Grève étudiante - Dénoncez la violence, venez négocier!

En 2005, le gouvernement coupa 103 millions en bourses. Grâce à un mouvement de grève dont la CASSÉE (l'ancêtre de la CLASSE) faisait partie et des négociations, nous avons obtenu le retour des fonds dans les bourses sur deux années. Ainsi, à compter de l'année 2007-2008, la compression de 103 millions dans les bourses fut intégralement annulée. C'est ce mouvement de grève et ces résultats qui ont fait récemment dire à la CLASSE que «nous avions gagné» en 2005. C'est grâce au rapport de force généré par la grève, sans aucun doute, mais c'est aussi parce que la FEUQ et la FECQ sont allées négocier.

En 2005, le gouvernement demanda aux organisations étudiantes de dénoncer la violence. La CASSÉE refusa de le faire. Ainsi, la FECQ et la FEUQ allèrent seules aux négociations. Quelques semaines plus tard, le congrès de la FEUQ donna le mandat de recommander une entente a ses membres. L'entente recommandée fut dénoncée par la CASSÉE. Elle fut qualifiée «d'entente à rabais» et certains de vos membres allèrent même jusqu'à me qualifier de «social-traître» et m'ont intimidé, ma présidence personnifiant le travail des fédérations. Une fois la grève terminée, l'ASSÉ usa de cette position de principe contre les fédérations pour affilier davantage de membres à son organisation. Bref, la CASSÉE s'est exclue des négociations et a joué le jeu du membership.

Solidarité ou négociation?

Tout ceci n'avait que très peu d'importance pour nous, en grande partie parce que nous l'avions prévu. Nous anticipions que cela se règlerait à travers des négociations et que l'ASSÉ ne se doterait d'aucune marge de manoeuvre pour y aller. Ce faisant, la réflexion des fédérations était de savoir si elles y allaient et prenaient une part du blâme à briser la solidarité où si elles prenaient le risque de ne pas négocier en restant intègre.

Le raisonnement était plutôt simple: il est préférable que les fédérations étudiantes prennent une part de la critique et que les étudiants s'endettent moins que de risquer de ne rien avoir. Dans une négociation, on peut toujours dire non si ce qui est proposé ne nous convient pas. En dehors des négociations, on ne peut jamais dire oui. En somme, nous préférions obtenir une entente qui permettait de réduire la compression et essuyer des critiques que de voir des étudiants s'endetter et voir l'image des fédérations intactes. La cause avant la corporation.

Le même dilemme

Vous devinez probablement pourquoi je vous parle de tout ça: vous faites face au même dilemme. Vous avez fait un travail formidable jusqu'à maintenant. Vous êtes devenu une organisation posée, pragmatique et qui joue bien le jeu des relations publiques. La grève fut en grande partie identifiée à vos porte-parole. Mais aujourd'hui, vous faites face au même dilemme, à savoir si vous devriez dénoncer la violence pour aller négocier.

Le gouvernement joue la carte de la loi et de l'ordre. Il va aller en élections d'ici quelques semaines. Il veut paraître sans pitié en arrêtant les gens présumés au centre des histoires de corruption. Il veut également montrer qu'il tient tête aux organisations étudiantes présumées violentes. Ce faisant, il séduit un segment de l'électorat plus à droite qui aurait pu voter pour l'ADQ ou aujourd'hui, la CAQ.

Le jeu électoral

Si vous refusez de dénoncer la violence, vous jouez ainsi le jeu électoral du gouvernement. Vous restez alors une organisation qui préfère rester en retrait lorsque viennent les moments cruciaux, un peu comme le petit frère qui lance parfois des roches aux voisins pour ensuite se cacher derrière son grand frère quand ces derniers sortent pour se plaindre.

Vous devenez les artisans de votre propre malheur et vous vous auto-excluez. Vous pourrez alors librement dénoncer ceux qui négocient et ensuite user de la grogne pour fédérer de nouveaux membres. Vous mettez ainsi votre corporation avant les étudiants que vous représentez. L'ennemi devient les fédérations étudiantes. Ce n'est plus le gouvernement. Rappelez-vous: dans une négociation, on peut toujours dire non. Sans négociation, vous ne pouvez jamais dire oui.

Une décision qui vous appartient

Si vous dénoncez la violence, vous battez le gouvernement à son propre jeu. Vous devenez une organisation adulte et allez là où les décisions se prennent. Vous enlevez au gouvernement la carte qui lui faut pour vous exclure des rencontres. Vous ne gagnerez probablement pas tout — c'est une négociation — mais vous contribuerez certainement à ce que vos priorités fasse partie d'un règlement.

Cette décision, elle vous appartient. Elle demande une forme de leadership et exige peut-être de renier certains de vos principes. Alfred De Vigny résumait succinctement ce dilemme: «Qui veut rester pur ne devrait point se mêler des affaires des hommes [et des femmes].» La décision que vous prendrez déterminera ainsi tout le reste de l'histoire: à savoir si vous blâmerez les fédérations, si vous jouerez le jeu du membership, si vous resterez le petit frère.

J'aimerais que vous fassiez le contraire et changiez l'histoire. Jouez le jeu du gouvernement et battez-le sur son propre terrain. Dénoncez la violence, venez négocier.

Pier-André Bouchard St-Amant
Président de la FEUQ en 2004-2005 au pendant la dernière grève étudiante.
16 commentaires
  • F. Viau - Inscrit 19 avril 2012 02 h 53

    Les Sophismes

    C'est vide ces propos, on y parle de dénoncer la violence sans aborder l'éthique même du concept de dénoncer la violence.
    De plus, le texte balaie en quelques vents de lettres les principes fondamentaux de démocratie directe et de solidarité qui sont les valeurs clés de voûte du mouvement étudiant.

    Scabreux.

    • Vincentb - Abonné 20 avril 2012 00 h 57

      Personne ne dit que vous avez tort, mais l'enjeu consiste à donner des munitions au gouvernement et à faire perdurer le conflit inutilement, tout en perdant l'appui publique, malheureusement à tort. Mais neaucoup ne sont pas dupes et reconnaissent très bien l'hypocrisie du gouvernement dans ce petit jeu de sémantique et "pseudo-pureté". N'en demeure pas mois qu'il faut maintenant mettre de côté quelques "principes" et couper l'herbe sous le pied de la ministre.

  • Henri Marineau - Inscrit 19 avril 2012 03 h 23

    Que cesse la casse!

    Maintenant que les représentants étudiants de la FECQ et de la FEUQ ont reçu une carte d’invitation de la ministre Beauchamp pour discuter de la création d’une commission indépendante et permanente sur la gestion des universités, toute conditionnelle soit-elle au maintien de la hausse des droits de scolarité, les leaders de ces associations se doivent de manifester leur bonne foi et de venir s’asseoir à la table.

    Toutefois, le fait que la CLASSE, qui regroupe près de la moitié des étudiants en débrayage, soit exclue des discussions représente à mon sens un impair majeur que ses représentants ont le devoir de rétablir immédiatement en incitant leurs membres au calme et en dénonçant officiellement la violence et ce, même s’ils n’en ont pas le « mandat », un argument, soit dit en passant, pas très convaincant. Dans le cas contraire, une telle rigidité de la part de la CLASSE risque de nuire considérablement à sa crédibilité en plus de devenir hautement nuisible à la cause étudiante en contribuant à diviser les troupes, un effet pervers qui ne pourrait qu’être bénéfique au gouvernement Charest...

  • Henri Marineau - Inscrit 19 avril 2012 03 h 25

    Que cesse la casse! (suite et fin)

    ...En conséquence, un front commun de toutes les instances étudiantes m’apparaît primordial et, pour ce faire, la CLASSE doit se débarrasser de cette image d’incapacité à ne pas dénoncer des gestes de vandalisme qui nuisent à son image en plus de fournir des armes à Jean Charest qui ne s’est pas gêné la semaine dernière pour comparer certaines factions des manifestants étudiants aux bras de fer utilisés dans le monde la construction pour user d’intimidation .

    En termes clairs, il faut que cesse la casse et que s’entame le processus de négociation avec toutes les associations étudiantes, à défaut de quoi le mouvement étudiant se verra taxer par la population, à raison, de refus de collaborer à la résolution d’une crise qui s’éternise dangereusement et que les étudiants sont parvenus à susciter courageusement en orientant le débat sur un dossier crucial, à savoir la gestion des universités.

    En terminant, je soumets cette question aux co-porte-parole de la CLASSE : expliquez-nous en vertu de quelle logique vous pouvez affirmer vous dissocier de la violence de la part de vos membres sans pour autant la condamner!

    • Roland Berger - Inscrit 19 avril 2012 11 h 54

      À Monsieur Marineau,
      Vous demandez aux porte-parole de la CLASSE d'expliquer « en vertu de quelle logique vous pouvez affirmer vous dissocier de la violence de la part de vos membres sans pour autant la condamner! » En vertu des structures strictement démocratiques que s'est donné ce groupement d'associations étudiantes. Les porte-parole de la CLASSE respectent le mandat qu'il leur a été donné. Selon Madame Beauchamp et Monsieur Charest, il s'agit d'un abus de démocratie et ces porte-parole devraient parler au nom de leurs membres, comme elle et il le font au nom d'une population qui veut désespérément s'en débarrasser.
      Roland Berger

    • André Bissonnette - Abonné 19 avril 2012 12 h 10

      se dissocier n'est-ce pas la condamner? Question de sémantique pure sur laquelle joue le gouvernement pour étirer la crise jusqu'aux élections qui ne sauraient tarder . Elles pourraient être déclanchées dès le 2 mai!

  • Assez merci - Inscrit 19 avril 2012 04 h 53

    Et de 2

    Pourquoi la ministre et sir john james ne dénoncent-ils pas la violence et brutalité policière?
    L`intimidation d`agents de sécurité, menaces et d`injonctions ?

  • Catherine Paquet - Abonnée 19 avril 2012 06 h 02

    Bel exemple d'intelligence, de logique et de courage.

    "La cause avant la corporation."

    Si on ne veut pas dénoncer la violence, ce doit être qu'on y trouve quelque chose de positif.

    Le dicton est-il encore vrai? "Qui de dit mot, consent"