Libre opinion - Industrie de l'amiante - Une activité économique non rentable

L’industrie minière canadienne est concurrentielle à l’échelle mondiale et obtient du succès depuis longtemps sans avoir eu besoin de subventions étatiques notables. Elle s’est même développée pendant la dernière récession en répondant à la demande du marché. Pourtant, plutôt que de laisser les marchés guider les investissements miniers au Québec, le gouvernement de la province renfloue l’industrie de l’amiante avec l’argent des contribuables, et ce, pour un produit qui est en train de perdre son marché en raison de problèmes liés à la santé publique.

Depuis quelques années, la demande d’amiante chrysotile produit au Canada a chuté de façon vertigineuse, ce qui a mené à une interruption des activités minières dans ce secteur. Toutefois, plutôt que de laisser les mines fermées, le gouvernement se sert désormais de l’argent des contribuables pour parier contre les marchés et rouvrir une mine de chrysotile non rentable.


Le premier ministre du Québec, Jean Charest, a récemment approuvé un prêt de 58 millions de dollars afin de permettre la réouverture de la mine Jeffrey. Cette décision fait suite à des mois de négociations et à plusieurs prolongations de l’offre de prêt du gouvernement afin de donner davantage de temps aux partenaires privés pour trouver des investissements. Le gouvernement québécois — et tous les contribuables canadiens, dont une partie des impôts est versée en paiements de transfert fédéraux au Québec — financera maintenant les deux tiers de ce qu’il en coûtera pour rénover la mine afin d’assurer sa réouverture.

 

Déclin de la demande


Même avant l’annonce de ce plan de sauvetage, la mine a éprouvé des difficultés dans les dernières années et interrompait à l’occasion ses activités. Toutes les autres mines d’amiante canadiennes ont fermé, la dernière ayant cessé ses activités en novembre 2011. En janvier, LAB Chrysotile, la seule autre société minière au Québec qui exploitait de l’amiante, a déclaré faillite.


La disparition de l’industrie de l’amiante canadienne découle du déclin de la demande mondiale de ce produit en raison de préoccupations liées à la santé. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que 107 000 personnes meurent chaque année d’un cancer du poumon, d’un mésothéliome ou de l’amiantose parce qu’elles ont été exposées à cette matière dans leur milieu de travail. Quoique le chrysotile — le type d’amiante exploité au Québec — soit relativement moins nocif que les autres formes, il reste dangereux. L’OMS considère tous les types d’amiante comme cancérigènes.


Même si on pouvait extraire et manipuler le chrysotile de manière sécuritaire au Canada, l’Union européenne et plus de 40 pays l’ont jugé trop dangereux et ont interdit son utilisation. Que les inquiétudes liées à la santé soient fondées ou non, le marché mondial a rétréci. Les contribuables ne devraient pas être tenus de subventionner des activités non rentables dont la demande diminue.

 

Investissements importants


Pourtant, les gouvernements refusent de cesser de dépenser notre argent. De 1984 à 1997, Ottawa a versé près de 20 millions de dollars à l’Institut du chrysotile, un organisme sans but lucratif qui offre de la formation et fait la promotion du chrysotile à l’échelle internationale. Le soutien de l’État à cet organisme prenait la forme d’une subvention annuelle de 250 000 $, plus 10 000 $ pour que des représentants puissent assister à des ateliers et à des conférences afin d’appuyer l’industrie du chrysotile. Le gouvernement fédéral a aussi dépensé une somme estimée à 575 000 $ pour tenter sans succès de convaincre l’Organisation mondiale du commerce de faire annuler l’interdiction de l’amiante en France.


En plus du soutien fédéral, Québec a versé 200 000 $ par année à l’Institut du chrysotile. Cependant, les deux ordres de gouvernement ont depuis cessé de financer l’organisme qui, comme l’industrie de l’amiante elle-même, semble incapable de survivre sans soutien étatique. Il a annoncé sa fermeture en avril dernier.


Les partisans du sauvetage de la mine Jeffrey affirment que jusqu’à 500 emplois à temps plein seront créés. Chaque emploi coûterait donc plus de 115 000 $. Toutefois, l’idée que ce genre de subventions crée des emplois est un mythe. D’abord, l’argent versé en subventions provient d’autres entreprises et particuliers qui paient des impôts. Une telle forme d’« aide sociale » aux entreprises ne fait que recycler les contributions fiscales provenant d’autres secteurs et diminue ainsi leur propre création d’emplois.


La subvention est d’autant plus absurde à la lumière de la pénurie de main-d’oeuvre dont souffre l’industrie minière à l’échelle internationale. Les sociétés minières canadiennes ont besoin de dizaines de milliers de travailleurs pour pourvoir les postes actuellement vacants et répondre à la demande en croissance. En subventionnant des travailleurs pour qu’ils demeurent à la mine Jeffrey, on utilise des fonds publics qui provoquent des distorsions dans le marché du travail et incitent les travailleurs à rester chez un employeur non concurrentiel alors que des postes sont offerts ailleurs.


Le Canada dispose d’une quantité enviable de ressources naturelles. Il est concurrentiel à l’échelle internationale, car il tire profit des opportunités du marché. Par le fait même, il est à l’origine d’innovations et de nouvelles technologies qui permettent au secteur minier de réduire ses coûts, de devenir plus sécuritaire et de mieux protéger l’environnement.


Bien que les gouvernements aient manifestement un rôle à jouer dans la mise en place d’un cadre réglementaire et de politiques stables pour attirer des investissements miniers, il n’est pas de leur responsabilité d’utiliser les fonds publics pour renflouer une industrie à la dérive.

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1 commentaire
  • Versailles, Guy Versailles Communications - Abonné 1 août 2012 18 h 32

    L'industrie mondiale du chrysotile est robuste

    L’analyse de Mme Alana Wilson de l’Institut Fraser concluant en la non rentabilité de l’industrie de l’amiante repose sur des erreurs de fait et une ignorance totale de l’industrie. Conséquemment, ses conclusions sont erronées.

    Mme Wilson affirme que le marché du chrysotile est en déclin, alors qu’en fait, depuis plusieurs années déjà le rythme d’augmentation de la demande est de 5 % à 15 %, selon les pays, partout dans le monde en développement (60 % de la population mondiale). Les matériaux en chrysotile-ciment sont efficaces, peu coûteux, très durables, ne s’altèrent pas avec le temps et ont des propriétés isolantes contre la chaleur et le bruit, des atouts importants en zone tropicale et subtropicale où la température atteint facilement 40-45oC.

    Alors que des centaines de millions de personnes parmi les plus démunies améliorent graduellement leur condition économique, ces matériaux représentent souvent leur seule option réaliste pour procurer un toit solide et durable à leur famille. Ces matériaux sont aussi abondamment utilisés pour les bâtiments agricoles, porcheries et poulaillers, où ils augmentent la productivité de 15 à 20 % par rapport à un bâtiment en tôle en réduisant la chaleur tropicale et le bruit assourdissant causé par la mousson.

    En parallèle à l’augmentation de la demande, une réduction des capacités mondiales de production, à cause de l’épuisement de gisements, a entraîné un raffermissement durable des prix. Ces sont ces données qui ont convaincues le gouvernement du Québec de la fiabilité de son prêt dans la mine Jeffrey.

    La relance de la mine se traduira par des bénéfices économiques substantiels pour la région de l’amiante et pour l’économie du Québec : création d’emplois, augmentation de la richesse, soutien financier au développement économique régional, notamment. Mme Wilson qualifie «d’aide sociale» ce qui est en réalité un prêt de 58 M $ consenti par Investissement Québec à des conditions de marché, qui rapportera un intérêt