Libre opinion - Ce mépris qui m'attriste

J'avais prévu écrire sur la débilité sociale à laquelle mène une démocratie qui vide l'idée de dialogue de son sens et n'envisage plus ses débats de société que sous le mode des campagnes de communication, des relations publiques, des sondages et de la couverture médiatique. Je pensais souligner le danger qu'il y a à laisser le pouvoir délégitimer une opposition politique par le biais de basses stratégies visant essentiellement à gratter les cordes sensibles plutôt qu'à répondre à des arguments, à s'adresser aux citoyens en tant que personnes intelligentes et non comme à une opinion publique à séduire.

Mais je m'aperçois, à travers mon désir de partager ces considérations, que ce qui me révolte, ce qui me peine le plus, c'est le mépris.

Celui, d'abord, du gouvernement, qui refuse de reconnaître la diversité des points de vue sur la question de l'éducation et minimise avec condescendance le mécontentement qui se fait entendre depuis maintenant des mois. Qui refuse de prendre en compte les arguments qui déferlent chaque jour pour montrer que le modèle de financement de l'éducation supérieure qu'il propose n'est ni le seul envisageable, ni même souhaitable.

Mais le mépris qui m'attriste le plus, c'est celui que m'adresse ma société en tant que chercheuse et en tant qu'étudiante lorsque, à longueur de commentaires et d'éditoriaux, on me traite d'enfant gâtée, de pelleteuse de nuages, de maudite intellectuelle.

Pourtant, comme la plupart de mes collègues, je travaille d'arrache-pied, souvent sans compter mes heures, parce que j'ai voulu mettre mon talent pour la recherche et mon savoir-faire au service de ma communauté. Comme plusieurs autres, j'ai ramé pendant des années et je me suis lourdement endettée pour poursuivre des études qui me permettraient de participer à l'amélioration de ma société et à la diversité des idées qui y circulent.

Comme plusieurs de mes confrères et consoeurs, je travaille sous pression et l'angoisse de la performance au ventre, souvent six jours sur sept, pour tenter de me faire une place dans un monde universitaire hautement compétitif et parce que je me sens une responsabilité envers le financement public que je reçois pour mes travaux. Malgré cela, on me reproche de «vouloir avoir tout cuit dans le bec» et de cultiver une «culture du moindre effort», et ce, parce que j'ose croire possible que quiconque a le talent et le désir de poursuivre des études puisse le faire sans égard à sa situation financière. Parce que je trouve injuste que les plus pauvres ne puissent accéder au principal levier de mobilité sociale qu'au prix d'un lourd endettement, on m'infantilise, on dénigre ma parole, mon travail, mon groupe social.

Dans ma famille, ma génération est la première à accéder aux études supérieures, et mes proches en sont fiers. Je n'ose pas leur dire que, quand je lis le mépris placardé dans certains journaux envers les universitaires et les intellectuels en général, il m'arrive de me décourager et de me demander simplement: à quoi bon? À quoi bon vouloir me consacrer à la recherche et à l'enseignement si en retour, ma société crache sur ce que je peux lui apporter? À quoi bon tous mes efforts, si ma société dénigre le rôle que peut jouer l'éducation dans l'amélioration des conditions de vie de l'ensemble de la population?

Suis-je donc si naïve d'avoir cru ceux et celles qui m'ont inspirée, qui m'ont convaincue que j'avais une place dans cette société et qu'en travaillant à comprendre le monde, je pourrais contribuer à l'améliorer, me sentir utile... faire ma part?

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Josianne Millette - Étudiante au doctorat conjoint en communication de l'UQAM

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