Libre opinion - Le mensonge vert

Étant sensible à l'impact de mes actions, et conscient de l'effet du capitalisme sauvage sur notre avenir collectif, j'ai décidé d'investir mon argent dans le Fonds Desjardins Environnement, un «investissement socialement responsable» certifié.

Quelle est donc ma surprise de découvrir, après une difficile recherche, que mon portefeuille du Fonds Desjardins Environnement contient des compagnies qui exploitent le gaz de schiste et les sables bitumineux.

Faut-il rappeler que les fonds d'investissement socialement responsable ont connu une croissance importante dans les dernières années? Que ce soit des baby-boomers voulant léguer à leurs petits-enfants un monde meilleur, ou bien des jeunes militants sensibilisés, ces fonds représentent une certaine lucidité dans un monde trop souvent dominé par l'appât du gain.

Mais est-ce justement l'appât du gain qui a motivé Desjardins à créer ces fonds dits éthiques? Le marketing social vend. Que ce soit le cancer du sein ou bien l'environnement, trop souvent des entreprises utilisent des causes sociales pour se montrer «humaines» et attirer la sympathie (et l'investissement) du public.

Quelle autre raison pourrait expliquer la présence de certains titres dans le Fonds Desjardins Environnement? Le site Protégez-vous.ca accuse le Fonds Desjardins Environnement, dans sa publication d'avril 2011, d'écoblanchissement. L'article présente certaines des principales compagnies qui figurent dans le Fonds Desjardins Environnement:

Talisman, une compagnie active dans le secteur du pétrole et du gaz, notamment des gaz de schiste. Elle a reçu un avis d'infraction pour une fuite non colmatée à son puits de Leclercville.

Suncor Energy, qui exploite des sables bitumineux. Elle qui, en décembre 2010, a dû payer une amende de 200 000 $ pour avoir déversé des produits toxiques dans une rivière en Alberta.

La Banque Royale du Canada, qui en 2010 s'est vu décerner un «prix de la honte» aux Public Eye Awards, un événement organisé notamment par Greenpeace en marge du sommet économique de Davos. La RBC aurait prêté 20 milliards de dollars en deux ans à l'industrie des sables bitumineux.

Barrick Gold, cette compagnie minière qui a poursuivi les éditions Écosociété en diffamation pour 6 millions de dollars. Décriée par l'Union des écrivains du Québec comme étant une poursuite-bâillon mal fondée, frivole et dilatoire. Cette poursuite-bâillon visait plutôt, selon l'UNEQ, à faire taire les allégations de pillage, de corruption et de criminalité en Afrique qui pèsent contre Barrick Gold. Le Fonds souverain norvégien a d'ailleurs cessé d'investir dans cette compagnie en 2009 en raison des dommages environnementaux majeurs que causeraient les activités de Barrick Gold en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

De toutes les mauvaises blagues au monde, aucune n'est aussi sarcastique que de retrouver ces entreprises au sein d'un fonds «socialement responsable» nommé Environnement.

Le bulletin trimestriel de Desjardins, l'Info Fonds hiver 2012, nous apprend que des dialogues ont été amorcés avec ces entreprises dont les titres composent le Fonds Desjardins Environnement pour les inciter à adopter de meilleures pratiques environnementales. Pourtant, officiellement, les entreprises qui font parties du Fonds Desjardins Environnement ont été originalement sélectionnées en fonction de leurs pratiques de gestion environnementale responsables. Regarde-t-on leur rendement boursier avant même de vérifier s'ils ont un petit côté vert compatible avec l'illusion éthique que l'on veut projeter?

Ce mépris de l'investisseur, camouflé dans un marketing social hypocrite, était exactement ce que je voulais éviter en choisissant un fonds socialement responsable.

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Ugo Monticone, Prévost

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