Libre opinion - Au revoir, Diego!

Il y a quelques jours, nous avons reconduit un collègue, un ami, un membre à part entière de notre communauté à l'aéroport. Des gardes armés y étaient aussi comme si Diego (nom fictif) représentait une menace pour la sécurité nationale. Son crime? Avoir fait une demande d'asile, il y a cinq ans, pour cause de persécution liée à l'orientation sexuelle.

Diego a été agressé sexuellement par son oncle qui l'a ensuite menacé. Ajoutés à cela, le harcèlement et l'humiliation par des pairs et des professeurs ont aggravé son traumatisme au point qu'il a dû interrompre ses études de droit. Discriminé au travail, ne voyant plus d'avenir pour lui comme gai dans son pays, Diego a fui la Colombie et l'oppression.

Or, une personne lesbienne, gaie, bisexuelle ou transsexuelle (LGBT) qui veut obtenir l'asile au Canada doit convaincre de son appartenance à un groupe social particulier. Elle doit démontrer qu'elle a été victime de violence homophobe et qu'elle appartient à une minorité sexuelle. Le commissaire qui a écouté le témoignage de Diego, lors de son audience en 2009, n'a cependant pas cru qu'il était gai, d'autant plus qu'il est père. Que devait-il faire pour prouver son orientation sexuelle, alors qu'il vivait dans le placard en Colombie? D'ailleurs, s'il opte encore pour l'anonymat, c'est pour protéger son fils, resté dans sa ville natale, et pour s'épargner d'autres représailles. En effet, malgré l'introduction de récentes lois, déroger aux normes traditionnelles du genre et de l'hétérosexualité, signifie toujours, en Colombie, de s'exposer à la violence homophobe.

Au Québec, Diego avait trois emplois, s'impliquait dans un organisme d'aide et d'accueil pour les personnes migrantes LGBT et participait au tournage d'un film sur le système d'asile défaillant. Depuis 2009, Diego a épuisé tous les recours de contestation possibles. La révision de son dossier, qui ne tient pas compte des erreurs de fond, n'a relevé aucune anicroche technique au processus juridique.

Quant à un droit d'appel, il ne sera instauré que l'an prochain, après une dizaine d'années d'attente et de revendications des groupes de défense des migrants. En juillet 2011, ses demandes d'évaluation des risques avant renvoi et pour considérations d'ordre humanitaire lui ont été refusées. En lieu et place, il a reçu un avis d'expulsion.

Le droit d'asile pour tous les humains, nonobstant leur origine nationale et leur identité sexuelle, semble de plus en plus contraint au Canada. Et pourtant, notre pays était depuis quelques années un fer de lance international dans le traitement des demandes d'asile des personnes persécutées en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. De plus, la notion de «tiers pays sûrs» introduite dans le système asilaire s'ajoute désormais aux obstacles des requérants. Les activistes d'ici qui se battent pour que l'égalité juridique devienne une réalité sociale élargissent ainsi leur solidarité envers les personnes issues des minorités sexuelles qui demandent l'asile au Canada et pour que leurs droits soient respectés. Si bien que courage, Diego! Nous ne t'oublions pas.

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Ont aussi signé cette lettre: Matthew McLauchlin (coprésident de la Commission lesbienne, gaie, bisexuelle, transgenre et transsexuelle du Nouveau Parti démocratique - Section Québec), Steve Foster (Conseil québécois des gais et lesbiennes), Sarita Ahooja (Solidarité sans frontières), Hector Favio Duque Gomez (Au-delà de l'Arc-en-ciel), Alein Ortegón et Edward Ou Jin Lee (Action LGBT avec les immigrants et les réfugiés).

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Nathalie Ricard, porte-parole du Regroupement d'organismes qui ont soutenu la lutte de Diego

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1 commentaire
  • Bernard Gadoua - Inscrit 26 septembre 2011 09 h 23

    Et combien d'autres Diego!

    Comment ne pas réagir à l'incohérence administrative d'un gouvernement qui, d'une part, fait de la lutte contre la criminalité une de ses grandes priorités nationales — au premier rang desquelles on trouve la pédophilie — et, d'autre part, expulse les victimes migrantes (réfugiées) d'actes criminels? Comme encore trop souvent, des femmes violées à répétition voient elles aussi leurs témoignages mis en cause par les autorités, les histoires de gais et des lesbiennes vivant dans le placard ayant été abusées, et qui sont légion dans notre monde, ne sont pas crues.
    Malheureusement, dans le cas des gais et des lesbiennes, ce gouvernement pourra encore s'appuyer sur les préjugés les plus tenaces. Je me souviens très bien avoir lu un éditorial de Monsieur Jean-Robert Sansfaçon déclarant, — dans l'affaire de l'imposition des visas aux Mexicains afin, supposément, de diminuer le nombre de demandeurs d'asiles — qu'on ne pouvait pas accueillir tous les homosexuels qui désiraient venir faire une meilleure vie ici! Les gais et les lesbiennes ont beau avoir conquis l'égalité juridique, mais avant d'avoir réussi à éliminer les préjugés qui font obstacle à leur égalité sociale et politique, il y a beaucoup de travail à faire.

    Bernard Gadoua