Libre opinion - Plus que l’avenir du PQ, celui du Québec

Lettre à Madame Pauline Marois, chef du Parti québécois


La mue au PQ que tant souhaitaient depuis exactement un an ne s’est pas produite. Vous êtes toujours à la tête de votre parti et à part ce petit espace aménagé pour que s’expriment librement les idées de Bernard Drainville, par exemple, le Parti québécois ne bouge pas, ou alors très, très peu.

La société québécoise, elle, a bougé énormément et ça n’a pas l’air de s’essouffler. L’éveil qu’a provoqué le mouvement étudiant nous a amenés résolument ailleurs. Où est le PQ ? D’après ce que je vois, malheureusement, encore engoncé dans une logique politicienne, calculatrice, prudente ; en un mot, il ne s’est pas libéré de sa vieille peau de vieux parti. Il n’a nullement bénéficié, en matière d’appuis, de la crise sociale actuelle. Malaise…


Si le discours étudiant a paru tellement rafraîchissant et inspirant pour plusieurs, c’est parce qu’il n’était pas pétri de doutes, de peurs, de peur de faire peur ; il était aussi très imaginatif ; surtout, il était et demeure sincère. Cette manière de dire les choses au PQ fait cruellement défaut, si l’on excepte des députés comme Bernard Drainville qu’on semble tolérer pour des raisons stratégiques.


Bref, les forces progressistes ont grandement déserté votre parti. La saignée est tellement importante qu’on voit apparaître, après Québec solidaire, un nouveau parti indépendantiste et progressiste, Option nationale.


Or voilà, il est fort possible que la prochaine élection soit déterminante pour notre avenir, et il est fort probable que vous vous retrouviez soit au pouvoir, mais minoritaire, par conséquent à la merci des partis de la stagnation, la CAQ ou le PLQ, soit dans l’opposition. Cela ne serait rien de moins que fatal.


Le Québec est à la croisée des chemins et vous avez une immense responsabilité devant la nouvelle donne. Madame Marois : ça n’est pas votre avenir politique qui est en jeu, ni celui de votre parti, mais bien celui du Québec tout entier. Vous avez choisi de demeurer à la barre, soit. Alors assumez cette responsabilité pleinement et dignement et, je vous en prie, mettez en branle au plus vite un processus de discussion et de négociation avec tout ce qui bouge en ce moment, car l’éparpillement et la fragmentation de toutes ces énergies vont tout bonnement servir une fois de plus tout ce qui refuse de bouger et nie l’identité profonde du Québec.


Comme Bernard Landry l’a déjà dit, la patrie avant le parti. Je viens de lire à l’instant - c’est dans l’air, il y a urgence - l’appel de Pierre Curzi au peuple québécois. Il parle de faire passer les intérêts de la nation avant celui des partis. Or quels que soient les efforts déployés par Jocelyn Desjardins du NMQ, par Marc Laviolette et Pierre Dubuc du SPQ Libre, par certains membres de QS, ou d’autres personnalités du monde politique ou d’ailleurs, cela ne mènera nulle part si le PQ ne pose pas un geste significatif de souplesse, d’ouverture et d’imagination.


Je le répète, ce n’est pas l’avenir du PQ qui est en jeu, mais celui du Québec tout entier. Ma plus grande crainte est que si les forces de la stagnation gagnent aux prochaines élections, les conséquences seront graves. Chaque fois que nous avons perdu - en 1980 et en 1995, mais aussi il y a neuf ans - il y a eu des conséquences désastreuses pour le Québec. Nous n’avons cessé de rapetisser, pour reprendre une expression de Sylvain Lelièvre.


Si ça continue comme ça, on devra dire adieu au pays du Québec très bientôt. Une coalition des forces nationalistes et progressistes est devenue une option incontournable.

***

Benoît LeBlanc - Auteur, compositeur, interprète

33 commentaires
  • Yves Claudé - Inscrit 7 juin 2012 01 h 22

    Déraison ou trahison ?

    Monsieur Benoît LeBlanc a ici magnifiquement plaidé la cause du peuple québécois. Rien à ajouter ! À part peut-être une question fort impertinente, qui pourrait être adressée à la direction du PQ comme à celle de QS : déraison ou trahison ?

    Yves Claudé

    • Raymond Saint-Arnaud - Inscrit 7 juin 2012 17 h 56


      En contre-partie d’une entente de collaboration ad hoc aux prochaines élections, le PQ devrait s’engager, s’il prend le pouvoir, à réformer le système électoral pour avoir une certaine dose de représentation proportionnelle à l’Assemblée nationale, et instaurer un mode de scrutin uninominal à deux tours.

      On aurait alors une vraie démocratie, i.e. le pouvoir dans les mains de la majorité, et non dans les mains du parti le plus fort.

      « Il est préférable de partager une chose que de ne rien avoir. »

    • Raymond Saint-Arnaud - Inscrit 7 juin 2012 17 h 56


      En contre-partie d’une entente de collaboration ad hoc aux prochaines élections, le PQ devrait s’engager, s’il prend le pouvoir, à réformer le système électoral pour avoir une certaine dose de représentation proportionnelle à l’Assemblée nationale, et instaurer un mode de scrutin uninominal à deux tours.

      On aurait alors une vraie démocratie, i.e. le pouvoir dans les mains de la majorité, et non dans les mains du parti le plus fort.

      « Il est préférable de partager une chose que de ne rien avoir. »

    • Raymond Saint-Arnaud - Inscrit 7 juin 2012 17 h 59


      En vue des prochaines élections et même au-delà en permanence pour la gouverne de l'État québécois, il faut une COALITION des groupements ou partis indépendantistes, souverainistes, et autonomistes.

      Dans la plupart des pays démocratiques, les gouvernements sont des coalitions. Pourquoi serait-ce un désastre au Québec? Au contraire. Une coalition n’est pas une maladie honteuse ni un cancer, c'est tout simplement le reflet de la démocratie et le rejet de la pensée unique.

      Gouverner un pays par une coalition est beaucoup plus démocratique que de laisser la gouverne dans les mains du plus fort. La soumission de tous les membres d’un groupe à un seul individu du groupe qui agit en roi et maître est une caractéristique de plusieurs sociétés animales. La direction d’un groupe animal par le plus fort d’entre eux est voulue par la nature essentiellement pour la protection et la survie du groupe ou de l’espèce. C’est la notion de troupeau. Dans le cas des sociétés humaines développées, la vraie démocratie s’éloigne de ce paradigme de troupeau. Oui, dans une société humaine développée il y a un chef et des dirigeants, mais il y a aussi des citoyens intelligents qui conservent leur capacité personnelle d’agir et de penser par eux-mêmes.

      Dans plusieurs démocraties, ce sont des coalitions qui gouvernent. La dysfonction n'est que dans la tête de ceux qui voudraient bien être seuls sur la glace et imposer leurs vues à la majorité, alors qu'ils n'ont été élus que par une minorité. Il faudra apprendre à vivre avec autre chose que le bi-partisme, et appliquer un vrai parlementarisme.

      On veut plus de collégialité dans les gouvernements. Que les gouvernements apprennent à gouverner en collégialité ou en coalition avec l’opposition, ce serait cela la véritable démocratie. Depuis très longtemps, on est gouvernés par des gouvernements qui représentent seulement entre 35 et 40% des gens.

  • Fernand Lachaine - Inscrit 7 juin 2012 06 h 40

    D'accord

    Tout à fait d'accord avec votre analyse.
    Il est impératif que madame Marois fasse son bout de chemin dans le sens d'une coalition entre les partis souverainistes.
    Il est impensable de laisser Charest et le PLQ prendre le pouvoir une autre fois.
    Je dirais même qu'il serait dangereux de laisser le PLQ continuer à détruire la fibre sociale de notre peuple et d'affaiblir l'économie du Québec pour le 100% de la population et non seulement pour le 1% des préviligiés.

  • François Ricard - Inscrit 7 juin 2012 06 h 50

    Il faut faire son deuil d'une coalition

    Tant et aussi longtemps que le PQ sera dirigé par l'ambitieuse Mme Marois et QS solidaire pat la dogmatique Mme David, toute coalition est impossible.
    L'indépendance recueuille plus de 40% d'appui et est en nette progression.
    La grande majorité des membres du PQ est pour l'indépendance.
    Une partie importante des membres de QS est pour l'indépendance.
    La totalité des membres de l'ON est pour l'indépendance.
    Chez la CAQ on y trouve aussi des partisans de l'indépendance, des personnes qui ne peuvent blairer Mme Marois.
    Pour rallier tous ces gens, les membres du PQ doivent reprendre leur parti en main, l'arracher des mains de Mme Marois en limitant son influence et en mettant résolument le cap sur l'indépendance comme prôné par l,ON.
    Mais j'ai bien peur que cela non plus ne se ferra pas.
    Toujours l'égo avant le pays.

  • genevieve zuccaro - Inscrit 7 juin 2012 06 h 55

    Elle s'accroche

    Madame Marois a démontré depuis des années que bien que ne passant pas pour les Québécois , elle , elle voulait passer....et donc elle reste . Finalement elle fait comme Charest... Le même caractère têtu, imbu de lui-même , elle est là exclusivement pour sa personne . Le résultat? ménager la chèvre et le chou pour recueillir le plus de votes, ce qui fait que le PQ n'a plus rien à offrir . C'est elle seule qui sera responsable d'une réélection possible de Charest, ce qui serait le pire désastre pour les Québécois.

    • François Ricard - Inscrit 7 juin 2012 11 h 09

      Et la population se décroche du PQ à cause d'elle.

  • Catherine Paquet - Abonnée 7 juin 2012 06 h 56

    Un beau souhait, mais...

    Vous écrivez: "Une coalition des forces nationalistes et progressistes est devenue une option incontournable."

    Constatons que les forces nationalistes et les forces proressistes sont deux choses très différentes. On se souvient qu'à plusieurs époques, les forces nationalistes n'ont pas été particulièrement progressistes.

    Aujourd'hui, on n'aurait pas trop de mal à identifier certaines forces nationalistes.

    Mais, ce qui est beaucoup pus difficile demeure de trouver des forces progresistes.