Libre opinion - Qu'ils cessent de nous faire honte!

C'est à mon plus grand désarroi que le débat absurde sur les droits de scolarité se ravive sur la place publique depuis déjà quelques semaines. Nous devons cette absurdité à une infime partie de la jeunesse québécoise qui semble trop bornée, et trop immature, pour se rendre à l'évidence: à bien des égards, les Québécois vivent au-dessus de leurs moyens, y compris en éducation.

Cela fait des décennies que les étudiants du Québec paient leurs études postsecondaires au rabais par rapport au reste du continent et à la grande majorité des pays du monde occidental, qu'ils se butent à des ressources limitées sur leur campus et à un nombre exagéré de chargés de cours au premier cycle, et qu'ils s'entassent dans des universités décrépites qui, année après année, luttent pour boucler leur budget sans pertes financières.

Il est désarmant de constater que des jeunes de ma génération puissent faire preuve d'un manque aussi flagrant de rigueur intellectuelle, étalant un argumentaire défaillant dans les médias, faisant ainsi honte à l'autre jeunesse québécoise, celle qui est raisonnable, responsable et surtout réaliste.

J'entendais en fin de semaine sur les ondes de RDI ce cher Léo Bureau-Blouin affirmer qu'un gel des droits de scolarité pourra garantir au Québec les meilleurs médecins, les meilleurs avocats et les meilleurs architectes — je paraphrase. Et puis quoi encore? Quel argument bidon: il n'existe jusqu'à preuve du contraire aucune corrélation un tant soit peu logique entre la compétence des finissants universitaires et les droits de scolarité qu'ils auront eus à payer pendant leurs études.

Par ailleurs, plusieurs pays européens ont déjà mis fin ou mettront bientôt fin à la gratuité ou à la quasi-gratuité de leur éducation postsecondaire, signe que ces jeunes «socialistes» bornés ne sont aucunement au courant de ce qui se trame ailleurs dans le monde, préférant plutôt brandir les spectres du décrochage scolaire, de l'absence de solidarité sociale et de l'inaccessibilité aux études.

La très grande majorité des jeunes de ma génération sont à même de se payer une voiture neuve ou un téléphone intelligent, de s'exiler dans la métropole pour devenir «cool et branché», de vivre en appartement dans la même ville que leurs parents ou encore de s'envoler pour les «tout inclus» artificiels de l'Amérique centrale. Alors de grâce, que l'on ne vienne pas me dire qu'une minable hausse de 325 $ par année, qui culminera à une facture de moins de 4000 $ en 2017, les mettra tous à la rue!

Les manifestations étudiantes que ces bonnes gens tentent éperdument d'organiser ne sont bien souvent qu'une excuse bidon pour sécher les cours, pour faire reporter les examens et à la fin du compte pour empoisonner la vie de milliers d'étudiants qui, eux, ont la décence de se responsabiliser plutôt que de se comporter comme de vrais bébés gâtés sur la place publique.

Ces manifestations, si elles ont lieu, ne feront qu'alimenter la paresse crasse qui sévit chez la jeunesse actuelle et découragera davantage tout sens de responsabilité individuelle.

Bref, à vous, Monsieur Léo Bureau-Blouin, et à vos militants, je dis: «Vous nous faites honte.»

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Bruno Falardeau - Étudiant à la maîtrise à l'Université Laval

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