Libre opinion - Québec doit s'activer pour protéger la langue

Il y a deux mois, une importante manifestation internationale en faveur de la langue française, de la diversité culturelle et de l'organisation d'états généraux a eu lieu à Paris. C'était le 18 juin. Environ 1200 personnes, des Français, des Belges, des Italiens, des Africains, des Acadiens, des Québécois, se sont regroupées devant le Panthéon et ont pris part ensuite à la marche dans le Quartier latin. La presse québécoise (sauf exception) n'en a pas publié de compte rendu ni repris le reportage d'agence daté du 18 juin, comme si le sort de la langue française et la diversité culturelle n'avaient pas d'importance ici, comme si la proposition d'états généraux de la langue en France n'intéressait pas les Québécois et tous les francolocuteurs.

La manifestation de citoyens de pays et de continents divers était une première dans la francophonie. Encouragés par 44 associations et regroupements divers à montrer leur engagement en faveur du français et de son statut, les marcheurs déambulèrent derrière la banderole «Ma patrie, c'est la langue française» (Camus) et leurs étendards nationaux.

L'organisateur de la rencontre, l'ex-ambassadeur Albert Salon, a invité vingt intervenants à prendre la parole après la lecture de messages, en particulier ceux de l'académicien Alain Decaux, du comédien Fabrice Luchini, du président du Modem, François Bayroux, et du député Jean Lasalle. On entendit le professeur Claude Hagège (Collège de France), des parlementaires (Jacques Myard, Jean-Pierre Chevènement, candidat déclaré à l'élection présidentielle de 2012, Nicolas Dupont-Aignan et Patrick Louis) et des chefs de délégations étrangères: de Wallonie et Bruxelles, de Côte d'Ivoire, d'Italie, de Maurice Day, venu de Montréal pour représenter la Ligue internationale des scientifiques de langue française et les Québécois.

Enfin des porte-parole d'associations françaises (Mariannes de la République, C.R.A.N. ou Conseil des associations noires, Carrefour des acteurs sociaux, Académie de la carpette anglaise, Forum pour la France, COURRIEL, Académie du gaullisme). Les Français étaient donc fortement de la partie. Cela annonce peut-être un réveil de la mère patrie. M. Salon a souligné la présence de gens d'Asie (Cambodge, Laos, Vietnam, Chine), d'Afrique (Burkina Faso, Cameroun, Mali, Sénégal, Maroc, Algérie, Tunisie), de groupes de Haïtiens, de Mauriciens, de Québécois et d'Acadiens derrière leurs drapeaux.

Quelques idées sont à retenir des allocutions des personnalités présentes.

Selon Claude Hagège, la France a la mission de porter l'oriflamme de l'universalité de concert avec l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne ou la Russie, car elle est à la source de la Déclaration des droits de l'homme. M. Hagège s'en est pris à la surdité de la classe politique française, insensible au sort réservé à la langue et à l'idée d'en organiser des états généraux et à son parti-pris en faveur de la pensée unique diffusée en anglais.

Catherine Distinguin, secrétaire générale du Pôle francophone du Carrefour des acteurs sociaux, a rappelé les motifs de la manifestation: la conviction que la langue française est le meilleur instrument de communication de la communauté et l'élément constitutif essentiel de son identité, l'impéritie des pouvoirs publics et la colonisation par l'anglais. Mme Distinguin a cité Dominique Noguez: «La langue française n'est pas en crise. Elle se porte bien. Elle s'enrichit. C'est bien pire qu'une crise: elle est victime d'une trahison.»

Dans l'intervention fort appréciée du représentant de Wallonie-Bruxelles, Paul-Henry Gendebien, on retiendra l'affirmation selon laquelle «la France et la langue française, c'est l'aspiration à l'universel, mais l'universel n'est pas la mondialisation, ni le nivellement».

La présence québécoise à la manifestation avait été encouragée en mai et juin par des initiatives individuelles et par la publicité diffusée par Impératif français (représenté lors de la marche par l'écrivain Alain Dubos, auteur des Amants du Saint-Laurent, 2009), par l'Association pour le soutien et l'usage de la langue française, par la Société nationale des Québécois et Québécoises de la capitale. Cependant, la proximité de la Fête nationale a empêché les regroupements panquébécois (Mouvement national des Québécoises et Québécois, Mouvement Québec français, Ligue d'action nationale) d'y encadrer la présence québécoise.

On peut espérer qu'à la prochaine occasion, les groupes laurentiens sauront se concerter et désigner un porte-étendard. Si les Français montent aux barricades pour défendre le statut du français, il faudrait se retrouver à leurs côtés.

***

Gaston Bernier - Président de l'Association pour le soutien et l'usage de la langue française
9 commentaires
  • André Fournier - Inscrit 17 août 2011 07 h 12

    Rassemblement et manifestatoin francophone

    curieux à savoir: aucune mention des Canadiens français! ce qui est intéressant dans cette chronqiue est la phrase suivante:"Cela annns cette chronique est la phrase suivante :" Cela annonce peut-être un réveil de la mère patrie." En effet, le Québec et l'Acadie sont les mères patries de notre langue ici au Canada. Pourtant seule cette dernière se soucie du sort de la langue au Canada tandis que le Québec souhaite l’éradiquer partout ailleurs au Canada sauf évidemment au Québec. Pire encore: ce Québec insouciant fait tout en son pouvoir pour s'isoler en s’identifiant comme "nation" avec comme principe fondamental la langue française, ignorant par ce fait que les Canadiens français ailleurs au pays ont la même langue, la même culture, le même patrimoine historique. On vante l'éveil de la mère patrie en France tout en espérant commettre un génocide culturel ici au Canada, conséquence d'une séparation ultime du Québec hors Canada. J'ai honte!

  • Charles F. Labrecque - Abonné 17 août 2011 08 h 19

    S'activer pour quoi?

    Pour quoi toutes ces (stépettes) pour sauver la langue française si l'homme ne peut pas y gagner sa vie décemment. Il faut bien comprendre, que se sera notre jeunesse qui elle aura à faire face dans le futur quelle langue qu'ils choisiront afin de leur garantir une vie décente. Nous devons être réaliste et comprendre que la France autrefois puissance du monde perd des plumes tout les jours, noyée dans une Europe de plus en plus unit nous permet de dire que la langue française deviendra reléguée dans l'arrière plan.

  • camelot - Inscrit 17 août 2011 08 h 52

    Amnésie

    En effet, comment se fait-il qu'on en a pas entendu parler ? Venant des journaux de "convergence" cela ne surprend guère. Mais Le Devoir était-il au fait ? Les personnalités mentionnées sont de grands défenseurs du fait français à l'international. Que les élus de l'Hexagone soient sourds à cette cause ne surprend guère. Ils n'ont pas de vision ni d'opinion. La masse d'anglicismes utilisés en France aujourd'hui laisse pantois. Le temps n'est pas loin où on parlera davantage français à Dakar qu'à Paris.

  • Michel Simard - Inscrit 17 août 2011 13 h 30

    Honte aux dépendantistes (1)

    Encore une fois, André Fournier, Québécois vivant en Ontario, vomit sur ma mère-partie, le Québec. fabule en prétenandt que le Québec veut l'éradication du franc¸ais en Ontario ou dans d'autres provinces du Dominion du Canada. L'assimilation des Ontarois est due aux Ontarois eux-mêmes, qui choisissent de parle anglais plutôt que français et qui jouent aux jovialistes en préetndant que tout est bilingue dans la ville d'Ottawa et que la prestation des services en français est excellente en Ontario. L'État du Québec n'a pas juridiction sur la diaspora québécoise. Le dynamisme de la collectivité franco-ontarienne dépend avant tout de sa propre volonté à se développer, de l'ouverture de la province de l'Ontario à cet égard, et du soutien engagé du gouvernement fédéral prétenûment bilingue. Comme les Franco-Ontariens financewnt ces trois ordres, par leurs cotisations ou impôts, cela est normal. Ce qui n'exclut pas que le Québec peut contribuer à la mesure de ses moyens, sachant que ces fonds proviennent des contribuables du Québec.

    Le Québécois Fournier a honte de dire qu'il est Québécois, ce faisant, il démontre qu'il a honte d'être francophone. Il déteste sa mère-partie, le Québec, comme bon nombre de dépendantistes ont honte d'être francophones et détestent l'ancienne mère-partrie, la France. Mais quand on déteste le Québec et la France, il ne reste plus grand monde sur la planète Terre pour partager notre francité.

  • Michel Simard - Inscrit 17 août 2011 13 h 30

    Honte aux dépendantistes (2)

    Le droit de la nation québécoise à s'autodéterminer n'a rien à voir avec le système politique que les Canadians veulent pour eux-mêmes. Si les Canadians détestent tant les Québécois qu'ils prennent les Ontarois et autres Franco-Canadiens en otage en menaçant d'enlever les droits à leurs minorités francophones, cela demeure la décision des Anglo-Saxons. Cette collaboration des Franco-Ontariens à ce chantage ne contribue en rien à l'essor de la francophonie.

    Alors, M. Fournier, si votre francophonie vous tient réellement à coeur comme vous l'affirmez, aidez-vous vous même à vous aider plutôt que de pleurnicher et d'attendre que la nation québécoise agisse pour la diaspora québécoise en Ontario. Impliquez-vous dans l'ACFO, fondez des entreprises, des clubs et des associations franco-ontariennes, réclamez davantage d'écoles, d'hôpitaux, d'universités, de services en français, arborez le drapeau bicolore ontarois, de même que le fleurdelysé, emblème de votre patrie. Cessez d'avoir honte d'être vous-mêmes.