur la planète, et même ici au Canada, ce sont surtout des femmes et des jeunes filles qui se font prendre dans l’engrenage de l’exploitation sexuelle de l’industrie du sexe, par la coercition, les menaces, la supercherie ou la fraude. La police découvre régulièrement des mineures qui travaillent dans les clubs de striptease canadiens. L’âge moyen d’entrée dans la prostitution au Canada se situe entre 12 et 14 ans. Il est impossible de croire que ces adolescents décident rationnellement de vendre leur corps à en moyenne 20 à 40 hommes chaque soir. Chaque victime peut rapporter à son « propriétaire » jusqu’à 280 800 $ par année, d’après le Service canadien de renseignements criminels.


Les enfants qui deviennent les victimes de la traite de personnes sont les plus vulnérables, mais ils viennent de tous les milieux.


Natasha Falle vient d’une famille respectable de Calgary et elle a commencé à se prostituer avant son 15e anniversaire. Elle m’a dit avoir été forcée de recruter d’autres victimes en présentant la prostitution sous un jour séduisant, en cachant les violences qu’elle a subies et en mettant l’accent sur l’argent gagné facilement et rapidement. Natasha a fini par s’échapper de ce monde brutal et elle a fondé un organisme (SexTrade101) pour sauver les jeunes filles qu’elle avait l’habitude de recruter.


La prostitution, les clubs de striptease et les salons de massage ont tous un point en commun : leurs propriétaires se graissent la patte grâce aux « services » sexuels de jeunes victimes.


Timea Nagy, fondatrice de Walk With Me, un organisme visant à rééduquer les victimes de la traite de personnes, est entrée au Canada en provenance de l’Europe de l’Est, avec un visa temporaire de visiteur, pour travailler dans le commerce du sexe. Quand elle est arrivée au Canada, elle a été manipulée et forcée de faire du striptease. Pendant ses trois mois comme effeuilleuse, elle a été violée à maintes reprises par ses agents, forcée d’avoir des rapports sexuels avec les clients du club et menacée de mort. Son cas n’est pas unique.


Des milliers de victimes, comme Sharon, Natasha et Timea, ont été leurrées et sont tombées dans le piège de l’esclavage moderne au Canada. Le maquereau de Sharon l’a laissé mourir, mais elle a survécu grâce à l’intervention d’un passant.


Les Canadiens et les Canadiennes doivent envoyer un message clair aux souteneurs et aux propriétaires de clubs et d’agences de rencontres : nos enfants ne seront ni achetés ni vendus.

***

Joy P. Smith - Députée conservatrice fédérale de Kildonan-St. Paul

11 commentaires
  • Réal Giguère - Inscrit 6 août 2012 06 h 08

    Sharon

    Et qui était le pimp de Sharon? Un garçon de bonne famille de Vancouver? Ou un garçon élevé dans une culture machiste?

    Québec, au début du siècle, a connu un retortissant scandale de prostitution juvénile. Une quinzaine de jeunes filles, dont plusieurs de bonnes familles, ont été violées en série par un gang de rue africain avant d'être contraintes à se prostituer pour des commerçants libanais et des bourgeois de la ville.

    Le problème soulevé par la députée est bien réel. Mais au Québec, il intéresse peu de gens. On se préoccupe plus du sort d'Omar Khadr que de celui de nos adolescentes

  • Stéphanie LeBlanc - Inscrite 6 août 2012 07 h 51

    Enfance volée

    Il y a quelques années, des poteaux de métal pour fillettes étaient vendus au rayon des jouets et en voulant retrouver les détails sur Internet, je viens de trouver une poupée "Pole Dancer":

    http://les-furies.blogspot.ca/2011/12/palmares-des

    Comme la danse nue est souvent la porte d'entrée dans la prostitution et maintenant que l'Ontario pourrait légaliser le proxénétisme, quelle sera la prochaine étape? Va-t-on voir arriver dans les écoles des prostitué-es et des proxénètes parler de leur "métier" respectif aux enfants? Déjà la table est mise puisqu'on offre déjà aux fillettes des poupés dont les vêtements et le maquillage rappellent ce milieu (les poupés Bratz et My Scene pour ne pas les nommer).

    À force de banaliser le marchandage sexuel, il ne faudra pas se surprendre ensuite que des adolescentes et même des enfants échangent des faveurs sexuelles contre des biens de consommation (ou tout simplement contre de l'attention) dans les toilettes des écoles ou que des garçons considèrent que le fait de faire un cadeau à une fille leur donne des droits sur son corps.

    Les fillettes ne savent plus sur quel pied danser. D'une part on leur parle de l'importance des études et des activités culturelles et sportives enrichissantes, d'autre part on laissent les médias leur polluer l'esprit dès leur plus jeune enfance et les programmer à se voir d'abord comme un outil de séduction à maquiller, à épiler, à affamer et à tartiner de crème anti-ride. Dans la publicité, l'activité physique n'est présentée que comme un moyen de perdre du poids et les magazines pour adolescentes ne parlent toujours que de vêtements, de maquillage et des différentes manières de séduire les garçons.

    On leur vole leur enfance carrément. Un enfant c'est fait pour s'amuser, apprendre, se salir et surtout se ficher de son apparence et de son potentiel de séduction.

    • Fernande Trottier - Abonnée 11 août 2012 11 h 42

      Comme vous avez raison ! Ne devrait-on pas revenir à des jeunes qui s'habillent autrement pour aller à l'école...sans porter la robe noire de jadis, il y a certes des ensembles qui les habilleraient bcp mieux que tout ce que la consommation leur offre. On perce leurs oreilles alors qu'elles sont bébé, c'est un crime que de leur voler ainsi leur enfance; je vois des ados habillées de façon telles.... il est vrai qu'elles prennent comme modèles les adultes qu'elles cotoient ou qu'elles voient dans les revues; je partage entièrement votre avis Madame.

  • Stéphanie LeBlanc - Inscrite 6 août 2012 08 h 07

    L'industrie vise les plus vulnérables

    La danse nue et la prostitution sont comme la cigarette: le recrutement commence chez les mineures car l'industrie sait que les adultes sont plus difficiles à convaincre. L'école n'est pas faite pour promouvoir l'exploitation des jeunes filles elle devrait même (avec les parents) apprendre aux filles les tactiques qu'utilisent les proxénètes pour recruter leur victimes afin qu'elles les voient venir de loin.

    Le jeune proxénète procède souvent ainsi:

    -il prend contact avec une fille solitaire manquant de confiance en elle

    -il la séduit en la couvrant d'attention et de cadeaux luxueux et l'amènent au restaurant (il a toujours l'air d'avoir beaucoup d'argent tout en étant très évasif sur sa provenance)

    -il invente ensuite une histoire de problèmes financiers (dettes de drogue par exemple) et dit à la jeune fille qu'elle doit l'aider à rembourser ses créanciers et que surtout elle lui doit bien ça, après tout ce qu'il a fait pour elle.

    C'est généralement à ce moment que la jeune fille est orientée vers la danse nue en attendant la prochaine étape (la prostitution). Si elle refuse, il arrive souvent que le proxénète amène la jeune fille à ses amis qui lui font subir un viol collectif afin de casser sa résistance. Il arrive aussi que des photos soient prise de l'agression pour exercer un chantage sur la jeune fille (ce chantage se fait déjà entre adolescents).

    • Fernande Trottier - Abonnée 11 août 2012 11 h 52

      Nous avons vu des gars et des filles étudiants nus dans la rue, déambulants très à l'aise... quel exemple pour les plus jeunes !
      De là à passer à la danse nue, rien qu'un pas... et ce que l'on voit et lit sur les réseaux sociaux, tout est orienté afin que les jeunes filles tombent dans le piège de la protistution, surtout qu'on les prépare malheureusement et bien inconsciemment depuis leur tendre enfance.

  • Jean-Claude Préfontaine - Abonné 6 août 2012 09 h 20

    L'aveuglement de l'or qui brille.

    «Les membres de la classe [économique] sont bien conscients des problèmes que nous réserve l’avenir. Mais ce qui leur tient le plus à coeur, c’est leur [avoir]. D’où leur empressement à parler de tout sauf de la dure réalité qui nous guette»...ou qui prend de plus en plus d'ampleur.

    C'est pourquoi, Tim Lambrinos, directeur général de l' Entertainment Association of Canada,  «affirme que son rôle consiste à aider des jeunes [étudiantes] à payer leurs études universitaires, mais en réalité, il est le porte-parole d’une industrie qui gagne des millions en attirant des étudiantes dans l’industrie du divertissement sexuel pour adultes.» (Le Devoir d'aujourd'hui, p. A6) Chacun fait sa juste part : Tu t'investis à fond pour ton avenir, je te donne... un peu... au nom de la morale économique.

  • Martin Dufresne - Abonné 6 août 2012 10 h 21

    Contre les profiteurs de la prostitution

    Ce n'est malheureusement pas que l'Ontario qui risque de légaliser le proxénétisme - ou de rendre quasi impossible sa pénalisation - si la décision Bedford v. Canada n'est pas invalidée par la Cour suprême. (Pour en savoir plus: http://sisyphe.org/spip.php?rubrique147 )Comme l'article visé par la décision de la Cour d'appel de l'Ontario relève du Code criminel, c'est tout le pays qui serait affecté. Il est temps d'exiger de la classe politique qui protège l'industrie du sexe qu'elle fasse appliquer ces lois contre les proxénètes-tenanciers de bars à prostitution, d'agences d'escorte et de bordels déguisés en salons de massage avant qu'elles ne soient simplement abolies sous la pression d'un lobby multi-milliardaire.