Libre opinion - Faillir à la tâche

Nous apprenons qu'une école primaire de Montréal avait accepté la demande d'un couple de parents musulmans qui demandaient à ce que leur fille de cinq ans, élève à la maternelle, puisse porter un casque d'insonorité afin de ne pas entendre de musique ou de chansons, omniprésentes en classe de maternelle.

Lundi matin, dans une radio populaire de Montréal, la directrice de cette même école se défendait en disant de cette façon «favoriser» l'intégration de la fillette à l'école québécoise. Des auditeurs, provenant de la même communauté, s'indignaient de la décision de la directrice; ils ont raison. Ils subissent, bien malgré eux, les retombées de ce genre d'accommodement. Qui, soit dit en passant, n'est pas répandu au sein de leur communauté.

La directrice de cette école a tort d'accommoder cette marginale famille. Le rôle de l'école québécoise n'est-il pas, justement, d'intégrer les enfants à la réalité de l'école québécoise? Surtout à la maternelle, épisode important de l'adaptation à l'école des enfants, provenant, surtout dans des quartiers comme celui de Saint-Michel, de plusieurs communautés ethniques différentes? L'objectif de la maternelle est aussi de créer un climat de vivre-ensemble. Cette école et cette directrice démontrent aujourd'hui le contraire.

Ayant été moi-même enseignante durant quelque temps à la maternelle lors de mes stages à l'université, je peux vous assurer que cette classe regorge de jeux ludiques, de chansonnettes, de musiques, de bricolages et de farandoles. Priver une enfant de l'atmosphère musicale de la maternelle, c'est lui enlever une bonne partie de cette expérience et cela favorise plutôt l'exclusion de la fillette. Que fait-elle lorsque ses camarades font une farandole en fredonnant une chanson qu'ils connaissent tous par coeur? Est-elle confinée à un coin de la classe? Que fait-elle lorsque des thèmes sont apportés par une chanson? Elle en est privée?

La majorité des classes de maternelle ont un temps de relaxation et de sieste, débutant par des comptines ou des musiques favorisant la détente, ne les entend-elle jamais non plus? Est-elle privée des berceuses d'une enseignante passionnée et dévouée à ses bouts de choux? Que fera-t-elle lors des spectacles de l'école, surtout en cette période de Noël? Aura-t-elle droit à une journée d'exemption de cours, ou participera-t-elle au spectacle en voyant les couleurs vives mais en n'y associant aucun son? Et la directrice appelle cela «favoriser» son intégration? Ce qu'elle fait, présentement, c'est qu'elle est en méconnaissance de pratiques culturelles partagées par tous les autres enfants de son école, voire de toutes les écoles du Québec.

Le rôle de l'école, surtout en quartier multiethnique, est de favoriser la connaissance culturelle de l'école québécoise et du système scolaire québécoise, et ce, pour tous les enfants, sans exception aucune. De contribuer, aussi, au sentiment d'appartenance et à l'inclusion des enfants à la société québécoise, à leur communauté, et à leur nouvelle vie, lorsqu'ils proviennent d'horizons multiples.

La musique, au Québec, est présente partout, pas seulement à l'école. Elle fait partie intégrante de nos vies, que ce soit dans les commerces, à la télévision, dans les films ou encore dans les centres sportifs. L'école doit préparer la fillette et sa famille à cette incontournable réalité. Cette directrice et cette école de l'un des quartiers les plus pluriels de Montréal ont failli à la tâche, qui est pourtant la leur, d'intégrer une enfant aux réalités de l'école québécoise.

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Tania Longpré, enseignante en francisation à la CSDM
18 commentaires
  • Fabien Nadeau - Abonné 21 décembre 2011 08 h 06

    Dealer avec les extrémistes...

    La situation est dérangeante un peu, mais j'appuie cette directrice. Juste le fait que cette enfant est retirée pendant quelques heures de la chape de plomb parentale est un acquis.

    C'est toujours difficile de dealer avec les extrémistes, pensons aux parents catholiques qui protestent contre le cours de culture religieuse. L'école ne peut se contenter d'une position rigide. Elle doit aller rencontrer les extrémistes quelque part. L'important, c'est qu'on permette à l'enfant de baigner dans un climat "normal", de façon à lui permettre, plus tard, de faire un choix, le ménage dans ses valeurs.

  • jdelisle - Abonné 21 décembre 2011 08 h 20

    Absurdistan

    Félicitations pour votre texte. Vous avez mis le doigt sur les enjeux réels de ce cas invraisemblable. Connait-on les véritables raisons invoquées par les parents qui ont fait cette demande absurde? J'aimerais les connaître. Au nom de quel principe (religieux ou autre) ont-il formulé leur demande? Que je sache, le Coran n'interdit pas la musique ni le chant, si important dans l'éducation des enfants. La directrice aurait dû invoquer les arguments que vous citez dans votre excellent article, pour le bien de l'enfant. Cette enfant sera marginalisée à la demande de ses parents. Il y a, hélas, des enfants qu'il faut protéger contre leurs parents. Ce cas est éloquent et désolant. Où tracer la ligne? Tel autre parent viendra demander que son enfant soit dispensé de dessiner en classe, de peur qu'il ne dessine Mahomet, tel autre qu'il soit dispensé des activités physiques, tel autre qu'il n'aille pas à la piscine si les cours de natation sont mixtes, etc. Tout cela au nom de la religion, dit-on. Va-t-on une fois pour toute sortir la religion des écoles? Sinon, nous allons nous enfonder de plus en plus dans l'Absurdistan, le royaume de l'irrationnel, voire de la bêtise. Les plus à plaindre dans toute cette affaire saugrenue ce n'est pas la pauvre fillette, mais ses parents et j'ajoute aussi, la directrice qui a pris cette décision stupide. Où est passé le jugement, la logique et le gros bon sens?

  • Yves Claudé - Inscrit 21 décembre 2011 08 h 23

    Le discours multiculturaliste : incohérences et régressions

    Comme le fait valoir très justement madame Longpré, les justifications de la direction scolaire qui a accordé un accommodement déraisonnable à une famille qui semble refuser les valeurs et normes de la culture québécoise sont absolument incohérentes. À ce sujet, l’approbation de cet accommodement déraisonnable par la ministre de l'Éducation, Madame Line Beauchamp, représente un geste particulièrement scandaleux et intolérable.

    Sur le site vigile.net, Monsieur Mohamed Lotfi en vient à la conclusion que dans ce cas, c’est l’enfant victime de cet accommodement déraisonnable qui a besoin de protection : « cette affaire (…) relève de la DPJ ! Il s’agit d’assistance à un enfant en danger. Danger d’exclusion. »

    En quoi le fait de permettre à des parents de nuire à l’intégration scolaire de leur enfant pourrait-il constituer une mesure favorable à cette intégration ? On peut constater malheureusement que ce type de discours multiculturaliste incohérent et rétrograde est assez présent au Québec, dans nombre de milieux sociaux et d’institutions qui se rendent complices d’un saccage souvent organisé et planifié des acquis de la modernité.

    Le Parti libéral du Québec, et Madame Line Beauchamp en particulier, se trompent lorsqu’ils s’imaginent que la légitimation des accommodements intolérables les préservera d’une défaite électorale appréhendée !

    Alors que dans de nombreux pays, des femmes et des hommes luttent avec courage et au risque de leur vie pour accéder à une modernité universelle, il est pour le moins scandaleux que des acteurs majeurs du monde scolaire québécois se constituent en adversaires de ces luttes.

    Yves Claudé
    (ycsocio[]yahoo.ca)

  • Laurent Desbois - Inscrit 21 décembre 2011 08 h 42

    Ce dynamique jeune homme, fils d'immigrés musulmans au Québec et né au Québec, tient des propos qu'il vaut la peine d'écouter.

    Noel ecoles quebec

    http://www.youtube.com/watch?v=cb5wWR7QsEw

  • Laurent Desbois - Inscrit 21 décembre 2011 08 h 44

    Toujours d'actualité après quatre ans

    Toujours d'actualité après quatre ans

    Libre-Opinion: Mon Québec à moi...

    Mohamed Lotfi - Journaliste 10 octobre 2007 Le Devoir
    http://www.ledevoir.com/non-classe/159938/libre-op

    «Je m'appelle Mohamed, je suis québécois et je vous emmerde.»

    Naturellement, ils assument leur choix de s'arracher à leurs racines. En regardant leurs enfants prendre un accent qui n'est pas le leur, tranquillement mais inévitablement, ils deviendront aussi québécois que le sont devenus tous ceux et celles qui débarquent sur cette terre depuis quatre siècles. Tôt ou tard, l'immigrant finit par arriver à la même réflexion du personnage principal du premier roman d'Abla Farhoud, Le bonheur a la queue glissante: «Mon pays, c'est là où mes enfants sont heureux.»

    « Je suis arabe, je suis musulman, je suis juif, je suis chrétien, je suis africain, nord-africain, nord-américain, francophone, je suis berbère, je suis montréalais, je suis d'Hérouxville.
    Je m'appelle Mohamed, je suis Québécois et je vous embrasse... »

    Bienvenue chez « NOUS » Mohamed! À quelques parts, je pense qu’on se ressemble!
    Laurent Desbois
    ex-franco-Ontarien, d’origines acadiennes et métisses;
    fier Québécois depuis quarante ans;
    et canadian… par la force des choses et temporairement …. sur papiers seulement!