Libre opinion - Relancer le cours Éthique et culture religieuse

Le récent jugement de la Cour suprême sur le cours Éthique et culture religieuse (ECR) ne ferme pas le dossier. Il laisse la porte ouverte à de nouveaux procès portant sur de nouveaux cas étayés par une meilleure preuve. Il laisse la voie ouverte aussi à une meilleure interprétation de l'article 222 de la Loi sur l'instruction publique qui parle de prévention («éviter des préjudices graves»), plutôt que du simple constat des dommages déjà faits. Surtout, le jugement ne ferme pas le débat du point de vue pédagogique, politique et démocratique.

Je reconnais les faits: un programme récent difficile à changer, des manuels qui ont entraîné des coûts considérables, des enseignants qui en ont marre des changements. Mais les responsables politiques et administratifs doivent tenir compte de ce que le procès a permis de mettre en lumière à propos de la volonté de nombreux parents et au sujet des faiblesses du programme et de plusieurs manuels. C'est une question de responsabilité, de vérité et de courage.

Une anecdote rapportée récemment par certains journaux voulant qu'un enseignant à la recherche de «neutralité» a laissé un élève dire, sans le reprendre, que l'on devrait éliminer les foetus trisomiques avant la naissance est particulièrement inacceptable... et révélatrice. Les enseignants doivent comprendre leur rôle avec conscience et sens des responsabilités, en particulier en corrigeant certaines affirmations émises dans les discussions. Tout en étant attentifs à ne pas imposer à tort leurs jugements, ils ne peuvent rester complètement neutres, comme le prescrit le programme.

Il faut comprendre que l'objectif de tolérance ne permet pas de tout justifier. Il y a des jugements et des comportements inacceptables sur le plan éthique comme sur le plan des religions.

Sur le plan de l'éthique, en particulier, il faut savoir mettre en perspective le rôle du dialogue et du consensus, dont parle le programme. Même si la discussion et le consensus sont importants dans l'école, et plus globalement dans la vie sociale, ils ne peuvent servir de fondement véritable à l'éthique. L'éthique relève du travail de la raison en recherche des exigences d'humanisation.

Dans ce dessein, elle fait appel à l'héritage accumulé au cours des siècles, à la richesse des penseurs contemporains, à l'expérience de vie. Elle doit être portée par la visée d'universalité. Le consensus n'est qu'un moyen de s'en approcher. On a longtemps été d'accord avec l'esclavage, celui-ci n'en était pas pour autant éthique. On peut, par exemple, fonder l'éthique sur les valeurs (valeurs objectives qui interpellent chacun) ou sur les droits de la personne, compris comme notion philosophique, et non pas simplement de manière juridique et individualiste.

Le programme, enfin, demande explicitement qu'«un regard privilégié» soit porté sur le patrimoine du Québec. Que l'«importance historique et culturelle du catholicisme et du protestantisme soit particulièrement soulignée» afin que tous les citoyens, immigrants ou de souche, comprennent la richesse de notre héritage culturel. Il faudrait en tenir compte, même si le programme n'est pas structuré dans ce sens, et encore moins les manuels.

Voilà le genre de directives qui s'imposent à la ministre de l'Éducation, de manière urgente, en attendant une évaluation et éventuellement une révision du programme, particulièrement au niveau primaire. De leur côté, les commissions scolaires gardent leurs responsabilités conférées par l'article 222 de la loi et peuvent donc admettre des aménagements qui tiennent compte des remarques précédentes.

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Guy Durand, théologien et juriste spécialisé en éthique, auteur de Le cours d'ÉCR. Au-delà des apparences (Guérin, 2009)

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