Libre opinion - Donnons une chance à chaque enfant

Jeunesse «bornée», «immature»; «une honte». Voilà ce qu'écrivait Bruno Falardeau dans les pages du Devoir à propos des jeunes Québécois qui se mobilisent pour maintenir à un niveau abordable le coût des études universitaires. Devant tous ces qualificatifs, il est nécessaire de rectifier quelques faits erronés et de démontrer de manière factuelle pourquoi le Québec doit maintenir accessibles les études universitaires pour assurer son avenir.

Tout d'abord, les jeunes se mobilisent non seulement pour leur avenir, mais également pour celui de leur famille. Les familles québécoises ont en effet la responsabilité légale de contribuer aux études universitaires de leurs enfants. En leur demandant de trouver 1625 $ de plus dans leur budget d'ici six ans, le gouvernement Charest demande l'impossible à bien des familles de la classe moyenne. Et ce ne sont pas les prêts et bourses qui vont les aider! Dès qu'une famille gagne 60 000 $, l'enfant n'a accès à aucune bourse du gouvernement du Québec. Égoïstes, les étudiants? Bien au contraire.

Les jeunes se battent, car augmenter les droits de scolarité contribue à accroître les inégalités d'accès à l'université entre les riches et les pauvres. Et malheureusement pour le gouvernement Charest, ce constat est partagé par plusieurs chercheurs. Plus précisément, Michael Coelli constatait dans une étude parue en 2005 que l'écart d'accès à l'université entre les pauvres et les riches a diminué dans les provinces qui ont gelé leurs droits de scolarité, alors que le phénomène inverse s'est produit dans les provinces où les droits ont au contraire augmenté. En d'autres termes, rehausser le prix de l'éducation, c'est se priver d'étudiants talentueux qui n'ont pas la chance de provenir de familles fortunées. Il ne s'agit pas d'arguments «bidon», mais bien d'une préoccupation légitime exprimée par une jeunesse qui a le désir d'assurer l'égalité des chances par rapport à l'école.

Toujours pas convaincu? La revue Medical Education publiait récemment un article dans lequel on compare les étudiants des facultés de médecine de l'Ontario à celles du Québec. Constat: c'est au Québec qu'on retrouve le plus d'étudiants provenant de la classe moyenne, des milieux défavorisés et des régions éloignées. Pourquoi? Les chercheurs concluent que les bas droits de scolarité du Québec assurent un accès plus équitable à l'université. Ces droits moins élevés permettent donc aux facultés québécoises de choisir les étudiants non pas en fonction de l'épaisseur de leur portefeuille, mais bien en fonction de leur talent, ce qui nous assure les meilleurs médecins, les meilleurs avocats et les meilleurs enseignants. Ici non plus, aucune trace d'étudiants «bornés» ou «immatures», mais plutôt des étudiants soucieux de l'avenir d'un Québec qui s'égare.

Même le ministère de l'Éducation conclut que les droits de scolarité ont un impact sur l'accès à l'université. Dans une recherche produite pour le compte du ministère en 2007, on peut lire que «sans surprise, les droits de scolarité ont un effet négatif sur la probabilité de s'inscrire».

Les étudiants sont riches? Certains ont en effet cette chance, mais ce n'est pas le cas de tous. Le revenu moyen d'un étudiant est de 13 000 $. On est loin du «gros luxe». Mais pourquoi ne travaillent-ils pas plus? La Fondation canadienne des bourses d'études du millénaire écrivait à ce propos que les étudiants n'avaient jamais autant travaillé. En effet, les étudiants sont deux fois plus nombreux à travailler qu'à l'époque de leurs parents, ce qui a des conséquences graves sur leurs résultats scolaires.

Le gouvernement veut des universités de qualité. Ça tombe bien, nous aussi. Pourquoi ne pas commencer par faire le ménage dans la cour des recteurs qui se prennent pour des promoteurs immobiliers? Les étudiants s'apprêtent à verser 500 millions supplémentaires aux universités dans le cadre de la hausse des droits. Voilà un montant qui correspond presque exactement au coût de l'îlot Voyageur (450 millions) et des indemnités de départ qui ont été accordées dans les dernières années aux cadres universitaires (62 millions). Et on ne parle même pas des salaires faramineux des recteurs, des autres fiascos immobiliers et des campus qui s'établissent à côté d'universités déjà bien établies.

En somme, nous voulons plus et mieux pour le Québec. Nous voulons un Québec où on donne une chance à tous les enfants, qu'ils soient riches, pauvres ou de la classe moyenne. Nous voulons un Québec où nous avons les meilleurs diplômés. Donnons-nous les moyens de nos ambitions collectives, maintenons abordables les études universitaires en cessant la hausse des droits de scolarité.

***

Léo Bureau-Blouin, président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ)

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13 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 26 août 2011 05 h 06

    Complètement d'accord avec vous...

    L'accès à l'éducation pour tous, de la maternelle à l'université, C'est LA mesure réelle de notre souci de justice sociale.

  • Eric Folot - Inscrit 26 août 2011 07 h 09

    Vous avez raison !

    Merci M. Bureau-Blouin pour ce très bon article !

    Eric Folot

  • Yvan Dutil - Inscrit 26 août 2011 07 h 14

    Une petite correction

    Ctte affirmation est fausse "Ces droits moins élevés permettent donc aux facultés québécoises de choisir les étudiants non pas en fonction de l'épaisseur de leur portefeuille, mais bien en fonction de leur talent,... "

    Hormis les programme contingentés, dont le nombre d'étudiants est déterminé ailleurs, les université acceptent absolument n'importe-qui dans leur programme. Il y a bien certaines contraintes au études supérieures (maitrise doc), mais le nombre d'étudiants qui sont affectés est minime. En effet, les universités sont payées au nombre d'étudiants et au nombre de diplômes, elles ont donc tout intérêt à maintenir leur population étudiante la plus grande possible. Cours passerelle, de rattrapage, tutorat, reprise multiple du même cours, dégoulinade d'un programme à l'autre ainsi que le nivellement par le bas font partie des stratégies utiliser pour gonfler les effectifs.

    Le même phénomène se produit une peu partout dans le monde occidental. Seul quelques pays européens y échappent car ils ont troquer la gratuité scolaire contre l'élitisme académique. Une solution possible au problème, mais qui serait totalement inacceptable ici.

  • Jacques Morissette - Inscrit 26 août 2011 08 h 15

    Léo Bureau-Blouin, je suis d'accord avec vous.

    Les décideurs ont la gâchette facile quand vient le temps de tirer sur une cible fragile. Nous vivons dans une démocratie et c'est très légitime que le plus de jeunes possibles aient accès aux études supérieures. C'est le talent qui doit le plus compter par rapport à la grosseur des portefeuilles étudiants.

    Ceux qui disent que les jeunes ont de l'argent à partir de leurs habitudes de vie dispendieuses se trompent. Parmi les étudiants, bon nombre ont pris l'habitude de vivre à crédit. Tous les sondages à ce propos le démontrent. Les étudiants ont la responsabilité d'apprendre à vivre selon leurs vrais moyens.

    Comme les politiciens ont la responsabilité d'apprendre à dépenser le budget d'un état selon des priorités bien établies. C'est identique pour les recteurs d'Université, ils devraient apprendre à mieux gérer leurs budgets et à avoir moins d'appétit pécuniaire quand vient le temps de négocier leurs contrats de travail.

    Les décideurs devraient apprendre à ne pas toujours tirer sur les plus faibles, pour continuer de faire croître leur propre standing de vie. C'est de solidarité dont nous avons besoin beaucoup plus que d'individualisme au détriment des plus faibles. La population, plutôt que de se faire petits soldats de plomb des décideurs, devrait apprendre à réfléchir avant de tirer eux aussi sur les plus faibles de la société.

  • mpb - Inscrit 26 août 2011 09 h 41

    Enfin

    Merci pour ce texte clair et ces arguments bien développés.
    Cela reflète bien les aspirations des étudiants d'aujourd'hui.
    Nous sommes loin de la Jeunesse "bornée" et "immature".

    J'espère que plusieurs seront éclairés...

    Merci

    - Une étudiante