Libre opinion - 350e anniversaire de naissance d'Iberville, héros oublié

C'est le propre des peuples fiers que de célébrer leurs héros et leurs victoires. C'est d'ailleurs le rôle de l'État de cultiver cette fierté en soulignant les grands anniversaires de ses plus glorieux personnages et événements. Aussi, le choix de ce qui est jugé valoir un tel effort en dit long sur la psyché de ce peuple. En 1976, les États-Unis ont souligné de façon festive et grandiose les 200 ans de leur guerre d'indépendance. En 1989, la France a célébré dans le faste le bicentenaire de la prise de la Bastille.

Mais au Québec, on ne veut surtout déranger personne ou même risquer de le faire. Ainsi en ce 20 juillet, le 350e anniversaire de naissance de Pierre Le Moyne d'Iberville n'aura fait l'objet d'aucune commémoration officielle.

D'Iberville est réputé être le plus illustre des fils de la Nouvelle-France. Ce Montréalais de naissance dirigea la conquête de la baie d'Hudson, puis chassa presque entièrement les Anglais de Terre-Neuve et du Labrador. Il fonda la Louisiane, dont il fut le premier gouverneur, puis conquit l'île anglaise de Nièves, dans les Caraïbes.

C'est de loin notre plus grand conquérant. Mais il ne faudrait surtout pas contrarier quelqu'un pouvant possiblement davantage s'identifier à ceux que d'Iberville a vaincus. Alors, tant par l'administration municipale de Montréal que par le gouvernement du Québec, ce grand anniversaire a été tu.

Mais ailleurs...

En juillet 2008, la Nouvelle-Écosse a célébré pendant une semaine les 250 ans de la prise de la forteresse de Louisbourg par les troupes de James Wolfe, même si cela a permis de mener à terme la déportation des Acadiens. En 2009, la Commission nationale des Champs de bataille nous avait organisé une semaine de célébrations — heureusement annulées — pour souligner les 250 ans de la bataille des plaines d'Abraham qui se conclut par la destruction totale de la ville de Québec.

Pas plus tard que le 12 juillet dernier et comme tous les ans, des orangistes ont défilé dans les rues de Toronto pour célébrer la victoire de l'armée protestante de Guillaume d'Orange qui, en 1690, prit ainsi possession de l'Irlande et massacra ses habitants.

À l'opposé, tandis qu'à Montréal, la maison du patriote Louis-Hippolyte Lafontaine, toujours laissée à l'abandon, n'en finit plus de décrépir, les 350 ans de Pierre Le Moyne d'Iberville, né sur la rue Saint-Paul, sont passés à la trappe. Cet été, on a plutôt préféré organiser un triomphe à deux membres de la famille royale britannique même si le bilan militaire et législatif de ce qui a été perpétré au Québec au nom de cette Couronne depuis 250 ans est on ne peut plus répressif à l'encontre des francophones.

Se pourrait-il que les Québécois aient un complexe avec la victoire? Qu'ils aient du mal à s'identifier à des gagnants? Ou qu'ils soient trop gentils pour le faire? La question mérite d'être débattue.

Pour ses 350 ans, Pierre Le Moyne d'Iberville aurait mérité mieux que l'assourdissant silence de ce pourtant grand jour. Mais l'année de cet important anniversaire se poursuit. Souhaitons que la rentrée nous réserve des sursauts d'honneur.

***

Mario Beaulieu, président et Christian Gagnon, conseiller général de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

18 commentaires
  • Cypriote - Inscrit 20 juillet 2011 07 h 14

    La compalisance dans la médiocrité

    MM. Beaulieu et Gagnon,
    je partage entièrement votre indignation. Nous dirigeants se déshonorent et se comportent comme de simples faire-valoir des puissances d'occupation.

    Mais je crains que notre peuple lui-même en soit rendu au degré zéro de l'appréciation de soi : par simple crainte de heurter autrui, il se replie et s'oublie entièrement. Ça en est pathétique.

    Il a oublié le dicton qui dit : «Lorsqu'on se comporte en paillasson, il ne faut pas s'étonner d'être piétiné.»

    Vivement un sursaut!

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 20 juillet 2011 08 h 14

    A quand une grande série?

    Les Québécois ne connaissent pas leur histoire, c'est connu.
    Iberville, Lasalle, La Vérendrye, Joliet, Marquette, Nicolet, Champlain, Couture, nos ancêtres ont silloné le continent, à l'huile de bras, nommant monts et lacs. Ils se sont liés d'amitié avec Indiens, ont appris à leurs contacts. Il y a là matière pour des séries extraordinaires. De grandes séries qu'on pourrait faire avec les grandes chaînes américaines et vendre dans le monde entier.

    A la place, on préfère tourner des séries sur notre nombril.

  • Marie Mance Vallée - Inscrite 20 juillet 2011 08 h 46

    Des séries ?

    Ne cherchez pas midi à quatorze heures, cela ne fait pas partie du plan de ceux qui veulent notre disparition. Dans leur esprit, nous ne sommes déjà plus là.

  • Monsieur Pogo - Inscrit 20 juillet 2011 08 h 50

    Albert Millaire


    Y aura-t-il un service de dépannage, si l’on crève en Bixi ? Ou faut-il consentir à se salir et peut-être même s’écorcher les mains, et à ce sujet y a-t-il des indemnités de prévues ?

    Lequel des Iberville ?

    Il y a Charles, et Catherine Primot a bien dû en avoir une bonne vingtaine avec lui… D’ailleurs, reste-t-il des vestiges de leur vie à Longueuil ? La réponse est non.

    En attendant, faudrait peut-être saluer ce grand acteur qu’est Albert Millaire, puisqu’à l’époque c’est lui –et lui seul- qui nous a fait connaître Pierre Lemoyne d’Iberville grâce au feuilleton éponyme :

    http://archives.radio-canada.ca/arts_culture/media

    .

  • Gilles Bousquet - Inscrit 20 juillet 2011 08 h 51

    Voter du bon côté, pour commencer

    Nous venons d'élire un paquet de députés inconnus du NPD et avons élu, 3 fois en ligne, un gouvernement Libéral anglophile à Québec. Faudrait commencer à élire le PQ pour nous approcher un peu plus de notre histoire francophone.