Libre opinion - Je me souviendrai...

Je me souviendrai de cette armée qui ne veut pas concurrencer le privé, qui ne veut pas s'abaisser à nettoyer, qui œuvre à détruire et à déconstruire des nations, qui nous humilie à l'international comme à la maison. Et puis, je me souviens de cette force militaire qui nous emplissait souvent de fierté, casques bleus vissés sur les têtes, et qui voulait (bien que parfois maladroitement) secourir la veuve et l'orphelin.

Je me souviendrai de ce gouvernement, opportuniste comme jamais auparavant dans la politique canadienne, qui ne subventionne qu'en fonction de ses idéaux et de sa base électorale, qui recule de plusieurs dizaines d'années en retirant les subventions aux partis politiques, qui censure les opposants ou même simplement les non-partisans, qui ne croit pas devoir justifier ses décisions. Et puis, je me souviens de tout le travail qui fut fait dans le passé afin de sortir de la noirceur duplessienne et comment cette action galvanisa une société entière durant plus d'une génération.

Je me souviendrai de ces décisions économiques qui favorisent sans gêne les plus nantis, qui se concentrent sur les géants automobiles et pétroliers en oubliant le dynamisme des PME, qui invitent les gouvernements étrangers à nous piller, qui opèrent une liquidation de notre environnement et de celui de nos enfants. Et puis, je me souviens que l'économie du Québec est de plus en plus intégrée au nord-est américain et est dans la plupart des cas pénalisée par cette utopie inexistante qu'est l'économie canadienne.

Je me souviendrai du traitement réservé aux droits de la personne qui repoussa au large les réfugiés tamouls, qui tolère depuis longtemps le fait qu'un enfant canadien soit emprisonné au nom du bien commun, qui dénigre les groupes qui défendent ceux et celles qui sont ne sont pas des hommes blancs et hétéros, qui est brodé dans un tissu diffamatoire et injurieux. Et puis, je me souviens de ces luttes et de ces victoires que l'on enseigne aux élèves du secondaire afin de leur montrer tous les acquis, leur fragilité et l'importance de la vigilance.

Je me souviendrai de ce pays qui n'a jamais été le mien, qui se rangea derrière un homme et un parti pourtant clairement néfastes, qui semble chercher vengeance dans ce qu'il perçoit comme étant un traitement spécial pour le Québec, qui adopte le discours des conservateurs sur l'économie et la sécurité sans même se questionner. Et puis, je me souviens que le malaise canadien n'est aucunement lié à la langue et qu'il remonte à 1867, voire avant.

Je me souviendrai du nombre de fois que l'on tenta de me faire croire que mon projet d'indépendance était raciste, de tous ces discours et écrits qui me mentirent sur l'improbabilité d'une viabilité économique, de ces nombreuses preuves de rejet que les éditoriaux de l'Ouest me crachèrent au visage, de ces menaces lancées afin de me faire peur. Et puis, je me souviens qu'il est toujours possible de changer l'avenir et qu'il est maintenant le temps d'une nouvelle lutte au nom des générations futures.

Je me souviendrai...

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Denis Guimond-Fafard - Montréal

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