Libre opinion - L'Université McGill doit cesser d'utiliser et de promouvoir l'utilisation de l'amiante

Il y a longtemps que McGill sert les intérêts de l’industrie de l'amiante du Québec. En 1965, l’Association des mines d'amiante du Québec (AMAQ) a commencé à «rechercher une alliance avec une université, telle que McGill [...] pour donner une apparence d’autorité à sa publicité». 

L'année suivante, cette alliance s’est concrétisée quand l’AMAQ a commencé à financer la recherche épidémiologique portant sur l'amiante du professeur JC McDonald et de son unité de recherche à l'Université McGill. 

Plus de la moitié des fonds de l’AMAQ provenait de la compagnie Johns-Manville et le président de l'Institut de la santé et l'environnement de l’AMAQ, qui a remis les fonds à l'Université McGill pour la recherche faite par McDonald, était Karl V. Lindell, président du conseil de Johns-Manville Canada Co. Limited.

Cette compagnie possédait et exploitait la mine Jeffrey à Asbestos au Québec. C'est la même mine dont Roshi Chadha, membre du conseil de l'Université McGill, exporte l'amiante depuis 16 ans. Et c’est la même mine qu'elle et son mari, Baljit Chadha, souhaitent relancer afin d'exporter des millions de tonnes d'amiante dans les pays en voie de développement pour les années à venir. Les fonds que les Chadha ont donnés à McGill proviennent probablement des profits extraits de l’exportation de l'amiante.

Nier les effets nocifs


L’Institut de la santé et l'environnement de l’AMAQ et JC McDonald, professeur émérite d'épidémiologie de l’Université McGill, ont eu une influence délétère significative dans le reste du monde en faisant la promotion d’une information contrôlée et financée par l'industrie de l'amiante, une information dont l’objectif était de protéger les intérêts de l'industrie.

En Europe en ce moment, l'industrie de l'amiante et les organismes qu’elle a financés pour disséminer une désinformation de même nature, sont confrontés à des accusations criminelles d’avoir causé la mort.

Dans l’article Exposing the “Myth” of ABC, “Anything But Chrysotile”: A Critique of the Canadian Asbestos Mining Industry and McGill University Chrysotile Studies (Egilman et al, AJIM 44:540-557, 2003), on documente la manière avec laquelle les études faites à McGill et financées par l’AMAQ, se sont ingéniées à nier les effets nocifs du chrysotile, pour être largement utilisées dans la promotion, la commercialisation et la vente de l'amiante chrysotile.

Compte tenu des problèmes éthiques que suscite ce contexte douteux, nous estimons que McGill encourt une obligation particulière de refaire la preuve de son intégrité intellectuelle en rompant tout lien avec l'industrie dévoyée de l'amiante. En particulier, nous demandons que l'Université McGill pose les gestes suivants.

1. Cesser d’inviter Mme Roshi Chadha, exportatrice importante d'amiante, à siéger comme membre du Conseil de l'Université McGill. Face aux critiques, en particulier de la part de victimes de l'amiante, Mme Chadha a récemment pris un congé temporaire du Conseil. Mais nous vous demandons d’exiger qu’elle démissionne du Conseil.

Mme Chadha est compromise dans les efforts pour relancer l’exportation de l'amiante en dépit de toute la documentation scientifique qui établit clairement que toute forme d'amiante est dangereuse pour la santé. L'Association médicale du Québec a déclaré que le projet qu'elle et son mari poursuivent de relancer la mine Jeffrey va à l’encontre de l'intérêt public et provoquera une foule de décès évitables causés par l'amiante. Tous les seize directeurs régionaux de la santé publique du Québec ont également exprimé leur opposition catégorique au projet pour le motif que ce  projet entraînera une augmentation de maladies provoquées par l'amiante.

L’Université McGill fait grand état de sa détermination à promouvoir la connaissance et la protection de la santé. Cette orientation institutionnelle est incompatible avec une personne qui, pour des motifs d’intérêts personnels, fait fi des preuves scientifiques établies et s’active à saboter les efforts de l'Organisation mondiale de la santé, des autorités de santé du gouvernement du Québec, de l'Association médicale canadienne, de la Société canadienne du cancer et de l’Association canadienne de santé publique, prenant appui sur la crédibilité que lui vaut son statut de membre du Conseil de l'Université McGill.

2. Cesser d'utiliser et de promouvoir l'utilisation de l'amiante. Nous sommes consternés d'apprendre que, contrairement au Centre hospitalier de l'Université de Montréal, le Centre hospitalier de l’Université McGill a choisi d'utiliser des tuyaux en amiante-ciment et de colporter la désinformation de l’industrie de l'amiante stipulant que ces tuyaux ne présentent aucun risque pour la santé.

Il est particulièrement sinistre que McGill choisisse d’utiliser des matériaux contenant de l'amiante dans la construction d’un nouvel hôpital. En plus d’accepter de mettre en danger la santé de ses propres travailleurs et de ceux de l'entretien, l'Université McGill accepte de devenir une «vitrine inestimable» pour l'industrie de l'amiante qui, dans sa  commercialisation dans les pays en développement, ne pourra s’empêcher de faire grand état de la présence de chrysotile dans le nouvel hôpital de l'Université McGill.

Compte tenu des dommages que McGill a provoqués au fil des ans en servant de véhicule de la propagande mensongère de l'industrie de l'amiante, il est proprement scandaleux que l'Université McGill continue en 2012 de saper le travail de l'OMS et des responsables de la santé au Canada qui demandent tous qu’on arrête d'utiliser l'amiante. L'OMS s’emploie plus particulièrement à mettre fin à l'utilisation des matériaux en amiante-ciment, qui ont causé tant de morts liées à l'amiante.

«Il est infiniment malheureux qu’une grande université comme McGill s’avilisse en acceptant se servir de carte de visite pour une industrie corrompue comme celle de l’amiante», comme l’a rappelé Fernand Turcotte, professeur émérite de santé publique et médecine préventive à l’Université Laval. Notre lettre soulève des questions graves qui interpellent les normes intellectuelles et éthiques que McGill souhaite respecter et qui fondent la réputation que McGill aspire avoir dans le monde.

Résolution sur l’amiante


Le rôle tenu par l'Université McGill est d'autant plus incongru, que la principale de McGill, Mme Heather Munroe-Blum, a pu observer directement l'appui donné par environ 1 000 épidémiologistes participant au Troisième congrès nord-américain d'épidémiologie, tenu à Montréal en juin 2011, à une résolution demandant au Canada de cesser d'utiliser, d'exploiter et d'exporter l'amiante. Seuls quelques-uns se sont abstenus de voter, lorsqu’on les a invités à soutenir cette résolution, après une présentation du Dr Colin Soskolne, alors président de la Société canadienne d'épidémiologie et de biostatistique (la discipline d’expertise de la Rectrice elle-même).

Cette présentation portait sur la nécessité d’établir le lien entre les méthodes épidémiologiques et les valeurs éthiques et donnait comme exemple de la négation de cet  impératif, le soutien fourni par les gouvernements canadien et québécois à l'exploitation et l'exportation de l'amiante.

Nous demandons que le Conseil reçoive et discute d’une manière sérieuse et transparente nos préoccupations. Nous sommes prêts à fournir toute autre documentation supplémentaire et à comparaître à une réunion du conseil, si vous le désirez.

Nous attendons avec espoir recevoir votre réponse dès que possible.


Les signataires de cette lettre:

Dr Fernand Turcotte, Université Laval, Québec

Dr Pierre Gosselin, Université Laval, Québec

Dr John R. Keyserlingk, Université McGill, Centres hospitaliers de St-Mary, Général de Montréal et du Sacré-Cœur; Centre d’oncologie Ville Marie, Montréal, Québec

Dr Pierre Deshaies, Université Laval, Québec

Dr Yv Bonnier Viger, Université Laval; Président de l'Association des médecins spécialistes en santé communautaire du Québec

Micheline Beaudry, Commission santé, conditions de vie et services sociaux, Québec Solidaire, Québec

Dr Éric Notebaert, Université de Montréal; Fondation David Suzuki 

Abby Lippman, Université McGill, Montréal

Edward W. Keyserlingk, Université McGill, Montréal

Louise Vandelac, Université du Québec à Montréal, Québec

Donna Mergler, Université du Québec à Montréal

Dr Bruce P. Lanphear, BC Children’s Hospital et Simon Fraser University, Vancouver, BC

Colin L. Soskolne, University de l'Alberta

Michael Byers, Université de Colombie-Britannique

Jerry M. Spiegel, Université de Colombie-Britannique

Dr Christopher W. Lee, Agence du cancer de Colombie-Britannique

Dr Kapil Khatter, ancien président de l'Association canadienne des médecins pour l'environnement, Ottawa, Canada

Dr Kevin C. Murphy, Université de Colombie-Britannique

Hailee Morrison, Lung Cancer Canada

Dr Richard J Klasa, Université de Colombie-Britannique

Dr Dorie-Anna Dueck, Northen Ontario School of Medicine

Dr Theodoros Tsakiridis, Juravinski Cancer Center, Hamilton, Ontario

Dr Andrea Bezjak, Princess Margaret Hospital, Toronto, Ontario

Dr Jesse Shustik, BC Cancer Agency, British Columbia

Dr Hannah Carolan, British Columbia Cancer Agency

Dr Liam A Mulroy, Dalhousie University

Dr John Cho, Université de Toronto, Ontario

Dr Edward Yu, University of Western Ontario

Dr Donna E. Maziak, Université d'Ottawa; Ottawa Hospital, Ontario

Dr Helmut Hollenhorst, Dalhousie University, Nouvelle-Écosse

Dr Dorothy Uhlman, British Columbia Cancer Agency

Dr Robert D. Winston, British Columbia Cancer Agency

Dr C.E. De Metz, Université Queens; Kingston General Hospital, Ontario

Dr Conrad B Falkson, Kingtson General Hospital, Ontario

Kathleen Ruff, Senior Human Rights Adviser, Institut Rideau

Signataires internationaux:

Annie Thébaud-Mony, Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM), France; Université de Paris 13

Dr David Egilman, Brown University; Massachusetts, États-Unis

Dr Thomas H. Gassert, University of Massachusetts Medical School, États-Unis

Dr Sanjay Chaturvedi, University de Delhi, Inde

Jonny Myers, Université de Cape Town, Afrique du Sud

Dr Joseph Ladou, University of California School of Medicine, États-Unis

Leslie London, Université de Cape Town, Afrique du Sud

Richard A. Lemen, Assistant Surgeon General, United States Public Health Service (ret.); USA

Dr Philippe Grandjean, Harvard School of Public Health, États-Unis

Dr Heleno Rodrigues Corrêa Filho, Faculty Of Medical Sciences, Brazil

Dr Saloshni Naidoo, Université de KwaZulu-Natal, Afrique du Sud

Dr Morris Greenberg, Department of Health, Royaume-Uni

Dr Linda Grainger, Occupational Health Southern Africa journal, Afrique du Sud

Mohamed F. Jeebhay, Universitde Cape Town, Afrique du Sud

André Cicolella, Institut National de l'Environnement Industriel et des Risques (INERIS) France; Président du Réseau Environnement Santé France

Christian Vélot, Université Paris-Sud XI, France

Dr Tushar Kant Joshi, Maulana Azad Medical College, New Delhi; WHO Inde

Barry I. Castleman, consultant en environnement États-Unis

Dr Marcel Goldberg, Université de Versailles et Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale, France

Craig Slatin, University of Massachusetts Lowell, États-Unis

Dr Domyung Paek, Seoul National University, Corée

Dr Peter Orris, University of Illinois at Chicago Medical Center, États-Unis

Dr Arthur L. Frank, Drexel University, États-Unis

Dr Paul Bousquet, Conseil Général de l'Ardèche, France

Dr Vilhjalmur Rafnsson, Université de l'Islande, Reykjavik, Islande

Guadalupe Aguilar Madrid, Centro Médico Nacional Siglo XXI.IMSS, México

Dr Vincent Navarro, The Johns Hopkins University, États-Unis

Ignatius T.S. Yu, University de Hong Kong, Hong Kong

Fernanda Giannasi, Ministère du Travail et de l'Emploi, État de Sao Paulo, Brésil;

Dr Wing Shun Chau, Hong Kong Workers’ Health Centre, Hong Kong

Dr Fu Keung Ip, Hong Kong Workers’ Health Centre, Hong Kong

Dr Tsun Yan Lo, Hong Kong Workers’ Health Centre, Hong Kong

K.F. Leung, Hong Kong Workers’ Health Centre, Hong Kong

Patrick So, Hong Kong Workers’ Health Centre, Hong Kong

Jennifer Sass, George Washington University, États-Unis

Eugene K Cairncross, Cape Peninsula University of Technology, Cape Town, Afrique du Sud.

Jacques Testart, Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM), France

David Ozonoff, Boston University School of Public Health, États-Unis

Hemantha Wickramatillake, University of Brunei Darussalam; Drexel University, États-Unis; Chulalongkong University, Thailande.

Annie J. Sasco, Université Segalen de Bordeaux, France

Dean A Fennell, University of Leicester & Leicester University Hospitals, Royaume-Uni.
2 commentaires
  • Notsag - Inscrit 4 février 2012 14 h 22

    Qu'en dit notre super ministre des Anciens Combattants?

    Steven Blaney pense sans doute que les quelques 75 signataires ne représentent que moins de .001% de la population du Québec.

    Comparé à la majorité de son gouvernement, cela ne lui paraît que bien insignifiant.

  • Jacques Francis - Inscrit 4 février 2012 15 h 47

    Dangereux ?

    Je viens de Thetford Mines. Vous savez quoi ? renifler de l'essence, c'est mauvais pour la santé. Renifler de l'amiante à plein nez aussi. Par contre, lorsqu'utilisé avec soin, ce produit demeure le meilleur au monde. Les producteurs d'amiante ne sont pas le mal incarné et votre démagogie sans nuance occulte la réalité.