Libre opinion - Le Plan Nord, symptôme de notre aliénation collective

Lancé en grande pompe par le premier ministre Charest, qui en fait le plus grand projet de sa carrière politique, le Plan Nord est censé créer de nombreux emplois et rapporter d'importants revenus à l'État québécois. En témoigne la récente annonce d'ArcelorMittal faisant état d'un investissement de 2,1 milliards de dollars sur la Côte-Nord et de la création de 8000 emplois directs ou indirects générés par ces investissements. Pour plusieurs, le Plan Nord présente ainsi de très bonnes perspectives économiques pour l'avenir de la société québécoise et on serait en droit de se réjouir de ce projet créateur de richesse.

Mais, malgré ces «bonnes» nouvelles dont se délectent les chroniqueurs économiques de certains médias, il importe de souligner que ce Plan Nord constitue l'exemple-type de notre aliénation collective, alors que nos actions et notre production sont guidées et régies par la logique et les besoins d'un système économique reposant sur le profit et la croissance constante, plutôt que par nos réels besoins collectifs.

Plusieurs médias et différents journalistes ne demandent pas à quoi serviront et quels besoins combleront les milliers de tonnes de minerai que nous allons extraire de nos territoires du Nord — détériorant ceux-ci au passage — mais les articles sur ce sujet visent plutôt à déterminer combien d'emplois seront créés et combien ça rapportera. Ainsi, on se réjouit de la création d'emplois, mais on ne se questionne pas quant à savoir quel est le but de les créer. À quoi ou plutôt à qui serviront-ils? Ces questions semblent futiles pour certains chroniqueurs économiques. Comme quoi quand le marché de l'emploi va, tout va!

Ces questions et ces préoccupations des différents analystes et des médias de masse tendent ensuite à se transposer dans la population en général, qui en vient ainsi à oublier ses propres intérêts pour adopter ceux des intérêts particuliers qui ont le plus à gagner avec ce projet. Ce faisant, nous sommes dans l'erreur et jouons le jeu de ceux qui dominent et profitent le plus du système économique actuel.

En plus d'avoir su jauger la véritable nature de certains de nos gouvernements modernes, comme en témoigne la citation ci-haut, Karl Marx avait compris que, à toutes les époques et dans toutes les sociétés, les idéologies et les discours dominants sont ceux des groupes dominants. Ils sont en fait l'expression des intérêts matériels de ces groupes dominants, sous forme théorique. Puis, pour camoufler le fait que le discours représente leurs intérêts particuliers, les classes dominantes travaillent leurs discours et font passer, aux yeux de la population, leurs intérêts spécifiques comme ceux de l'intérêt général de la collectivité.

C'est ce subterfuge, selon Marx, qui engendrait une forme d'aliénation chez les individus, ces derniers n'étant plus à l'écoute de leurs propres intérêts mais de ceux de la classe dominante. C'est cette même aliénation qui est à l'oeuvre dans le cadre du Plan Nord du gouvernement Charest, alors qu'une partie de la population accueille ce projet avec enthousiasme.

Ainsi, plutôt que d'être un projet de société emballant et rassembleur pour la collectivité québécoise — comme tente de le promouvoir le premier ministre Jean Charest — ce Plan Nord est un projet fait sur mesure pour les entreprises privées qui vont investir dans le Nord québécois. Pour faire croître leurs actifs, les dirigeants des entreprises privées qui exploitent des ressources naturelles à travers la planète doivent trouver de nouveaux débouchés et semblent avoir trouvé un territoire propice au Québec. Dans ce processus, le gouvernement libéral de Jean Charest semble se faire l'émissaire de la grande industrie minière, comme dans le dossier des gaz de schiste ou du gaz-pétrole dans le golfe du Saint-Laurent.

Les investissements publics du gouvernement Charest verront à aménager le territoire et à faciliter l'exploitation des ressources par les entreprises privées concernées. De plus, la croissance et les profits générés par les projets de ce Plan Nord le seront davantage pour les intérêts privés qui y sont associés que pour la collectivité québécoise dans son ensemble. Comme le rapporte la Coalition pour que le Québec ait meilleure mine, sur les 5,6 milliards de dollars de minerai extrait en 2009-2010, le Québec n'a perçu que la maigre somme de 114 millions en redevances (Le Devoir, les samedi 21 et dimanche 22 mai 2011).

Il serait surprenant qu'il en soit autrement dans le cadre du Plan Nord, malgré l'augmentation des redevances de 12 à 16 %. D'autant plus que ces entreprises bénéficient souvent de subventions et de crédits d'impôt importants, en échange de leurs investissements chez nous. Cette exploitation de nos ressources, la production s'y rattachant, la création d'emplois de même que les profits bénéficieront particulièrement à l'oligarchie qui gère et profite le plus de notre système économique. C'est cet état de fait qu'il importe de démystifier.

Le Plan Nord ne constitue qu'un exemple parmi d'autres de notre aliénation collective. Tant et aussi longtemps que nos actions — tant individuelles que collectives — et nos projets de société seront motivés par des questions économiques, comptables et superficielles profitant particulièrement aux dominants du système actuel — plutôt que par nos réels besoins collectifs et par des valeurs morales — notre collectivité et les individus la composant seront en situation d'aliénation et seront exploités par les maîtres du système économique dans lequel nous vivons.

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Martin Lavallée, Montréal

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47 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 18 juillet 2011 04 h 56

    Critiquer le système mondial sur le dos du Québec.

    Il me semble que les systèmes politiques et économiques construits sur les utopies de Karl Marx ont fait de tels dégats humains et matériels pour qu'on évite de les reprendre comme modèles.

    La théorie de la croissance zéro a été examinée sous toutes ses coutures, entre autres par le Club de Rome dans les années '50, et elle a été rangée elle aussi au rang des utopies.

    Reste le système économique mondial et ses applications modulées dans tous les Continents. Pour nous convaincre de le jeter aux orties, comme le suggère Martin Lavallée, il faudra bien davantage que des belles paroles et des voeux pieux. On le remplace par quoi, au juste?

    Tenter de substituer des utopies collectivistes à la valeur de l'entreprenariat, du travail de chacun de l'investissement productif pour faire le bonheur de l'humanité, c'est se tromper et tromper les autres.

  • ClarkeCity - Inscrit 18 juillet 2011 06 h 02

    Le Québec n'a perçu que la maigre somme de 114 millions en redevances

    Les québécois devraient réaliser les profits réalisés par les minières. Les compagnies de minerai de fer ne savent plus où donner de la tête. La plupart de ces compagnies ont annoncé des investissements de quelques centaines de millions de dollars pour doubler leur niveau d'exploitation qui rapporteront des milliards. C'est la frénésie pour le minerai de fer. On veut tous doubler notre exploitation, ré ouvrir les anciennes mines, ouvrir de nouvelles mines près des infrastructures pour faire des profits faramineux.

    Le Québec perçoit une somme équivalent à quelques cents pour chaque tonne de minerai de fer et les profits de celles-ci sont de l'ordre d'environ 300 %. Prenons l'exemple de Cliff Resources qui investira 650 millions au lac Bloom pour augmenter sa production. La capacité de sa production doublera pour atteindre 16 millions de tonnes de fer concentré d'ici 2012. La minière estime qu'une tonne de fer coûtera environ $50,00. Considérant qu'une tonne de fer se vendra environ $175,00 alors regardons les profits de cette compagnies. Le profit pour chaque tonne sera d'environ $125,00 multiplier par 16 millions de tonnes alors les profits seront faramineux ( environ 2 milliard$ par année )et les redevances équivalentes de quelques cents pour chaque tonne de fer sont ridicules. ( http://bit.ly/it9LaB )

    Cliffs Ressources n'est qu'un exemple, les minières ne savent plus où donner de la tête. Ils désirent tous doubler leurs profits et payent des peanuts comme redevances. Pendant ce temps, Bachand ferme la porte sur une refont du calcul des redevances. http://bit.ly/kMiLs0

    Le Plan Nord, c’est le Klondike qui fait saliver les minières au dépend des québécois. Dénonçons ce gouvernement œuvrant pour les minières.

    Serge Marchand

  • Marcel Sevigny - Inscrit 18 juillet 2011 07 h 35

    vous n'avez rien compris

    Le commentaire de Georges Paquet indique qu'il n'a rien compris... ou qu'il ne veut rien entendre de l'opinion de M. Lavallée.

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 18 juillet 2011 07 h 45

    OK

    Mais il va falloir changer nos politiques démographiques. Cesser de favoriser la natalité (90,000 naissances par année), cesser d'accueillir 55,000 immigrants par année.

    Tout ce beau monde doit travailler! Alors si on ne les fait pas travailler dans l'exploitation de nos ressources (là où on a un avantage par rapport à la plupart des pays) on va les faire travailler où?

  • Nunu - Inscrite 18 juillet 2011 07 h 58

    Le gouvernement Libéral

    Travail toujours pour l'intérêt privé et en donne un peu à la population.Les journalistes eux travaillent toujours pour le parti libéral et posent tres peu de question pertinantes pour la population.Qui avait besoin de ce plan-nord?La population a beaucoup plus besoin que soit refait les routes paaartout au Québec,c'est l'enfer de se promener sur les routes.Il peut bien avoir des accidents de motos toute les fins de semaines.On paie trop cher pour tout et que fait on de notre argent?Les gouvernement graisse les ti-amis.Assez c'est assez.