Libre opinion - Pour qui voter?

La crise étudiante vient de susciter non pas un éveil du peuple, mais un réveil de sa léthargie habituelle. Il est temps de sortir du vivre et laisser vivre québécois.

En ces temps préélectoraux, chacun cherche le meilleur véhicule pour représenter sa voix. Pour qui devons-nous voter ?

Il faut être réaliste. Nous sommes aux balbutiements d’une mutation profonde face à l’engagement politique. Aucun parti actuel, même nouveau, n’est apte à représenter nos aspirations, car nous ne les avons pas encore nommées ni définies. Plusieurs encore ne s’aperçoivent pas qu’il n’est plus indiqué de laisser notre destin collectif entre les mains de nos chefs d’État, tous soumis aux diktats des prédateurs de nos ressources, de nos forces vives, à travers une vision du monde douteuse. Plusieurs se laissent encore séduire par des discours sans profondeur, par manque d’éducation ou d’ouverture.


Non, la prise en compte de ce réveil printanier n’a pas eu pour objectif la fondation d’un parti capable de représenter cette mouvance du peuple, par définition antinéolibérale. Ce réveil est tout au plus un signal de départ : nous avons un véhicule nouveau à construire, des institutions à refaire. Et le peuple doit s’asseoir autour de la table parlementaire.


Mais il y a des élections et nous devons voter - au moins pour réduire à néant l’esprit néolibéral qui règne au Parti libéral du Québec. Le mot néolibéralisme n’est ni à droite ni à gauche, il est né pour confondre les électeurs devant une impression de société progressiste dont le coeur est le discours d’une économie pour tous, mais seulement en apparence. Car derrière ce vocabulaire se cachent des forces de prédation drainant les avoirs et les êtres (99 %) vers une poignée de personnes (1 %) condamnant le peuple à une piètre qualité de vie à perpétuité.


Les banques centrales - au service de ces puissants - n’ont qu’à jouer avec les taux pour parvenir à saper nos richesses. L’endettement public fut la principale politique de ces prédateurs aussi appelés les « maîtres du monde ». Cette stratégie antipeuple fut appliquée chez nous pour la première fois sous le règne de Pierre Elliott Trudeau. Simultanément, René Lévesque nous conduisait vers notre premier éveil : nous pouvions être fiers d’être un peuple, le peuple québécois.


Le Parti libéral actuel se cache à peine d’être à la solde des maîtres du monde. Il n’a jamais daigné négocier avec le peuple. Le Parti québécois a beaucoup déçu en la personne de Lucien Bouchard, qui a appuyé sur l’accélérateur du courant néolibéral, profitant de la confiance aveugle que lui vouait le peuple. Cet homme a terni le véhicule de René Lévesque.


Alors, pour qui voter, maintenant que nous sommes trahis de toutes parts ? Et que nous n’avons pas le temps de créer un parti qui reflétera notre réalité du XXI
e siècle ? Il presse de saborder le Plan Nord avant que Jean Charest ne « donne nos terres » à ceux à qui il les a déjà promises - sans nous consulter.


En dépit de la trahison, le Parti québécois demeure le plus pertinent véhicule pour évincer le gouvernement Charest. Mais ce parti doit savoir que le peuple ne veut plus se complaire dans une démocratie représentative et qu’il exigera une démocratie participative. Il doit savoir que, sous la vigile aiguë du peuple, nous exigerons moratoires et référendums sur nos ressources, nos institutions, nos universités afin de tout remettre en question et nous repositionner pour l’avenir.

 

Discuter


Nous devons collectivement - avec un parti qui se doit d’être ouvert aux demandes du peuple - nous asseoir, discuter et définir ensemble ce que nous voulons. Nous devons réfléchir aux manières de ne plus servir les intérêts des pétrolières sans retour. Aucun parti ne sera épargné par cette mouvance du peuple sans précédent et dont la vague ne s’échouera plus.


Nous, le peuple, nous apercevons qu’aucun élu n’a réussi à ce jour à porter au-delà de la parole la vision d’un monde où le respect des écosystèmes rime avec la qualité de vie socioéconomique des citoyens, et non du seul 1 %. Le gouvernement Charest n’a jamais eu l’intention de servir les intérêts du peuple, mais il va toujours tout faire pour en avoir l’air. Et sa recette fonctionne encore ! La candeur des citoyens n’a plus sa place. À moins que nous ne soyons pas allés assez loin dans l’usurpation et la crédulité ?


Nous ne vivons pas une crise sociale, mais une crise d’évolution. Nous devons sortir de nos déceptions et de nos attentes et devenir individuellement responsables du bien commun, de nos ressources, de la Terre. Nous occuper de nos affaires, de nos institutions. Nous devons sortir individuellement de notre assujettissement face aux puissants. Ces derniers ne reculeront devant rien pour la poursuite d’intérêts pétroliers au service du 1 %.


Pour sortir de cette domination, chacun de nous doit établir une vigilance dans sa propre vie et la souder à ce collectif, nouvellement conscient qu’il se passe des choses viles qui dépassent parfois l’entendement. Chacun est responsable pour lui-même de ne pas se faire récupérer par la propagande, la peur et le doute.


À l’automne 2012, le parti qui prétendra vouloir écouter le peuple devra réellement agir en conséquence, car le peuple réagira vivement. Notre parlement doit être sous haute surveillance. Nos intérêts collectifs en dépendent. Le parti qui prendra le pouvoir devra faire table rase des vieux acquis pour s’ouvrir à un monde mieux adapté à la réalité du XXIe siècle, chemin que la jeunesse étudiante nous a pointé du doigt avec grandeur et élégance.

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Sylvie Bergeron - Auteure de La conscience du génie québécois

21 commentaires
  • Fabien Nadeau - Abonné 24 juillet 2012 07 h 40

    J'aime bien!

    Merci, pour votre réflexion, Madame Bergeron. Vous mettez des mots sur mon sentiment profond. J'ai participé à deux marches importantes pour la première fois de ma vie, à 70 ans. Je regardais cette belle jeunesse autour de moi et je me disais que c'est notre devoir de descendre dans la rue. Nous ne pouvons pas laisser les jeunes mener seuls ce combat.

    J'attends moi aussi cette démocratie participative. Avant de mourir (le plus tard possible!), je voudrais poser ma brique dans l'édification d'une nouvelle nation.

    Je ne parle pas de souveraineté, ici. Mais ça ne nuit pas, hein?

    • Réal Rodrigue - Inscrit 24 juillet 2012 14 h 22

      Après avoir lu Jean Ziegler, je ne puis douter qu'une poignée de cosmocrates amènent le monde... à sa perte. Heureusement qu'il y a cet admirable jeunesse qui secoue le joug au nom du bien commun, et qui comprend que seule une réelle démocratie peut aider le peuple à se réapproprier la politique. Pour le moment, comme le disait Michel Henry, la démocratie reste un leurre...

  • Gilles Bousquet - Abonné 24 juillet 2012 07 h 50

    Voter stratégique dans chaque comté

    Pour mieux débarquer le PLQ Charest, faut juste voter pour le candidat qui a plus de chances, dans les derniers sondages locaux, de battre le candidat du PLQ, qu'il soit péquiste, caquiste ou autre.

    • Viviane Genest - Inscrite 24 juillet 2012 08 h 56

      Qu'il soit PQ, ON ou QS, mais pas caquiste.

    • Michel Leclaire - Inscrit 24 juillet 2012 10 h 17

      NON! Il faut voter selon ses convictions.

  • Guy Berniquez - Inscrit 24 juillet 2012 07 h 59

    Je ne voterai pas pour le PQ

    Comme indépendantiste et social-démocrate, je ne voterai pas pour le PQ. Parce que le PQ est à une coche en bas du PLQ pour ce qui est du néolibéralisme, surtout avec Mme Marois à la tête de ce parti.

    De plus, le PQ a refusé de profiter de l'offre qui avait été faite pour faire de la prochaine élection un vote stratégique dans chaque comté. Et ceci malgré une pétition qui circule depuis un mois.

    Les probabilités de résultat de la prochaine élection sont : soit un gvt minoritaire libéral ou péquiste. Dans les 2 cas, je me contenterai de ce résultat, car un gvt minoritaire doit se surveiller pour ne pas être renversé par l'opposition.

    Donc, il me reste 2 choix possibles pour voter aux prochaines élections. Option nationale ou Solidarité Qc.

    • Richard Laroche - Inscrit 24 juillet 2012 09 h 22

      Je pense comme vous au sujet du PQ. Je ne leur fais pas confiance. D'autant plus que les programmes de ON et QS ont chacun des propositions fortes que le PQ n'a pas encore l'audace d'afficher.

      Si toutefois le PQ faisait volte-face, qu'il mettait genou à terre et s'ouvrait au Peuple, que Marois ne cherche plus à diriger le Québec, mais à le servir, que le parti s'ouvrait à collaborer avec les autres partis souverainistes et qu'ils s'engagaient à nous représenter avec une transparence irréprochable... là ils auraient peut-être mon vote... peut-être...

    • Olivier Laroche - Inscrit 24 juillet 2012 10 h 42

      Le PQ change à chaque élection. Je crois que la version présente est plus à gauche que la version Lucien Bouchard. Pour battre les libéraux, je suis prêt à voter PQ. Ça dépend des circonscriptions.

  • Yvon Bureau - Abonné 24 juillet 2012 08 h 48

    Gratitude

    Mille mercis, Sylvie, pour cet article bien songé et bien rendu.

    Irai vers ton livre. Titre brillant. En ce temps de lumière espérée.

  • Charles F. * Doublon M.c. * Labrecque - Inscrit 24 juillet 2012 09 h 12

    Encore une fois

    Quelle belle trouvaille, le génie québécois. Faisant parti de ce peuple québécois, j'ai entendu ce genre de discours depuis au moins 60 ans, d'où je me souvient à la taverne autour d'une bière-mon-minou, nous écoutions se même genre de discours prononcé par nos supposés grand bienfaiteurs qui ne voulaient que du bien et peut-être aussi notre bien mais d'une autre façon. Aujourd'hui avec vos grands mots que la majorité des québécois de l'arrière-pays ne comprennent aucunement semblent prêt à sauter dans la parade comme de gentils moutons pour vous faire croire qu'ils approuvent votre discours. Mais attention ces mêmes québécois arrivés devant les urnes, ils réagissent souvent bien autrement toute en pensant d'abord à leurs poches. Comme ont dit souvent: Pas dans ma cours.

    • Michel Leclaire - Inscrit 24 juillet 2012 10 h 20

      Alors, il devront assumer les conséquences de leur vote.