Libre opinion - Le cellulaire, hors des classes !

Madame la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, saviez-vous qu'un spectre vampirique plane au-dessus des écoles du Québec? Non, il ne s'agit pas de la malbouffe qui encrasse les foies et surcharge les fesses. Mais qui est cet antagoniste monstrueux et menaçant, cet ennemi scolaire numéro un? Le texto! Oui, le texto!

Ce moyen de communication — ou d'intimidation — parfait, qui cause de graves accidents de la route est sur le point de handicaper irréversiblement la langue française et tout le concept de la camaraderie d'antan. J'oubliais un point important: Vanessa, une élève de 4e secondaire, a récemment confié à son intervenant que le texto comptait pour environ 30 % de ses échecs scolaires. Tout simplement déraisonnable!

Il suffit d'observer les jeunes dans les corridors d'une école secondaire pendant une récréation pour constater l'envahissement et surtout le grotesque spectacle de l'abus du cellulaire. Partout! Ils sont à la bibliothèque, dans les salles de toilette, à l'extérieur, dans les étuis, dans l'autobus, à la cafétéria... Les dents serrées et les mains crispées par la puissante dépendance de leur jouet maléfique, comme hypnotisés, les jeunes «textent» parfois à des amis qui marchent ou sont assis avec eux, tout près d'eux, dans leur bulle, presque! C'est l'hérésie!

Dans tous les recoins, comme des invasions d'insectes fous, de petites phrases insipides, médisantes, truffées de fautes et de malentendus sont catapultées sur des milliers de claviers tactiles dernier cri. Et cela se passe dans nos écoles! L'étendue des dégâts et des problématiques entraînées par les «textos» est considérable.

Nommons l'intimidation, la vente de drogue, la tricherie, le plagiat, les disputes, le taxage et les échecs scolaires. De plus, comme les jeunes trimbalent leur caméra en permanence, quel beau matériel rigolo à déposer sur Facebook ou YouTube. Quel bonbon succulent ou quelle arme herculéenne que les films d'un prof qui gueule ou d'une élève timide qui pleure ou qui dit quelque chose de si stupide...

Il faut absolument interdire l'entrée de ces millions d'ondes radio dans toutes les écoles du Québec. Il faut que cela devienne une loi nationale, tout naturellement, au même titre que la cigarette qui est bannie des écoles depuis le 1er septembre 2006. Tout compte fait, devant le tableau de l'évaluation des maigres pour et des solides contre, le cellulaire est aussi gangréneux et cancérigène que la fumée.

Pour vous convaincre des méfaits de cette technologie insidieuse qui ravage tout en grugeant lentement le taux de diplomation, j'aurais bien pu insister en discourant sur les centaines de décès sur la route, mais les chiffres établis par la SAAQ peuvent vous confirmer l'hécatombe. Admettons-le, il est difficile, voire impossible d'empêcher un conducteur irréfléchi de rédiger son testament au volant; or, dans les écoles, aux sons du bercement grinçant du concept de la vraie amitié qui s'effrite, il est possible d'agir avant que les sublimes mots «tu sais que je t'aime» deviennent officiellement tsé ke jtm dans le Larousse!

Questionnons-nous, Madame! Quelle est l'utilité pédagogique du cellulaire dans les écoles? Une interdiction nationale aiderait grandement le personnel des écoles secondaires qui en a déjà plein les bras. Au nom de la santé, des relations humaines, de la langue française... Au nom de la réussite scolaire et surtout du bon sens, sortons les cellulaires des écoles.

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Chantale Potvin - Enseignante en 5e secondaire
17 commentaires
  • Henri Marineau - Abonné 2 mars 2012 05 h 09

    Embarquer aussi les parents!

    Je vous propose ces deux incidents auxquels j’ai été témoin au cours de la même soirée lors d’un voyage dans les Antilles d’où je reviens.

    Un couple est assis à une table voisine de la mienne, chacun clavardant sur leur I-Pod pendant plus de trente minutes et ce, sans se dire un mot…Quelques heures plus tard, je me retrouve dans le lobby de l’hôtel, près d’un jeune couple, l’homme, le regard complètement attiré sur son I-Pad, la jeune femme, adossée profondément dans son fauteuil, baillant d’ennui pendant que son copain « tripe » carrément devant sa « machine »!

    Enfin que je me suis dit…est-il possible que ces personnes n’aient rien à se dire? Est-il possible qu’ils soient rendus esclaves de cette technologie au point que toute forme de communication humaine soit disparue de leur mode de vie?

    Si tel est le cas, je suis sérieusement inquiet des effets pernicieux de la technologie moderne et je me demande s’il ne faudrait pas, à l’occasion, ranger ces machins dans nos tiroirs et nous mettre à nous regarder dans les yeux pour recommencer à échanger!

    Difficile de sensibiliser les jeunes à cette forme d'esclavage que développent ces machins si les parents en sont déjà porteurs!

  • Yves Claudé - Inscrit 2 mars 2012 05 h 10

    Un combat quotidien … contre le consumérisme postmoderne !

    Pour les enseignants, c’est un combat quotidien pour mettre à distance ce déferlement de bruits de communications individuelles à travers les téléphones portables, dans un univers scolaire qui est de plus en plus perçu comme éloigné du “vrai” monde : celui des “amis”, vrais ou faux de Facebook, de Star-Académie et de Hockey-Académie, d’une culture de masse … et de ses manifestations micro-sociales, qui permettent en pure perte de s’évader hors des réalités fondamentales de notre existence humaine.

    Après la déroute d’institutions qui ont peut-être fait leur temps de par leur archaïsme (religions traditionnalistes et patriarcales, etc.), on constate que des institutions majeures de notre société sont affectées par des facteurs de désintégration internes et externes: il s’agit entre autres de la famille et de l’école, sans compter l’institution centrale qu’est l’État. Plusieurs d’entre nous tentent de colmater les brèches … mais ce sont les structures elles-mêmes qui sont affectées par l’individualisme postmoderne, le consumérisme, la fuite hors du Temps dans les petits “plaisirs” éphémères de l’”ici et maintenant”, le désengagement social, le choix du Bien individuel au dépens du Bien commun, etc.

    Madame Line Beauchamp est peut être trop occupée par sa survie politique et celle de son gouvernement pour assumer adéquatement la direction d’un système scolaire mis à mal par cette irruption du consumérisme postmoderne, mais aussi par la déstabilisation récurrente de l’école et de sa culture dans des expérimentations techno-pédagogiques qui s’emploient à transformer la maîtresse et le maître d’école en “gentils animateurs” d’un socioconstructivisme naïf qui a plus tendance à “construire” l’échec que la réussite.

    Yves Claudé

  • Raymond Saint-Arnaud - Inscrit 2 mars 2012 08 h 19

    D'accord

    Oui, il faut interdire l'usage du cellulaire à l'école, sauf pour des cas d'urgence.
    Avant l'apparition du cellulaire, l'école était un lieu où l'on étudie et se récrée ensemble.

  • François Dugal - Inscrit 2 mars 2012 08 h 21

    Madame la professeure

    Madame la professeure, les réflexions que vous avancez sont éminemment pertinents et totalement justes. Malheureusement pour vous, vous n'êtes pas sous-ministre, ce qui vous discrédite complètement. Je vous assure que le MELS ne tiendra jamais compte de vos excellentes remarques.
    Vous êtes payée pour enseigner, pas pour réfléchir.

  • Fabien Nadeau - Abonné 2 mars 2012 08 h 22

    On se calme!

    Il est évident que la pratique du texto, l'utlisation du téléphone intelligent, de l'Internet peut conduire à des abus. Il faut que l'utilisation de ces moyens modernes de "communication" soit mieux comprise pour être assumée.

    Mais mais il s'est trouvé des voix pour s'inquiéter lors de l'invention de la radio, on a paniqué sur les dangers que le cinéma faisait courir à la morale (Hé, on a vu sa culotte!), on a eu peur que la télé rende nos enfants aveugles, on hystérise sur les ondes magnétiques des compteurs intelligents, etc.

    Le changement fait toujours peur. Puis on s'assoit et on fait la part des choses.

    Ce qu'on attendrait d'un professeur, Madame Potvin. En passant, votre texte réflète bien l'écriture des meilleurs élèves de 5e secondaire...