Libre opinion - Une force québécoise à afficher

La Déclaration de Rio+20 vient affirmer, voire renouveler, l’engagement politique des chefs d’État envers le développement durable (DD). Rappelons que c’est un des objectifs de cette Conférence internationale décennale. Sur cette seule base, il s’agit d’un succès : il y a plus d’une semaine à peine, les observateurs ne croyaient pas parvenir à ce consensus minimal sur un document de plus de 200 pages et articles !

Bien sûr, un plan d’actions chiffrées et datées, avec des engagements précis, doit suivre. Mais impossible d’exiger cela, ici à Rio, quand nous n’avons même pas encore de plan d’action sur les changements climatiques au Canada !


Il faut comprendre que cette Déclaration est un cadre de référence et de travail pour les prochaines années, et ce, dans l’esprit d’une gouvernance mondiale de l’environnement, notamment par l’entremise d’un nouveau mécanisme, soit un Forum intergouvernemental international qui devrait assurer son suivi, voire sa concrétisation.


Bien que les Européens aient souhaité la formation d’une organisation mondiale de l’environnement, à l’image d’une OMC, la communauté internationale a plutôt choisi d’affirmer l’importance du rôle des États fédérés (ex. le Québec), voire le rôle des territoires infranationaux, dans la mise en oeuvre du DD.


Par exemple, 59 villes, dont Montréal, ont signé un protocole quant à la diminution des gaz à effet de serre. Soulignons qu’à l’échelle des Nations unies, ce qui est désigné « local » n’a toutefois pas de valeur stratégique en soi. Le local est avant tout conçu comme une des échelles, du haut vers le bas, servant à appliquer les arrangements internationaux.


Or un des défis du DD est justement de faire en sorte que les territoires deviennent un lieu d’intégration et de cohérence des acteurs-partenaires, privés-publics, avec la participation incontournable de la société civile porteuse d’une transformation sociale et d’une nouvelle éthique-culture du développement. Bien que huit grands groupes majeurs (femmes, jeunes, gouvernements locaux, communauté scientifique…) soient reconnus aux Nations unies, depuis 1992, dans les faits, leur pouvoir d’influence mondiale demeure encore mince, bien que plus présent que jamais.


La valorisation des territoires appropriés pour le DD, voire du principe de subsidiarité, ne peut toutefois pas justifier le désengagement des gouvernements centraux, en matière de protection et d’amélioration des biens communs et des conditions de vie humaine.


Par exemple, le Canada, d’abord reconnu par la communauté internationale comme premier de classe au début des années 90, est maintenant classé dans le peloton de queue, défendant l’industrie du pétrole et démantelant les acquis, notamment ceux de l’évaluation environnementale (bill C-38). L’absence du premier ministre canadien à Rio+20 illustre ce désengagement.


Alors qu’une trentaine de pays avaient choisi d’ériger des pavillons, au Parc des athlètes, pour présenter leur savoir-faire et leurs innovations vertes, ou pour animer des débats (ex. pavillon de la France), le Canada, de même que le Québec, a jugé que sa présence là n’était pas utile !

 

Savoir-faire québécois


Pourtant, au Québec, nous avons un savoir-faire et des acquis importants en matière de DD. Il aurait donc été stratégique que Québec mette en valeur cette réalité et ce potentiel de coopération, avec la présence d’un pavillon du Québec, au-delà de la présence du premier ministre du Québec qui a dialogué avec les participants de la société civile, effort par ailleurs fort apprécié.


Un pavillon du Québec aurait ainsi permis - aux sociétés d’État, pour ne nommer que Recy-Québec, aux organisations autochtones (ex. Makivik), à la centaine de villes québécoises ayant adopté des démarches intégrées de DD (Gagnon, 2012), aux entreprises d’économie sociale et solidaire, coopératives vertes et d’innovation, aux réseaux universitaires, collèges verts et écoles Brundtland, bref aux multiples initiatives - de partager nos savoirs et expertises. D’autant que 50 000 délégués nationaux, différents acteurs privés, publics étaient sur place !


Ce pavillon aurait aussi permis de renforcer nos réseaux internes et externes, au profit de la construction incessante de territoires durables. Ainsi, sur une note plus personnelle, aurais-je pu avoir la fierté d’y lancer mon livre numérique (PUQ) sur les Territoires durables en devenir, au Québec et ailleurs dans le monde, au pavillon du Québec plutôt qu’à celui de la France !


Rio+20 n’est qu’un pas dans la longue marche, commencé il y a plus de 30 ans, vers un autre modèle de développement, vers une autre culture ! Le DD n’est pas une fin en soi ! Il interpelle notre conscience responsable, locale et planétaire, tant individuelle qu’organisationnelle. Il faut continuer le travail, redoubler les efforts dans le travail collectif amorcé et souhaiter que, la prochaine fois, dans 10 ans, le Québec brille par sa présence manifeste, avec la collaboration de l’ensemble des acteurs déjà engagés sur la voie de la réflexion, des pratiques et du changement.


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Christiane Gagnon - Professeure à l’UQAC et responsable de l’axe aménagement et développement durable du Centre de recherche sur le développement territorial

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