Libre opinion - Déconstruire les mythes autour de l'école privée

Dans une entrevue accordée récemment à l'émission Désautels à l'occasion de la sortie de son livre Lettre aux enseignantEs, l'ancien commissaire scolaire Robert Cadotte s'est lancé dans une attaque en règle contre l'école privée. Sans renier la valeur de sa contribution dans le débat public sur l'avenir de notre système scolaire, nous aimerions toutefois corriger quelques erreurs sur lesquelles M. Cadotte base son argumentation.

1er mythe: les écoles privées n'accueillent que les «bons» élèves. Les élèves des quelque 189 écoles autonomes membres du réseau de la FEEP présentent des profils très variés. Seules quelques écoles sélectionnent les élèves sur la base de la performance; dans la très grande majorité des établissements, on fonctionne plutôt selon le principe du premier arrivé, premier servi, lorsque le nombre de demandes d'admission dépasse le nombre de places disponibles. Ces écoles accueillent donc des enfants ayant le même profil que les écoles publiques avoisinantes.

Aussi, contrairement à ce que l'on croit, les élèves du réseau privé ne sont pas tous issus de familles favorisées ou dont les parents sont très scolarisés. Dans l'ensemble du réseau privé, plus de 40 % des parents ne détiennent pas de formation universitaire.

2e mythe: seuls les riches ont accès à l'école privée. Dans les faits, la très grande majorité des enfants inscrits dans nos écoles proviennent de la classe moyenne. La principale différence, si l'on compare le niveau de vie de nos élèves avec ceux de l'école publique, est que les enfants provenant des milieux les plus défavorisés sont peu représentés dans nos écoles. Mais pour l'ensemble, les différences sont beaucoup moins importantes que ce que l'on a tendance à croire. Inscrire son enfant à l'école privée relève beaucoup plus d'un choix personnel des parents pour répondre aux besoins de leur enfant qu'à une logique économique.

Par ailleurs, les spécialistes s'entendent généralement pour dire que le revenu des familles, bien qu'il puisse influencer positivement le contexte dans lequel l'élève reçoit l'instruction, est loin d'être un prédicateur efficace de la réussite scolaire.

3e mythe: les écoles privées disposent d'un plus grand budget par élève que les écoles publiques. Au Québec, le budget de fonctionnement des écoles, qu'elles soient publiques ou privées, est fixé par la Loi sur l'instruction publique. Le montant attribué est rigoureusement le même (autour de 7700 $ par élève en moyenne). Sur la base de ce montant, le gouvernement établit le montant de subvention par élève qui est versé aux écoles privées. Ce montant correspond à approximativement 60 % du montant global. Le solde de 40 % est assumé par le parent. Dans les faits, les écoles publiques disposeraient plutôt d'un budget supérieur si l'on ajoute à ce montant les allocations provenant de la taxe scolaire destinées à l'entretien des immeubles, frais que les établissements privés doivent assumer.

4e mythe: les écoles privées subventionnées permettent à leurs propriétaires de faire des profits «sur le dos» des contribuables.

En vérité, 95 % des écoles de notre réseau sont des organismes sans but lucratif qui appartiennent à leur communauté. Ces établissements réinvestissent donc l'ensemble des montants des subventions et des contributions parentales dans les services éducatifs.

Il est important de reconnaître que le succès de nos écoles est attribuable non pas à la sélection des élèves, mais bien à l'expertise de nos équipes d'enseignants, au fort sentiment d'appartenance qui règne dans nos écoles et à notre autonomie de gestion qui nous permet d'innover et de cibler efficacement nos interventions.

En cette Semaine nationale des enseignants, nous aimerions remercier nos enseignants pour leur engagement et leur contribution quotidienne à la réussite de leurs élèves. Leurs mérites sont entiers et ne sauraient être amoindris par la persistance de certains mythes concernant l'école privée.

***

Jean-Marc Saint-Jacques - Président de la Fédération des établissements d'enseignement privés

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15 commentaires
  • Darwin666 - Abonné 10 février 2012 07 h 01

    Merci de confirmer qu'il n'y a pas de mythe!

    «Dans l'ensemble du réseau privé, plus de 40 % des parents ne détiennent pas de formation universitaire.»

    Ça veut dire que 60 % en possèdent, soit bien plus que le double de l'ensemble des parents!

    «les enfants provenant des milieux les plus défavorisés sont peu représentés dans nos écoles»

    Merci encore!

    « Le montant attribué est rigoureusement le même (autour de 7700 $ par élève en moyenne). »

    Oui, mais cette moyenne inclut les élèves en difficulté qui coûtent plus cher et sont renvoyés presque systématiquement (il y a des exceptions) dans le secteur public qui voit la proportion d'élèves en difficulté augmenter. On doit ensuite réduire la taille des classes, ce qui coûte très cher!

  • SNost - Inscrit 10 février 2012 09 h 12

    Intéressant

    C'est un article fort instructif. Je ne savais pas que 95% de ces établissements étaient sans but lucratif. Ceci change complètement la donne.

  • Franfeluche - Abonné 10 février 2012 09 h 34

    Et les fondations ?

    Vous oubliez de mentionner ce que l'école privée récolte par l'entremise de ses fondations alimentées par ses anciens étudiants. Par exemple, une campagne de financement qui rapporte 4 millions dans une des écoles privées du Québec, ce n'est pas à négliger. Or, sur ce 4 millions, quelle est la somme payée par les deux gouvernements sous forme de réduction d'impôt ?

    En second lieu, dans ce 40% de parents qui ne détiennent pas de formation universitaire, il doit y en avoir plusieurs qui sont aussi ou plus riches que ceux qui détiennent cette formation.

    En troisième lieu, à chaque fois qu'un élève s'inscrit au privé, c'est l'école publique qui s'appauvrit sur le plan pédagogique et financier.

    Claude Smith

  • Sylvain Auclair - Abonné 10 février 2012 10 h 05

    Tout à fait d'accord...

    Avec Darwin666. Toutes les écoles privées dont j'ai entendu parler, dans la région de Montréal, sélectionnent leurs élèves soit par examen soit par entrevue.

  • Maco - Abonné 10 février 2012 10 h 07

    Des mythes et des mites!

    Ils ont la vie dure. En effet, votre hypothèse est fausse. Ce n'est pas l'école privée, mais le financement de ces écoles par le public qui est problématique.

    1er mythe : «une très grande majorité» (!) Y-en a-t-il de petite? «Ces écoles accueillent donc des enfants ayant le même profil que les écoles publiques avoisinantes.» Qu'elles sont ces profils? Vague et sans description de ces profils (tout différents!).

    2e mythe : «Seuls les riches [...] La principale différence [...] et que les enfants provenant des milieux les plus défavorisés sont peu représentés [..]». Ça doit être un hasard! Parions que si nous arrêtons de subventionner la présence de la classe moyenne, celle-ci se verrait du coup, sous représentés. La subvention fait toute la différence, sauf pour les plus pauvres.

    3e mythe : Vous oubliez les fondations! Ce n'est qu'un oubli passager. Une piastre par ici, une piastre par là, l'oubli fait sont chemin.

    4e mythe : Un OSBL ne peut faire de profit. Ceci est vrai. Quel est le salaire des «dirigeants» ? Une petite question, en passant.

    Le privé devrait ne pas être subventionné, c'est contre nature!