Libre opinion - Un appel à la concertation

En ce début d'année où la question du patrimoine religieux risque d'être débattue avec plus d'acuité que jamais au Québec, il m'apparaît nécessaire de réagir aux propos de Luc Noppen, professeur à l'UQAM, lors d'une entrevue réalisée à la Première Chaîne de Radio-Canada à l'émission Médium large du 11 janvier dernier.

M. Noppen y affirmait que le Conseil du patrimoine religieux du Québec est un organisme dirigé par un «club de vieux garçons» qui décide seul de l'attribution des fonds publics investis par l'État québécois dans la restauration du patrimoine religieux. Rappelons que M. Noppen n'en est pas à ses premières affirmations excessives, voire méprisantes, envers notre organisme. Il m'offre cependant, par ses propos, l'heureuse occasion de lancer un message de concertation, de solidarité et de mobilisation pour le patrimoine religieux québécois, me dissociant ainsi du message qu'il véhicule. [...]

Je le répète, nous sommes plus que jamais à l'heure de la concertation et du partage d'expériences, de savoirs et de passions en matière de patrimoine religieux. Voilà pourquoi le CPRQ entend y jouer un rôle de rassembleur en cette année importante pour l'avenir de notre patrimoine religieux.

Le débat sur l'avenir des églises, omniprésent sur la place publique depuis plusieurs années, s'est intensifié depuis quelque temps, et il apparaît évident aujourd'hui que le maintien en bon état de ces édifices, soutenu notamment par des subventions à la restauration octroyées par le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine (MCCCF), est une action de sauvegarde qui ne peut pas résoudre complètement la problématique de l'usage qu'il faut en faire.

Dans le contexte où la vocation de lieu de culte d'un nombre grandissant d'églises est compromise, nous devons admettre que l'enjeu touche maintenant les changements d'usage qui s'opèrent. Trouver de nouvelles vocations à nos églises, couvents et chapelles est, en soi, une action de conservation de ce patrimoine. Assurer de nouveaux usages à ces édifices magnifiques que les communautés ont érigés, c'est une autre façon de transmettre les valeurs patrimoniales qui y sont reconnues, mais aussi d'en faire des occasions de développement durable des communautés locales.

Tables de concertation régionales

Cela dit, il ne faut pas dénigrer, comme semble le faire M. Noppen, les efforts importants que l'État québécois a consentis au cours des quinze dernières années à la restauration des lieux de culte patrimoniaux. Le MCCCF a en effet donné le mandat au CPRQ de gérer les subventions touchant la restauration architecturale, mais aussi celle des biens mobiliers, des oeuvres d'art et des orgues à tuyaux remarquables du Québec.

Depuis 1995, c'est plus de 257 millions de dollars que le gouvernement a ainsi confiés au CPRQ. Ce dernier, contrairement à ce que dit M. Noppen, est un organisme transparent, décentralisé qui fonde son action sur une démarche concertée dans chacune des régions du Québec. En effet, douze tables de concertation régionales, regroupant des représentants religieux, des experts en patrimoine, des professionnels municipaux, des agents culturels et des citoyens, participent à la sélection des projets, lesquels sont ensuite validés par le MCCCF.

Bien que le CPRQ ait centré son action sur les édifices encore utilisés à des fins religieuses, ses préoccupations englobent l'ensemble du patrimoine religieux, notamment les bâtiments qui ne sont plus utilisés à ces fins. [...]

Par ailleurs, dans la foulée des questionnements grandissants sur la réutilisation des églises, le CPRQ entend jouer un rôle actif dans la recherche de solutions. Notre organisation s'est d'ailleurs dotée d'un tout nouveau plan stratégique afin de préciser son rôle d'accompagnement des communautés dans la réutilisation de leur église. Ces orientations s'inscrivent dans la continuité des recommandations formulées par la commission parlementaire de l'Assemblée nationale en 2006, au terme d'une vaste étude de la question.

En terminant, je rappelle que le 21 décembre dernier, la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine a annoncé la mise en place, d'ici la fin de l'année, d'une stratégie en matière de patrimoine religieux. Permettez-moi non seulement de saluer cette initiative, mais aussi d'en souligner l'importance en tant qu'occasion d'établir une vision globale de la situation, de regrouper les forces en présence et d'envoyer un message d'espoir et de motivation à ces milliers de citoyens soucieux de l'avenir de leur patrimoine religieux.

Nous sommes donc d'avis que, dans la foulée de la mise en place de la nouvelle Loi sur le patrimoine culturel, l'heure est à la solidarité, quoi qu'en dise M. Noppen.

***

Michel Lavoie - Président du Conseil du patrimoine religieux du Québec (CPRQ)

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3 commentaires
  • Henri Marineau - Inscrit 16 janvier 2012 04 h 07

    Les églises abandonnées...des proies alléchantes

    Dans son homélie en marge de la Fête interculturelle qui s’est tenue le 8 janvier en l’église Saint-Ignace-de-Loyola, Mgr Lacroix a pris la défense des fusions paroissiales, alléguant, entre autres, la faible densité de population de ces communautés paroissiales, le bas niveau de fréquentation des pratiquants, à savoir environ 15%, et les coûts élevés de chauffage.

    Des arguments rationnels dont nous ne pouvons nier l’évidence…Toutefois, à mon sens, l’archevêque de Québec fait fausse route lorsqu’il argue comme comparaison que d’autres institutions, telles les caisses populaires Desjardins et les municipalités ont aussi dû procéder à certaines fusions.

    En effet, dans le cas des fusions paroissiales, c’est le patrimoine québécois qui se verra amputer d’une partie de sa richesse par les fermetures éventuelles de certaines églises emportées dans la tornade des fusions.

    D’où la question fondamentale…qu’adviendra-t-il de ces églises abandonnées? Deviendront-elles des appâts intéressants et des proies alléchantes pour quelques promoteurs avides de revenus supplémentaires et quelques municipalités tout aussi avides de taxes foncières?

    Face à l’éventualité d’un tel scénario, je crois que nous devons demeurer vigilants sur les intentions des autorités gouvernementales et diocésaines concernées vis-vis la survie de ces églises!

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 16 janvier 2012 08 h 59

    Recyclage

    Le gouvernement hérite de sites miniers abandonnés, il se retrouve maintenant avec des églises abandonnées. Des sociétés minières de second ordre et en faillite sont responsables de l'abandon des sites. Le Vatican que je sache m'est pas en faillite et les valeurs, vitrail, orfèvrerie, mobilier peuvent facilement trouver preneur, si ce n'est déjà fait, comme certains sites de résidus peuvent parfois être retraités lorsqu'ils recèlent des valeurs importantes. Seules quelques églises exceptionnelles devraient sans doute mériter l'attention du gouvernement, les autres devraient être vendues au plus offrant ou prises en charge par la communauté des croyants.
    Ce concept parachute de patrimoine me paraît surfait et alambiqué, conçu pour passer la main à la collectivité, non merci. Trop d'églises, trop grandes, trop voyantes, trop somptueuses, pour soigner l'ego de curés engrosses, au grand dam d'ailleurs des paroissiens:voir les écrits de l'historien Allan Greer à propos

  • camelot - Inscrit 16 janvier 2012 13 h 24

    À Paris

    La ville est responsable de la majorité des églises. Il s'agit de patrimoine. On devrait s'en inspirer ici avant que d'autres entrepreneurs cupides ne les transforment en condos ou pire, les démolissent.