Libre opinion - L’arrêt des manifestations demandé

Plusieurs intervenants du milieu des affaires qui s’intéressent en particulier à l’économie de Montréal, au tourisme, aux grands événements et aux arts de la scène se disent préoccupés par les impacts des manifestations publiques à l’aube de la saison estivale.

Il ne fait pas de doute que, même si les manifestations se sont transformées de manière plus festive, des répercussions significatives se font sentir de plus en plus négativement : que ce soit une baisse d’achalandage marquée dans les restaurants et les boutiques du centre-ville de Montréal, les coûts additionnels de sécurité pour de nombreux établissements, le ralentissement dans les réservations de chambres et de billets de spectacles et d’événements, voire d’annulations ou, encore, les retards dans le transport des personnes et des biens sur l’île de Montréal, sans compter, bien sûr, les coûts inhérents pour les services publics touchés sur les plans municipal et provincial. En plus du court terme, ces impacts risquent de s’aggraver à moyen et plus long terme si on ne cesse tout de suite les manifestations publiques, festives ou autres, qui se déroulent inlassablement et qui essaiment de plus en plus dans d’autres régions du Québec.


Car, en plus du manque de revenus pour des organisations commerciales ou autres, il est aussi question de pertes d’emploi, de non-embauche et de réduction d’heures de travail pour des concitoyens (y compris des étudiants) qui en ont bien besoin. Il est aussi question de l’image de marque de Montréal et potentiellement du Québec en entier, qui est touchée de plus en plus et qui pourrait prendre des années à être rebâtie.


Au-delà des questions du financement nécessaire des universités, nous désirons plaider ici la cause de Montréal et de sa réputation, de sa qualité de vie et de sa qualité d’hôte. Et ceci s’applique aussi au reste du Québec.


Le Conseil du patronat du Québec prend donc acte de la volonté du gouvernement du Québec et des représentants d’associations étudiantes de tenter de dénouer l’impasse au regard, en particulier, des droits de scolarité. Dans le contexte actuel, nous désirons donc faire part des messages suivants.


Aux représentants d’associations étudiantes : vos positions et vos recommandations ont des impacts sociaux et économiques qui débordent la question du financement des universités. Nous savons que vous en avez conscience et nous vous demandons de faire la promotion efficace d’une sortie de crise auprès des étudiants et de toute la population, pour que cessent rapidement les manifestations publiques.


Au gouvernement du Québec : vos décisions dans le contexte actuel ont un impact majeur sur la société, car elles touchent non seulement la question du financement nécessaire pour les universités et les équilibres financiers, mais aussi la perception qu’aura la population de nos institutions démocratiques. Nous savons que vous en avez conscience et nous vous demandons d’en arriver à un dénouement à court terme, tout en respectant le principe de responsabilité qui, nous le croyons, vous a animé jusqu’ici et que nous appuyons.


Aux étudiants du Québec : si vous devez approuver une proposition ou une entente, nous vous demandons d’exiger un processus d’approbation à l’abri d’intimidation de part et d’autre, de participer massivement à ce processus et d’analyser les gains que vous aurez obtenus, à leur juste valeur, depuis la première décision du gouvernement du Québec sur la hausse des droits de scolarité.


Aux personnes d’influence québécoises : que vous soyez des milieux politique, associatif, médiatique, artistique, environnemental ou autre, nous vous demandons d’encourager un arrêt rapide des protestations dans les espaces publics, même si elles sont festives, afin de permettre des discussions sereines à la table de négociation et, surtout, de permettre aux villes touchées, notamment Montréal, d’offrir un milieu propice au déroulement des activités estivales.


Enfin, à la population du Québec : que vous soyez rouge, blanc ou vert, que vous soyez de la gauche, du centre ou de la droite, que vous soyez jeunes, moins jeunes ou âgés, que vous soyez résidants de Montréal ou de toute autre région du Québec, nous vous demandons de transformer toute cette énergie effervescente ainsi que votre désir de mobilisation dans une participation massive et positive à toutes les activités qui vous seront offertes durant l’été à Montréal et dans toutes les autres régions du Québec. Bref, de montrer à la face du monde que, peu importent les différences de point de vue que l’on puisse avoir ici, le Québec est une nation accueillante où il fait bon vivre et où il est agréable de venir pour les affaires et pour le plaisir. […]

***

Yves-Thomas Dorval - Président du Conseil du patronat du Québec

71 commentaires
  • Line Gingras - Abonnée 1 juin 2012 01 h 50

    À votre service?

    Vous me donnez l'impression de croire, Monsieur, que la population du Québec est au service de votre organisation et de ses membres. Ce n'est pas le cas.

  • Jason Keays - Inscrit 1 juin 2012 01 h 58

    Ça ne fait que commencer

    J'invite le Conseil du Patronnat a demander a Charest de reculer sur sa hausse et la loi 78. Alors peut-être les manifestations arrêterons.

    • Lise Boivin - Inscrite 1 juin 2012 14 h 03

      Moi aussi.

  • Yves Claudé - Inscrit 1 juin 2012 02 h 06

    Les bons conseils du patronat : fini la fête, place à la tristesse !

    -« Cessez tout de suite vos manifestations festives ! »

    Doit-on comprendre que les manifestations devraient plutôt être tristes ? Sans doute, puisqu’avec la Loi 78, nous devons faire le deuil de la liberté d’expression des citoyens, et celui de la démocratie étudiante.

    -« Aux étudiants du Québec : exigez un processus d’approbation à l’abri d’intimidation !»

    Doit-on comprendre que les forces policières et les agences de sécurité devraient cesser d’intervenir dans les écoles et aux alentours de celles-ci, avec leurs matraques et projectiles de toutes sortes, contre les étudiants ?

    -« Participez massivement et positivement à toutes les activités qui vous seront offertes !»

    Offertes pour quel prix ? Celui de la soumission, ou celui de la résignation ?

    Yves Claudé

  • Marcel Bernier - Inscrit 1 juin 2012 02 h 43

    Autrement dit...

    Au nom du dieu dollar, cessez de revendiquer!

  • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 1 juin 2012 02 h 52

    juste pourrir... Le parlementarisme représentatif c'est cause toujours, la dictature c'est ferme ta gueule...

    M.Dorval, laissez moi vous dire que j'ai rarement été aussi fier du rayonnement de l'image de marque de Montréal comme carrefour d'idées que ces jours-ci ; la planète nous regarde prendre notre éveil démocratique, et je dis à ces gens de l'extérieur qu'il n'y a jamais eu meilleur moment pour venir à Montréal. Ce n'est pas notre image de marque qui est à rebatir, c'est notre démocratie.

    Le gouvernement a rompu ses négociations de façade avec les étudiants et la loi 78 a transformé la crise étudiante en éveil démocratique beaucoup plus large ; cette loi est la goutte d'eau qui fait déborder la casserole, mais même si elle était abrogée demain, le lien de confiance avec les institutions politiques, dans sa structure actuelle, ne continuera qu'à juste pourrir.

    Dans le présent régime de représentation, manifester est la seule possibiilité pour faire reconsidérer une décision qu'on trouve injuste . Nous n'avons pas encore de budget participatif pour négocier sereinement, entre citoyens, de où l'on prélève le trésor public, à quel ministère on l'alloue, et faire un suivi des dépenses pour vaincre la corruption. Normalement ça dure un après-midi de manifestation puis, d'habitude, rien ne change, retour au confort et à l'indifférence ; pour une majorité qui n'est plus silencieuse, les choses doivent changer. On ne peut continuer à juste pourrir.

    Le gouvernement a dépensé beaucoup plus qu'il n'en aurait récolté de la hausse pour mousser sa pré-campagne électorale, et ce sur votre dos. Le modèle de gestion politique a démontré son inaptitude sinon son obsolescence. Et vous voudriez que l'on laisse la structure politique juste pourir?

    Votre proposition de fin de crise c'est "transformer toute cette énergie effervescente ainsi que votre désir de mobilisation" dans des festivals ou la bière cheap est à 6$ le verre?

    Guillaume Blouin-Beaudoin

    • Michel Richard - Inscrit 1 juin 2012 10 h 58

      Vous dites: "Dans le présent régime de représentation, manifester est la seule possibiilité pour faire reconsidérer une décision qu'on trouve injuste" mais c'est archi-faux.
      La meilleure possibilité que vous avez, c'est de voter aux élections.
      Entre temps, vous pouvez certainement manifester, tenter d'influencer le gouvernement et l'opinion publique. Vous pouvez aussi utiliser les différents processus formels de consultation qui existent.
      Si vous n'arrivez pas à faire bouger les choses dans le sens que vous voulez, vous devez prendre votre mal en patience et espérer que le prochain gouvernement pense comme vous.
      Me semble que c'est ça, la démocratie.

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 1 juin 2012 14 h 36

      Monsieur Richard,
      Monsieur Blouin a raison de dire : "Dans le présent régime de représentation, manifester est la seule possibiilité pour faire reconsidérer une décision qu'on trouve injuste"
      Voter aux élections n'a rien à voir avec les décisions que prend le gouvernement. On vote aux élections pour élire des représentants, on ne vote aucunement sur les décisions prises par les représentants une fois qu'ils sont élus. C'est pour ça que Monsieur Blouin dit que dans un régime de représentation, manifester est ce qui nous reste à faire si on désapprouve les décisions des représentants.

      "Si vous n'arrivez pas à faire bouger les choses dans le sens que vous voulez, vous devez prendre votre mal en patience et espérer que le prochain gouvernement pense comme vous. Me semble que c'est ça, la démocratie."
      Vous avez une étrange conception de la démocratie : attendre et espérer passivement...

      "Démocratie" veut dire "pouvoir au peuple". Si le peuple ne fait qu'élire des représentants, et qu'ensuite les représentants peuvent faire ce qu'ils veulent sans tenir compte de l'opinion du peuple, jusqu'à des élections ultérieures, on n'est aucunement en démocratie : le peuple n'a alors guère de réel pouvoir.
      Certains remettent en question la possibilité même qu'un système représentatif puisse être démocratique. Sans aller jusque là, je soutiendrai au moins ceci : pour qu'un système représentatif puisse être démocratique (au moins minimalement), il faut que les citoyens aient le droit de s'opposer aux décisions de leurs représentants, d'exprimer leur désaccord et d'employer des moyens d'obtenir des changements dans les décision.

    • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 1 juin 2012 14 h 40

      Effectivement, il y a plusieurs moyens d'influencer la politique : tous prendre une carte de membre du PLQ en serait une, poser des affiches en est une, et il y en a tellement d'autres. Faire des propositions au conseil municipal en est une autre que j'ai souvent faite, mais, plus souvent qu'autrement, ça ne vient que démontrer qu'il est impossible, dans ce régime, comme simple citoyen, de faire mettre une de ses propositions à l'ordre du jour ou de proposer un ammendement à un projet de règlement.

      Par contre, les élections, qu'on découvre de plus en plus qu'elles sont clé-en-main, ne servent qu'à désigner un titulaire à un poste. Avec un DGE qui refuse d'enquêter sur le financement de la CAQ alors qu'elle était "OSBL", la confiance en ce processus est affaiblie.

      La démocratie, selon les penseurs libéraux tels que Rousseau et Montesquieu, est supposée être fondée sur le concept qu'un contrat social, une constitution qui par sa légitimité populaire met en place une structure politique qu'on peut commencer à qualifier de démocratique ; la constitution vient baliser les pouvoirs et doit séparer l'exécutif du législatif du judiciaire. Je ne vois pas comment on peut continuer de se considérer assujettis à un contrat social, que l'on a pas signé depuis 1982, et qui concentre le pouvoir entre les mais d'un PM qui n'a jamais eu son nom sur mon bulletin de vote.

      Il ne s'agit pas de changer qui exerce le pouvoir mais de modifier, entre citoyens, la structure politique : il s'agit de reclamer notre citoyenneté. Évitons les dérives autoritaires d'autres pays du tiers-monde et passons directement à la constituante pour refonder notre démocratie.

      Guillaume Blouin-Beaudoin

    • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 1 juin 2012 22 h 09

      merci Annie-Ève Collin pour l'appui. En passant, entre citoyens, on peut cesser les monsieur-madame et se tutoyer.

      Je souhaiterais qu'on puisse facilement faire des propositions, je souhaiterais que les lois passent l'épreuve du discernement éclairé du plus grand nombre (qui vaudra toujours mieux que le discernement intéressé d'un seul PM).

      Nous souhaiterions pouvoir nous faire entendre sans devoir manifester, soir après soir. C'est ce à quoi une vraie démocratie sert ; c'est ce que nous semblons ne pas avoir. C'est ce à quoi nous travaillons.

      Guillaume Blouin-Beaudoin

    • René Forget - Inscrit 2 juin 2012 14 h 58

      Monsieur Richard,

      Je vais vous le vulgariser. Quand vous serez tanné que ça vous dérange, vous allez vous impliquer, c'est ça le point des manifestations.

      La seule personne sur qui vous pouvez mettre légalement de la pression pour une sortie de crise, c'est Jean Charest.

      Si ca tête de conchon vous fait perdre une fortune ou vous pousse à la faillite, la seule personne que vous pourrez punir aux urnes, c'est Jean Charest.

      Le message des manifestants est "vous ferez de l'argent mais pas au détriment de nos droits et libertés"

      Est-ce que je vous ai aidé à comprendre ce que les manifestants veulent comme résultat?