Libre opinion - Sexe : le gouvernement qui nie tout !

Le ministre du Patrimoine canadien, James Moore, se couvre de ridicule en affirmant que l’exposition Sexe, l’expo qui dit tout, à l’affiche du Musée canadien des sciences et de la technologie, est inappropriée pour les jeunes, à qui elle est précisément destinée. Son contenu « ne peut être défendu et est insultant pour les contribuables », estime M. Moore. Cédant sous la pression avant même l’ouverture des portes, le 20 mai, l’établissement a haussé l’âge minimum sans être accompagné d’un adulte de 12 à 16 ans.

Rappelons que l’exposition, créée à Montréal en 2010 par une équipe de muséologues, en collaboration avec des sexologues, des psychoéducateurs, des pédagogues, des comités de parents et d’enseignants, a remporté deux prix d’excellence après avoir été présentée - sans controverse - à Montréal et à Regina. Pour cette exposition, le Centre des sciences de Montréal a reçu plus de 250 000 visiteurs, de toutes origines et religions. Or, il n’a pas reçu une seule plainte. Tous les professeurs sondés, sans exception, ont rapporté avoir été satisfaits de l’exposition et la recommanderaient à d’autres.


Après s’être fait remarquer pour accueillir depuis 2009 un ministre créationniste chargé des sciences et des technologies (Gary Goodyear), le cabinet conservateur de Stephen Harper s’enlise dans les orientations idéologiques et heurte l’intelligence des Canadiens. On croirait revenir aux années 1950 quand la séparation de l’Église et de l’État n’était encore que le souhait d’une minorité.


Oui, l’exposition aborde de front, dans une esthétique audacieuse, la sexualité des jeunes adultes et des thèmes comme la masturbation et le plaisir sexuel. M. Moore ne saura le nier, tous les Canadiens, peu importe leur croyance, leur origine ou leur milieu social, ont une sexualité et vivent les changements troublants de l’adolescence, l’apparition de poils pubiens, les questionnements liés au désir et à l’identité sexuelle. Ils côtoieront des pratiques sexuelles variées, comme l’homosexualité et la bisexualité.


Au Canada, les citoyens sont encore libres de construire leur éducation et leurs valeurs comme ils l’entendent sur des valeurs idéologiques ou rationnelles. Ils peuvent choisir de se préserver pour le mariage ou pratiquer l’échangisme en privé. Et ce n’est pas au gouvernement de décider s’il faut les priver des dernières connaissances et d’une éducation scientifique.


Cette exposition - développée avec le plus grand souci éthique et éducatif - contribue surtout à nourrir la culture scientifique. N’est-il pas préférable que les jeunes trouvent réponse à leurs questions par la voie choisie des spécialistes en éducation plutôt que par tâtonnement sur des sites Internet ou en glanant des informations partielles de leur entourage ? L’exposition présente notamment l’histoire de la contraception et les meilleures façons de limiter la transmission de maladies. Rappelons que les infections sexuellement transmissibles constituent une source de préoccupation croissante pour la santé publique, comme l’indique l’Agence de santé publique du Canada. « La majorité des cas de chlamydia et de gonorrhée continuent d’être observés chez les Canadiens âgés de 15 à 29 ans : en effet, 80 % des cas de chlamydia et 70 % des cas de gonorrhée sont signalés dans ce groupe d’âge. » (www.phac-aspc.gc.ca/cpho-acsp/statements/20120213-fra.php).


Le seul élément positif des déclarations obscurantistes du ministre Moore, et de la cinquantaine de plaintes provenant de groupes religieux et de visiteurs rétrogrades, aura d’ailleurs été d’attirer l’attention du public sur cet événement qui mérite le détour.

À voir en vidéo