Libre opinion - Le PLQ ne veut pas faciliter le vote des jeunes

Lettre à Monsieur Jean Charest, chef du Parti libéral, ministre de la Jeunesse et premier ministre du Québec

Dans le cadre du conflit étudiant, vous avez invité les étudiants à se présenter aux urnes plutôt qu’à prendre la rue en guise de solution au conflit. Le 1er juin, vous avez déclaré : « Si on peut en venir à une entente, c’est tant mieux, mais ultimement, il y aura une élection générale d’ici 18 mois. C’est dans un cadre démocratique que s’offre pour nous l’occasion de s’exprimer sur ces enjeux. » Dans le cadre du conflit étudiant, nous sommes d’avis qu’il appartient aux organisations étudiantes et à votre gouvernement de régler ce conflit.

Comme citoyens, nous souhaitons que les jeunes participent massivement au prochain rendez-vous électoral. Nous sommes attristés de constater qu’au dernier scrutin, moins d’un jeune sur deux âgé de 18 à 34 ans s’est prévalu de son droit de vote.


Cependant, force est de constater le contraste entre les actions de votre gouvernement et les propos que vous tenez publiquement pour « résoudre la crise ». Dernièrement, comme Le Devoir le révélait hier, les représentants du Parti libéral du Québec n’ont pas accepté la proposition du Directeur général des élections du Québec (DGEQ) de mettre en place les infrastructures destinées à permettre aux étudiants de voter là où ils passent la majeure partie de leur vie active, soit dans les campus.


Devant constat de faible participation des jeunes, le DGEQ a suggéré de permettre aux étudiants de s’inscrire sur la liste électorale et de voter à partir de leur établissement d’enseignement. Il assure même avoir l’infrastructure et les moyens nécessaires pour y parvenir.


Cette proposition recueille l’appui de l’ensemble des organisations jeunesse du Québec, dont la Commission-Jeunesse de votre parti. Et pourtant, votre formation politique a refusé d’y accéder.


Des incitatifs similaires existent déjà pour faciliter le vote des Snowbirds, des militaires et des détenus. Sous votre gouvernement, des modifications ont également été apportées à la loi pour assurer la présence de boîtes de scrutin dans 700 résidences et CHSLD, ainsi que l’organisation de bureaux de vote itinérants pour les personnes en perte d’autonomie.


La question se pose, alors : pour quelles raisons refusez-vous un traitement similaire pour les jeunes ? Il est difficile de ne pas voir une analyse électoraliste, ou pour reprendre une expression bien de chez nous, de voir quelqu’un qui « parle des deux côtés de la bouche ».


C’est dans un cadre démocratique que s’offre aux Québécois l’occasion de s’exprimer sur nombre d’enjeux, cela ne fait aucun doute ; mais c’est aussi à travers le débat, la délibération et la richesse du débat public qui sépare les élections que les gens vivent et adhèrent à la démocratie. Force est de constater que votre gouvernement semble plutôt résolu, notamment avec l’adoption d’une loi qui vise à réduire ce débat public, à faire le contraire.


Peut-être devriez-vous songer à vos gestes en cette matière ? Vous avez refusé les changements à la carte électorale, votre directeur des élections a démissionné, vous adoptez une loi qui restreint les capacités à manifester pacifiquement et maintenant, vous refusez au DGEQ les moyens destinés à favoriser le vote des jeunes.


L’histoire occidentale juge sévèrement les atteintes à la démocratie. Il vous reste 18 mois. Il est encore temps de changer.

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9 commentaires
  • Jean Lapointe - Abonné 8 juin 2012 09 h 27

    Le PLQ se fout de la démocratie


    Il apparaît de plus en plus évident que le PLQ se fout complètement de la démocratie.

    S'ils se soumettent à des élections ce n'est pas parce qu'ils seraient convaincus que des élections c'est nécessaire dans une démocratie mais bien plutôt parce qu'ils n'ont pas le choix dans le système actuel.

    Ce qu'ils veulent eux c'est conserver le pouvoir pour mettre en oeuvre leur plan, et ils sont même prêts à fausser le jeu dans l'espoir de les gagner la prochaine fois.

    Ils sont faux faux faux.

    Et ce qui est incroyable c'est qu'il semble n'y avoir personne au sein de ce parti qui ait le courage de dénoncer ce que fait leur chef.

    De quoi sont-ils donc menacés tous ces hommes et toutes ces femmes du Parti libéral?

    Est-ce que Charest aurait instauré un système militaire au sein de ce parti?

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 8 juin 2012 09 h 40

    Occasion ratée

    C'est malheureux, les étudiants se familiariseraient avec la boîte de scrutin, ce qui nous épargnerait beaucoup de psychodrames inutiles.

  • Jean-François Couture - Inscrit 8 juin 2012 16 h 52

    Vrai remède ou poudre électoraliste?

    Des bureaux de scrutin dans les CEGEPs et les universités? À première vue, cela peut sembler être une bonne idée, surtout quand les élections ont lieu durant l’année scolaire. Mais je pense qu’il vaut la peine de regarder cela deux fois.

    D’abord, la comparaison avec les résidences de personnes âgées ne m’apparait pas pertinente, la principale différence étant que les étudiants, contrairement aux personnes âgée, n’habitent pas leur maison d’enseignement.

    Dans le cas des CEGEPs, plus répandus que les universités, la majorité des étudiants n’y sont même pas des «migrants annuels» et encore moins des résidents habitant des résidences sur un «campus».

    Le cas des universités est un peu différent en ce sens qu’il y a chez elles nombre d’étudiants qui sont effectivement des «migrants annuels» dont certains (une minorité) habitent les résidences universitaires. Quant aux autres, ils sont «en ville», chez leurs parents, en appartement ou en chambre.

    Dans les universités ayant de très vastes campus ou encore des campus éclatés, faudrait-il établir des bureaux de vote dans chaque pavillon pour rendre la chose plus facile?

    Malgré mon manque de sympathie à l’endroit de la gestion de Jean Charest, surtout dans le conflit étudiant, je ne crois pas que son refus de cette idée, de prime abord sympathique, soit fondée sur la peur. Si c’était quand même le cas, ce serait là une autre preuve qu’il analyse mal le contexte.

    Quant à ceux qui sont en faveur, uniquement parce que cela serait un bon moyen de lui mettre des bâtons dans les roues, ou de favoriser leur propre élection, je pense qu’ils font erreur aussi. Pour faire voter les jeunes qui n’ont pas d’intérêt pour la chose, il faudrait probablement leur courir après avec une boîte de scrutin mobile, et encore.

    Mais si la question des droits de scolarité les a vraiment mobilisés en masse, regardez les bien aller. Ils vont savoir comment faire connaître leur mécontentement. Il y a déjà bien assez de bureaux de vote pour ce fair

    • Nicole L'Italien - Inscrite 9 juin 2012 05 h 10

      Cher Monsieur Couture, vous ignorez qu'une bonne partie des étudiants proviennent des régions. Les régions ce sont Saguenay–Lac-Saint-Jean, Bas-Saint-Laurent, La Mauricie, L'Estrie, L'Outaouais, Abitibi Témiscamingue, Côte Nord, Nord du Québec, Gaspésie Ïles e la Madeleine, Chaudières Appalaches, Lanaudières, Laurentides, Montérégie, Centre du Québec. Eh oui il y a des gens qui proviennent des régions qui ont les capacités intellectuelles pour s'unstruire!!! Ces jeunes gens conservent l'adresse de résidense des parents et sont donc inscrits à celle-ci. Les élections sont en semaine et que font les étudiants en semaine? Ils sont au Cégep ou à l'université. Voilà pourquoi que des bureaux de scrutin sur les campus seraient nécessaire. Les étudiants pourraient ainsi exercer leur droits comme mémé peut le faire dans son foyer et même les détenus. D'autres explications sont-elles nécessaires?

    • Jean-François Couture - Inscrit 9 juin 2012 17 h 50

      Madame l'Italien,

      Étant moi-même issu d'une région, et à une époque où il n'y avait au Québec que Montréal, Québec, et Sherbrooke qui étaient des villes «universitaires», j'en sais quelque chose. Je me serais donc volontiers passé de votre sarcastique «Eh oui il y a des gens qui proviennent des régions qui ont les capacités intellectuelles pour s'unstruire!!!». Comme si je ne le savais pas.

      Cela dit, la grande observatrice que vous êtes est certainement au courant qu'il y a maintenant tout un réseau non seulement de CEGEPs mais aussi d'universités couvrant le territoire national. La quasi totalité des régions que vous avez nommées sont d'ailleurs dotées d'antennes universitaires.

      Nous en sommes même au point où l'élargissement des campus de certaines de ces institutions est devenu un enjeu majeur dans le conflit des droits de scolarité. Les négociateurs étudiants, dont les aptitudes à la gestion sont manifestement supérieures à celles des recteurs et rectrices, en sont venus à la conclusion qu'il y aurait même trop de lieux d'enseignement ou du moins que ces lieux seraient mal choisis.

      «D'autres explications sont-elles nécessaires?» dites-vous.
      Ce ne sont pas d'explications dont j'ai besoin mais plutôt de chiffres. Mon intervention, plutôt modérée et ne cherchant pas la confrontation, ne disait rien d'autre que ce qu'elle disait, sans partisannerie ni politicaillerie.

      Alors, auriez-vous des chiffres qui démontreraient ce qu'est «une bonne partie» des étudiants qui seraient trop loin du domicile de leurs parents pour pouvoir voter?

      Et remarquez que je ne suis pas en principe contre cette mesure. Je constate plutôt que, comme c'est devenu presque une habitude, en cette fin de cycle du parti présentement au pouvoir, tout et son contraire prend très vite le ton de la confrontation.

    • Jonathan Prud'homme - Abonné 11 juin 2012 00 h 21

      Cher monsieur Couture.

      En démocratie, il faut stimuler le vote. Tout le vote. Point.

      Toute incartade à ce principe est par essence anti-démocratique. Les chiffres ne sont pas nécessaires. Ne serait-ce que pour les jeunes en résidence, ce serait justifié. Il y a eu tant de manipulations avec le vote par anticipation au cours des dernières années, qu'il faut augmenter les possibilités et assurer une transparence. Tout simplement. Qu'on soit bleus, rouges, verts, noirs ou bariolés, tous s'entendent sur ce principe, sauf, apparemment, notre gouvernement.

      Sur ce, merci de votre commentaire et de votre ton. Il est bon de ne pas se voir traiter de communiste en étant démocrate ou de ne pas voir le gouvernement traité de faciste en étant électoraliste.

      Mes respects.

    • Jean-François Couture - Inscrit 11 juin 2012 09 h 57

      Monsieur Prud'homme,

      Vous dites:«En démocratie, il faut stimuler le vote. Tout le vote. Point.»

      Vous avez abordé la question dans le sens pertinent. Je suis totalement d'accord avec ce principe.

      Je suppose que les débordements verbaux et autres qui entourent le sujet sont essentiellement dûs au contexte qui prévaut depuis quelques mois et qui fait en sorte que les «pour» sont perçus comme désirant instrumenter cette légitime mesure simplement pour qu'elle contribue à éjecter un gouvernement impopulaire et usé par presque une décennie de pouvoir. Et les «contre» sont identifiés à une faction qui soutiendrait les yeux fermés une position partisane et pusillanime du gouvernement.

      Et les gens comme moi qui s'interrogent sincèrement sur les effets positifs ou négatifs de la mesure deviennent une cible pour les deux factions à la fois.

      Merci donc d'avoir pris la peine de commenter, et fort civilement, et aussi d'avoir noté que le «criage de noms» ne fait pas partie de mon arsenal d'arguments.

      Mes hommages.

  • André Vallée - Inscrit 8 juin 2012 16 h 55

    John James alias Napoléon TiCoq

    Une suggestion pour vous: planifier la période électorale pour que le vote ait lieu lors des examens de fin de session.

  • Jean Bottari - Inscrit 8 juin 2012 21 h 46

    Attention!

    @ Léo Bureau-Blouin et Pier-André Bouchard St-Amant

    J'ose esperer que vous avez raison et que les jeunes sauront rendre à Jean Charest la monnaie de sa pièce lors du prochain scrutin. Quant à nous (les plus vieux) il faut aussi se mobiliser et prendre une heure afin d'aller voter. En passant faites attention à vos paroles car le PLQ pourrait bien faire appel au DGE et se plaindre contre vous en disant que vous faites de la propagande électorale. On ne sait jamais avec eux!

    Jean Bottari

    Montréal