Libre opinion - Le culte du dieu argent

En regardant un reportage sur la catastrophe à la centrale nucléaire de Fukushima, une citation d'Albert Einstein m'est revenue en tête: «Le problème aujourd'hui n'est pas l'énergie atomique, mais le cœur des hommes.» En ce début de XXIe siècle, nous pourrions croire que les pires poisons mentaux sont encore les croyances religieuses et les idéologies politiques, mais, en réalité, notre plus grande dévotion, c'est le culte au dieu «argent».

Tous, du plus humble mendiant jusqu'à ceux qui n'ont de comptes à rendre qu'à une abstraction nommée «les marchés», nous nous soumettons aux dogmes édictés par une minuscule «super-élite» qui possède et contrôle la fabrication et la distribution de ce qui constitue, pour eux, l'Alpha et l'Oméga de toute chose: l'argent. Les préceptes de ce culte guident notre comportement, nos choix de vie, le choix de notre métier, de nos amis, bref, tous les aspects de notre existence. Que ce soit par les valeurs inculquées à nos enfants à la maison ou à l'école, par notre observance des lois votées par ceux qui nous représentent ou bien à l'initiative d'un petit caïd mafieux, le système se maintient et se perpétue.

Or, que nous le voulions ou non, ce culte doit être remis en question, car:

- la pollution causée par le gaspillage de la société de consommation bousille durablement le climat et détruit les écosystèmes qui soutiennent la vie;

- les ressources de la planète étant limitées, la croissance infinie est impossible;

- le phénomène du «Peak Oil» est une réalité: le temps du pétrole abondant et peu dispendieux est terminé et menace le monde d'un effondrement économique prévisible.

Ainsi vivons-nous la fin de l'ère industrielle et de la société de consommation basée sur l'illusion de la croissance infinie et sur le pétrole pas cher. Vouloir prolonger l'agonie de cette civilisation en exploitant les gaz de schiste ou des puits de pétrole sous 1500 mètres d'eau n'y changera rien. Nous gaspillons toujours et encore nos talents et nos ressources au simple but de fournir du «rendement aux actionnaires» et nous entretenons encore des espoirs de «retour à la prospérité» dans la réalisation d'un quelconque programme politique ou de projets mal ficelés style «gaz de schiste» ou autre «Plan Nord».

Malheureusement, le résultat ultime de toutes ces entreprises ne sera sûrement pas l'amélioration durable des conditions de vie des habitants de la terre ou la réhabilitation des écosystèmes qui soutiennent la vie, mais constituera plutôt un détournement de plus de nos précieuses ressources en vue de l'édification d'un autre monument élevé à la gloire du dieu argent.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, Krishnamurti, un grand philosophe indien, avait bien cerné la problématique en déclarant que la crise de civilisation que nous connaissons est d'abord et avant tout une crise de conscience et qu'en conséquence la seule révolution qui pourra véritablement sauver l'humanité, la sortir de cette crise, sera une révolution des consciences.

Il avait raison. Il n'y a qu'à regarder l'actualité pour constater l'inconscience derrière le développement des nouvelles technologies d'exploitation d'hydrocarbures, la production d'OGM, le bricolage sur le génome humain, les nouvelles méthodes de surveillance et de contrôle des citoyens ou le développement d'armes telles que les drones de combat: toutes ces «merveilles» de la science moderne sont des aberrations dangereuses qui auront des répercussions désastreuses sur nos vies à court terme et n'augurent rien de bon pour l'avenir.

Selon le niveau de conscience de ceux qui les contrôlent, les technologies peuvent nous détruire ou nous sauver. Pouvons-nous croire que celui qui trouve son épanouissement dans le développement, la fabrication ou la vente de bombes à fragmentation ou de mines antipersonnel puisse être un humain libre et conscient? Que non! Ses conditionnements en ont plutôt fait un esclave savant au service des «intérêts de la nation» ou, pire, des «intérêts de la compagnie».

Nous éveiller au véritable prodige et à l'immense privilège que constitue le fait d'être un humain dans l'univers est notre seule avenue vers un monde prospère, sécuritaire et sain. Notre niveau de conscience individuel participe à la conscience collective qui devra impérativement, pour notre survie, remonter à la hauteur de nos capacités technologiques. Ceux qui développent, contrôlent et utilisent ces outils doivent être des humains adultes, conscients et libres.

Mais ce beau rêve restera impossible à atteindre tant et aussi longtemps que nous continuerons de vénérer notre dieu argent. Sous son joug, les élites possédantes nous considéreront toujours seulement comme des consommateurs et des contribuables qu'il faut conditionner dès le berceau à se maintenir dans un état infantile, comme nous le faisons avec nos animaux domestiques. Dans ces conditions, quelle solution à la crise actuelle pouvons-nous espérer d'une élite politique et économique totalement conditionnée, inconsciente et dévouée tout entière au culte? Aucune, hélas.

Contrairement aux «lois du marché», les lois de la nature ne peuvent pas être transgressées sans conséquences. Elles ne peuvent pas être contournées ni amendées, et nous paierons tous le plein prix de nos erreurs. Nous sommes à un tournant décisif de l'histoire: la civilisation telle que nous la connaissons est au bord de l'effondrement, et il est grand temps de sortir de cette torpeur qui nous fait assister avec une fascination morbide à notre déclin et à notre destruction.

C'est en chacun de nous qu'il faudra puiser le courage de retrousser nos manches et de passer outre nos peurs conditionnées pour prendre en main notre destinée collective en tant qu'espèce consciente pour l'édification d'une vraie civilisation qui aura pour seul objectif le bien-être de tous ses membres par la gestion intelligente des ressources de la terre. Une véritable économie basée sur les ressources.

***

Richard Evoy, Shefford

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

17 commentaires
  • Claude Laferriere - Inscrit 4 juillet 2011 06 h 16

    La Bible

    C'est le veau d'or de l'ancien testament ou Mammon. Une histoire vieille comme le monde.

  • Yvan Dutil - Inscrit 4 juillet 2011 07 h 14

    Pas l'argent, mais l'homme.

    Il est de bon ton dans une certaine caste intellectuelle de blâmer l'argent pour tous les maux du monde. Cependant, je me permettrait de faire remarquer que le communiste n'a pas fait mieux, bien au contraire, dans ce domaine.

    En fait, le vrais problème c'est l'homme qui une fois avoir comblé ses besoins fondamentaux, cherche encore à s'enrichir pour se positionner socialement. Bien entendu, il s'agit d'une course perdue d'avance.

    Malheureusement, cette vision ne sied guère à une gauche pourrie d'un humanisme bêlant.

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 4 juillet 2011 08 h 42

    Félicitations M.Evoy

    Bonjour,

    J'ai lu avec intérêt votre libre opinion et je souscris à l'ensemble des constats que vous y effectuez. Je porte modestement à votre attention un texte qui, s'inscrivant dans votre propos, en poursuit l'analyse sur un autre plan. Pour y accéder:

    http://webtv.coop/document/Solidaires%2C-nous-

  • celljack - Inscrit 4 juillet 2011 09 h 04

    Économie de ressources

    Excellent texte! J'aimerais que plus de gens soient réveillés!

    L’absurde réalité est qu’une compagnie en bourse agit par définition dans l’intérêt strictement financier de ses investisseurs et non pas dans leur intérêt général. C'est ainsi qu'en contribuant au mécanismes tentaculaires de la finance, par exemple en achetant des REER, sans le savoir, il est possible que vous financiez la compagnie minière qui s'en vient exploiter dans votre cour.

    C’est ainsi que les corporations, le lobbying, les associations de gens riches et puissants, les sociétés secrètes, le complexe militaro-industriel, la corruption et le crime organisé semblent diriger le monde, mais en fait leurs actions ne sont que la résultante globale de notre volonté de profit personnel sans responsabilité personnelle.

    L'économie de ressources c'est bien beau en principe, mais pour y arriver de manière réaliste, il faut un gouvernement ouvert, une justice ouverte et une démocratie ouverte.

    http://en.wikipedia.org/wiki/Collaborative_e-democ
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Valuation_contingente

    Avec une société complètement ouverte, on obtient un opinion public comportant les plus grands esprits comme les plus petits, générant parallèlement une grande campagne d’éducation et de sensibilisation à chaque cause et pour tous enjeux importants, représentant sûrement la résultante de tous les meilleurs éléments que jamais un groupe d'élite ne saurait synthétiser.

  • Nathalie E. Pellerin - Inscrit 4 juillet 2011 09 h 14

    Quelle profonde réflexion!

    Merci pour votre opinion éclairée, Monsieur Evoy!

    Pour pousser la réflection plus loin et aspirer à des solutions, je vous suggère de regarder (directement sur le Web, nul besoin de downloader) la trilogie des films 'Zeitgeist' à zeitgeistmovie.com
    Il est temps de passer à la prochaine ère de notre évolution.
    Bonne journée!
    Nathalie