Libre opinion - Osons un chantier sur l'éducation

Aujourd'hui, plus de 110 000 étudiants ont prévu débrayer à travers la province dans le cadre d'une manifestation visant à contrer la hausse des droits de scolarité annoncée par le gouvernement en mars dernier.

Si un consensus règne autour de la nécessité d'accroître le financement de nos universités, une mésentente demeure quand il est question de savoir à qui revient la juste responsabilité de contribuer à cet effort supplémentaire. En mars 2011, quelques jours avant le dévoilement du budget Bachand, la JCCM soutenait que tous les joueurs clés devaient être mis à contribution de façon équitable: le gouvernement, les étudiants et les entreprises. Ainsi, notre organisation mentionnait l'importance du rôle que le gouvernement doit jouer quant au maintien de l'accessibilité aux universités et donc de la nécessaire augmentation des montants à investir en aide financière.

Nous rappelions également la responsabilité qu'ont les universités d'assurer une bonne gouvernance de leurs ressources, notamment en mettant sur pied des indicateurs de performance basés sur des données mesurables, évolutives et comparables à ceux des meilleurs établissements universitaires. Enfin, nous insistions sur les avantages qu'il existe à tirer parti d'une plus grande collaboration entre le Québec inc. et les universités, notamment pour les PME, qui pourraient ainsi bénéficier d'un accès à moindres frais à la recherche et développement.

Le débat actuel présente une cristallisation de l'argumentaire entre le gouvernement et les étudiants, ces derniers ayant l'impression de soutenir seuls l'effort de financement supplémentaire. Depuis plusieurs années, la JCCM est une observatrice privilégiée des valeurs de la relève d'affaires. En 2009 ainsi qu'en 2011, elle produisait deux études qui soulignaient la conscientisation de la relève d'affaires par rapport au développement d'une économie du savoir permettant d'assurer la prospérité future du Québec. Mais la relève est également attachée au principe d'équité, et c'est dans l'effort demandé aux étudiants qu'apparaît, selon eux, une certaine forme d'iniquité.

Pour autant, demander au gouvernement de s'engager à plus haute mesure dans le financement de l'enseignement universitaire est peu souhaitable considérant sa participation actuelle (entre 2002-2003 et 2016-2017, les subventions annuelles de fonctionnement du gouvernement du Québec aux universités passeront de 1,9 milliard de dollars à 3,3 milliards de dollars). Dans ce contexte, il est impératif que les étudiants acceptent de faire partie de la solution en appuyant le déplafonnement annoncé des droits de scolarité.

Au-delà de ce constat, il nous apparaît fondamental que le dialogue entre ces deux parties prenantes soit rétabli et qu'un travail profond soit amorcé pour que l'enseignement, plus que jamais, soit érigé par tous au rang de valeur fondamentale pour notre société. La faible valorisation de l'éducation au Québec n'est pas un fait nouveau. Elle demeure une problématique dont plusieurs études ont fait le constat. L'augmentation des droits de scolarité est perçue comme le problème, qu'en est-il cependant de la perception de la valeur de l'éducation reçue en retour?

Un tel dialogue ne peut toutefois avoir lieu si l'un des principaux acteurs économiques québécois, nos entreprises, reste absent du débat. Près de la moitié des entreprises québécoises ne voient en effet pas la pertinence de collaborer avec les universités et, comparativement à leurs pairs canadiens, les entreprises québécoises investissent deux fois moins dans leurs universités. Ce chiffre, inquiétant, vient renforcer la perception des représentants de la relève d'affaires qui veut que la collaboration entre les entreprises et les universités soit largement insuffisante pour renforcer la capacité d'innovation de notre société.

Osons, ensemble, tenter de trouver des solutions créatives visant à rehausser la valeur perçue de l'éducation dans notre société. Bien que consciente des implications qu'un tel effort représente, la JCCM encourage la tenue d'un chantier provincial sur l'éducation et se tient à la disposition des organisateurs pour que le point de vue de ses membres y soit partagé. C'est en collaborant que la communication entre les parties prenantes sera améliorée et que des solutions durables pourront être trouvées, notamment en ce qui concerne le financement de nos universités.

***

Cynthia Sanlian - Présidente de la Jeune Chambre de commerce de Montréal

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5 commentaires
  • Michele - Inscrite 10 novembre 2011 08 h 13

    Voici une solution créatrice: un changement de la culture politique

    Voici quelques idées en provenance de Norvège (voir Y.Boisvert hier)

    Pour mieux connaître le Québec et faire un meilleur travail, les élus devraient être dans:

    -l'obligation d'inscrire leurs enfants à l'école publique
    -l'obligation d'utiliser les services de santé du secteur public
    -l'obligation de recourir aux transports en commun

    Afin de libérer des fonds publics voici quelques propositions:

    -recours exceptionnel aux limosines et gardes du corps
    -allocation de 50$ par jour lors de déplacements pour les repas après avoir présenté les factures
    -fianancement public et équitable des campagnes électorales
    -réduction de salaire des élus, prise en compte du salaire annuel moyen
    -réduction des bénéfices

    Combien d'argent épargnerait-on ici? Tous ces fonds pourraient être réinverstis afin d'assurer la prospérité future du Québec, pour le bien commun, en Éducation.

  • France Marcotte - Inscrite 10 novembre 2011 08 h 53

    Un beau petit château de cartes

    C'est pas parce que cette patente se tient debout toute seule qu'elle dit la vérité.
    "Si un consensus règne autour de la nécessité d'accroître le financement de nos universités, une mésentente demeure quand il est question de savoir à qui revient la juste responsabilité de contribuer à cet effort supplémentaire."
    Si un consensus...Mais ne disait-on pas plutôt que la nécessité pour les universités était de réduire des dépenses qui n'ont rien à voir avec leur mission éducative et qui ont contribué à les mettre dans le trou?
    D'ailleurs madame dit: "Nous rappelions également la responsabilité qu'ont les universités d'assurer une bonne gouvernance de leurs ressources..." Alors, pourquoi ne pas attendre un peu de voir les résultats de cette "bonne gouvernance" avant de demander aux étudiants de contribuer à leurs échecs?
    "Enfin, nous insistions sur les avantages qu'il existe à tirer parti d'une plus grande collaboration entre le Québec inc. et les universités", ajoute madame.
    Justement, on nous a dit à pleines pages de journal que le débat portait plutôt sur l'indépendance de l'enseignement universitaire...
    Accordez-donc vos violons si vous ne voulez pas que vos jupons dépassent aussi grotesquement.

  • Yvan Dutil - Inscrit 10 novembre 2011 10 h 05

    La bonne gouvernance, oui mais...

    Le budget des université est composé essentiellement de salaires et de frais d'entretien de bâtiment. Bref, la majorité des dépenses est incompressibles. La partie du budget qui est gérable en pratique ne représente qu'à peu près 5% du budget total.

  • tohi1938 - Inscrit 10 novembre 2011 10 h 18

    En fait la bonne question c'est pourquoi est-ce que ça coute si cher?

    La réponse est relativement facile: il y a bien top d'étudiants dignes de ce nom qui vont à l'université et qui s'inscrivent à des programmes plus ou moins bidon comme communications ou comptabilité ou relations "industrielles" et autres "sciences du vague" ou même nursing alors que ces programmes ne devraient toucher qu'un nombre très restreint de potentiels formateurs de formateurs et surtout dont les coûts sont artificiellement gonflés sous prétexte d'être "universitaires".
    Tout le monde paie le prix pour la fuite en avant vers des diplômes gonflés en termes de statut, et qui permettent aux syndicats de revendiquer un statut de "professionnel" pour ceux de leurs membres qui ont obtenu péniblement un bacc, souvent par cumul de 3 certificats dont le niveau est au mieux de première année d'université.
    L'absurde du système est démontré par les programmes dits conjoints CEGEP-Université en comptabilité où la formation du CEGEP équivaut à deux ans de formation à l'université!
    Et bien évidemment, ces cours sont donnés par des enseignants qui réclament le statut de professeur d'université, qui sont payés en conséquence et dont la production en termes de recherche est à peu près nulle.
    Autrement dit on baptise une Volks comme Cadillac, et c'est le contribuable qui paie, comme toujours...
    Pourquoi permet-on encore aux étudiants Français de payer le même prix que les Québécois soit $72.26 du crédit alors que les Canadiens paient $195.27, et les "vrais" étrangers paient $485.39 du crédit?
    Tant qu'il y aura des députés binationaux à l'Assemblée Nationale comme Louis Baudouin qui s'est faite naturaliser Française, il est clair que les Français pourront aller à McGill pour des peanuts (pardon, des cacahuètes...) et justifieront les subventions aux universités.
    Posons donc la vraie question : pourquoi le clientélisme débridé coûte-t-il si cher... pour si peu!

  • Bernard Gadoua - Inscrit 10 novembre 2011 12 h 39

    Et la contribution financière des entreprises Madame?

    Dans votre texte, on parle des contributions que doivent apporter chacun, sauf... celle des entreprises québécoises. Lorsque vous parlez d'elles en termes de contributions, vous ne faites que le constat: les entreprises canadiennes contribuent deux fois moins que leurs pairs canadiennes. À ce que je sache, les étudiants québécois paient plus que la moitié de ce que leurs pairs canadiens paient en frais de scolarités et frais afférents. Conséquemment, ce sont les entreprises québécoises qui contribuent le moins au système d'éducation québécois. Bien sûr, à votre défense, le Québec est une économie de PME qui, traditionnellement ne voyaient pas l'utilité de l'investissement dans la matière grise. Mais nous savons tous que cette époque est révolue et il n'y a plus aucune raison de maintenir en l'état le manque de contribution des entreprises québécoises au financement.
    Aussi, j'aurais une proposition à vous faire, proposition dont on aurait pu s'attendre qu'elle provienne de l'opposition à Québec, mais qui n'est pas venue. Alors que le PQ réclamait le rapatriement des points de TPS abandonnés par le fédéral et de hausser d'autant la TVQ, pourquoi ne ferions-nous pas de même des baisses d'impôts qui ont été octroyées par Ottawa depuis 2006 aux corporations canadiennes. Ces points d'impôts sur les profits des entreprises rapatriés au Québec seraient un excellent moyen d'investir davantage dans l'éducation et ainsi accroître la part des entreprises québécoises dans le financement des études post-secondaires. Il vous serait loisible de continuer votre travail de conscientisation des entrepreneurs tandis que les étudiants n'auraient pas à se saigner pour pallier le déficit de contributions des entreprises au Québec.

    @BGadoua
    Montréal