Libre opinion - Le flirt entre l'ADQ et la CAQ

La Coalition pour l'avenir du Québec (CAQ) se distingue de l'ADQ sur certains points et la rejoint sur d'autres. Pour celle-ci, la concurrence est la vertu fondamentale de l'économie. Il faut mettre en compétition l'Hydro-Québec, en favorisant la création de centrales privées de production hydroélectrique et en privatisant son réseau de distribution. Cette mise en concurrence vaut également pour la Société des alcools du Québec (SAQ) et, d'une certaine manière, pour Loto-Québec.

L'ADQ appuie la formule PPP pour les projets majeurs d'infrastructures. Elle permettra aux municipalités et aux organismes de transport urbain de recourir davantage à la privatisation, à la sous-traitance et au PPP.

La CAQ, contrairement à l'ADQ, veut que l'État joue un rôle actif dans l'économie et désire que la Caisse de dépôt et placement accorde au développement économique du Québec la même importance qu'au rendement sur les épargnes des déposants, en investissant dans le capital-actions d'entreprises québécoises et en prenant des participations minoritaires dans l'exploitation des ressources naturelles. La CAQ renoue donc avec l'orientation économique de la Révolution tranquille, en visant la relance de Québec inc., c'est-à-dire l'alliance entre l'État et la classe d'affaires québécoise, entre les intérêts économiques de ceux-ci et ceux de la nation.

Sur les questions d'éducation et partiellement sur celles de la santé, leurs positions se rapprochent. Il faut abolir les commissions scolaires et les agences de santé et de services sociaux bureaucratisées en ramenant le pouvoir à la base, chez les cadres locaux, les professeurs et les médecins. La performance des enseignants et de leurs établissements doit être évaluée. Ceux-là le seront bi-annuellement par la direction de l'école, les plus performants pouvant obtenir des augmentations de salaire de 20 %, tandis que les sous-performants pourraient être virés à la fin de leur contrat d'une durée de trois à cinq ans.

Cette politique, inspirée du modèle Burnham, suppose qu'on peut améliorer l'efficacité des services sociaux lorsque les objectifs définis par en haut sont mis en application par une gouvernance fondée sur le principe de la carotte et du bâton. Celle-ci, à laquelle s'opposera les syndicats, ne posera aucun problème à l'ADQ qui, au nom de la liberté de chacun, propose de réduire la portée de la formule Rand, de refuser l'accréditation reposant sur une majorité de cartes signées, etc.

Il y a cependant un os: l'ADQ désire mettre en concurrence le secteur public de santé, en favorisant la création d'un secteur privé, tandis que le CAQ ne demande pas cette privatisation. Ce dernier juge pouvoir obvier aux problèmes du système de santé par un budget, attribué aux établissements de santé et de services sociaux, fondé sur l'évaluation de leur performance et une révision du mode de rémunération des médecins omnipraticiens, afin qu'une partie importante de celle-ci soit liée à l'atteinte d'un nombre minimal de patients pris en charge.

La CAQ est nationaliste. Elle préconise diverses mesures pour renforcer l'usage de la langue française et stimuler le développement de la culture québécoise, dont des pouvoirs accrus à l'Office québécois de la langue française pour assurer la francisation du commerce, l'utilisation de la clause nonobstant pour contrer les écoles passerelles et une aide financière bonifiée aux organismes culturels. Même si le fédéralisme de Gérard Deltell ne va pas dans cette direction, la majorité des membres de l'ADQ, qui à l'origine étaient quasi souverainistes, accepteraient ce programme sans trop de grognements.

Une fusion entre ces deux organisations est possible et la CAQ est dans une position de force dans la négociation qu'elle implique: le poids médiatique de Legault est, du moins actuellement, dominant; la santé financière de l'organisation est optimale, tandis que l'ADQ a plus d'un demi-million de dollars de dettes; enfin, la soif du pouvoir est le meilleur antidote contre les velléités programmatiques.

***

Jean-Marc Piotte - Professeur émérite à l'UQAM

***

NDLR: à la demande de l'auteur, un correction a été apportée au premier paragraphe de cette lettre, après la mise en ligne. Cette nouvelle version date de 11h20 vendredi 9 septembre.
8 commentaires
  • Pierre B - Abonné 9 septembre 2011 07 h 42

    Merci Monsieur Piotte !

    Monsieur Piotte,

    Excellente analyse de la situation ! Votre livre "Un certain espoir" trace un excellent portrait du Québec social et politique des cinquante dernières années. Enfin, tout ça pour dire que la justice sociale n'est pas au menu des deux "formations" politiques, en l'occurence, l'ADQ et la CAQ.

    Merci de nous partager votre analyse éclairante !

  • Gilles Bousquet - Inscrit 9 septembre 2011 10 h 05

    Le nationalisme sans la séparation, actuellement, option gagnante

    Les Québécois sont fédéralistes à 60 % et se disent souverainistes entrer 38 et 40 % mais 67 % de ces souverainistes veulent rester dans le Canada, ce qui veut dire nationaliste. Il ne reste donc que 12 à 13 % environ qui sont carrément séparatistes.

    À peu près tous les fédéralistes francophones du Québec sont, plus ou moins nationalistes, ce qui laisse une bonne clientèle à un parti qui fait la promotion du français et de l'autonomie québécoise...dans le Canada. Les fédéralistes anglophiles comme le PLQ ne devraient pas normalement gagner la prochaine élection générale sauf si 3 ou 4 partis nationalistes se séparent les votes de ceux qui se disent souverainistes : PQ, Québec solidaire, ADQ et la CAQ.

    Aucun parti ne propose la simple séparation rapide, ils ne sont pas fous. Le PQ préconise la gouvernance souverainiste et Québec solidaire a l'intention de consulter la population sur son option afin de, probablement, noyer l'impopulaire poisson.

  • Bernard Terreault - Abonné 9 septembre 2011 10 h 13

    Oubli majeur dans votre analyse

    L'ADQ traîne une grosse dette et une image quétaine dont le CAQ n'a absolument pas besoin ! LLes votes adéquistes lui sont acquis de toute manière. Où Legault se plantera, peut-être, c'est lors de la campagne électorale quand il aura à se prononcer SUR DES ENJEUX PRÉCIS : faut-il augmenter ou non le nombre de CPE, faut-il en hausser les tarifs, faut-il favoriser ou non l'étalement urbain à Mirabel et à Carignan, une autre demande de Labeaume (un stade de football avec une équipe pro?), le métro de Mtl, les frais de scolarité ...

  • SNost - Inscrit 9 septembre 2011 10 h 21

    Lecture trop étroite

    Une analyse des affinités ADQ-CAQ ne peut pas se réduire à une description des moyens préconisés. Il faut considérer également les finalités ou orientations sous-jacentes.

    Alors que l'ADQ vise à réduire, voire abolir l'État social, la CAQ veut en assurer la viabilité à long terme.

    Il y a donc certes une affinité de moyens entre les deux groupes, mais une différence fondamentale quant aux fins.

    Une association CAQ-ADQ profiterait à l'ADQ en termes d'électeurs, mais la CAQ quant à elle ne ferait que s'encombrer du fardeau idéologique de la droite radicale, ce qui semble contraire à ses orientations fondamentales.

  • SNost - Inscrit 9 septembre 2011 10 h 21

    Lecture trop étroite

    Une analyse des affinités ADQ-CAQ ne peut pas se réduire à une description des moyens préconisés. Il faut considérer également les finalités ou orientations sous-jacentes.

    Alors que l'ADQ vise à réduire, voire abolir l'État social, la CAQ veut en assurer la viabilité à long terme.

    Il y a donc certes une affinité de moyens entre les deux groupes, mais une différence fondamentale quant aux fins.

    Une association CAQ-ADQ profiterait à l'ADQ en termes d'électeurs, mais la CAQ quant à elle ne ferait que s'encombrer du fardeau idéologique de la droite radicale, ce qui semble contraire à ses orientations fondamentales.