Libre opinion - Voter pour l'avenir du français au Québec

On peut comprendre que certains tenants de la gauche pour qui l'indépendance et l'avenir du français au Québec sont des objectifs secondaires soient tentés de voter pour le NPD. Mais il faut bien réaliser que ce parti, tout comme les autres partis fédéralistes, prétend réaliser la quadrature du cercle, c'est-à-dire favoriser l'autonomie du Québec sans changer le cadre fédéral, lequel implique la subordination de la nation québécoise à la majorité canadienne-anglaise.

Le NPD a tenté de se montrer favorable à la défense du français en appuyant le projet de loi du Bloc québécois qui exigeait que la loi 101 soit respectée par les institutions fédérales, de la même façon que la loi sur le salaire minimum est respectée par les institutions fédérales. Puis, il s'est dissocié de ce projet de loi en reprenant l'argumentation des libéraux. Les néodémocrates ont proposé un autre projet de loi alambiqué et amoindri pour ne pas indisposer la majorité canadienne-anglaise. En vertu du projet de loi du NPD, les entreprises placées sous juridiction fédérale devaient répondre au Code canadien du travail légèrement amendé plutôt qu'à la loi 101. Thomas Mulcair a même accusé les bloquistes d'avoir intentionnellement voulu rendre son projet de loi inacceptable en s'attaquant à la sacro-sainte Loi fédérale sur les langues officielles.

Dans la bataille contre les écoles passerelles, M. Mulcair a fait mine d'être outré par le jugement de la Cour suprême invalidant la loi 104. Le NPD a accepté de faire partie de la Coalition contre la loi 103, mais en précisant être contre l'utilisation de la clause dérogatoire. Par la suite, il s'est dissocié de la principale revendication de la Coalition, soit d'appliquer la loi 101 aux écoles privées.

Comme c'est le cas de tous les partis fédéralistes, la défense du français du NPD est un miroir aux alouettes. Il faut dire que le seul député du NPD au Québec, Thomas Mulcair, poursuit un parcours politique pour le moins sinueux, et particulièrement en ce qui concerne la question linguistique. Il a été le directeur des affaires juridiques du groupe de pression anglophone Alliance Quebec, qui visait à affaiblir l'application de la loi 101, après avoir occupé un emploi où il était payé pour la défendre comme avocat au Conseil de la langue française. Il est ensuite devenu un député libéral férocement fédéraliste pour changer de nouveau de parcours et assumer le rôle de lieutenant débonnaire du NPD au Québec.

Ni le NPD ni aucun des partis fédéralistes ne dénoncent le fait que la loi 101 a été charcutée dans tous ses secteurs d'application par la Cour suprême, dont tous les juges sont nommés par le gouvernement fédéral, par des programmes fédéraux qui imposent le bilinguisme et par des groupes de pression anglophones financés par Ottawa. Et ces attaques ont été décuplées par le biais de la Constitution de 1982 imposée de force par les députés du Canada anglais (y compris le NPD) avec l'appui des 74 députés libéraux fédéraux du Québec.

Le gouvernement fédéral intervient de plus en plus lourdement pour affaiblir le français au Québec. Les subventions fédérales favorisent systématiquement les institutions anglophones au Québec. Un rapport du Comité sénatorial du Canada sur les langues officielles proposait récemment d'intensifier l'ingérence fédérale pour appuyer les communautés anglophones du Québec. Ce rapport a été dénoncé par le Bloc, mais tenu sous silence par le NPD et les autres partis fédéralistes.

Le gouvernement du Canada anglais continue à commanditer à coups de millions de dollars les groupes de pression anglophones comme le Quebec Community Group Network (QCGN), successeur d'Alliance Quebec, ou encore des organismes de propagande comme l'Association des études canadiennes. Nous aimerions bien en entendre davantage sur ce que tous les partis fédéraux ont à dire à cet égard.

En fait, au moment où le français est menacé plus que jamais dans la grande région montréalaise et où il ne reste que 2,5 % d'usagers du français dans le Rest of Canada, il est crucial de ne pas affaiblir la représentation du Québec à Ottawa. Pour exister et vivre en tant que peuple, les Québécois n'ont d'autre choix que de réaliser collectivement leur indépendance ou d'accepter leur assimilation lente et inexorable.

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Mario Beaulieu, président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal
19 commentaires
  • Gilles Arpin - Inscrit 27 avril 2011 06 h 41

    La réalité de 2011

    Quoique la SSJB puisse dire, parler français ne met pas de pain sur la table.

    J'ai plus confiance au NDP qu'au Cons

  • Peter Kavanagh - Inscrit 27 avril 2011 07 h 24

    Encore une commande

    Voila encore une commande du Bloc, il n'y a pas a dire, ils sont inquiets. Au moins, cette élection aura eu le mérite d'éclaircir les les vrais choses. Dans l'esprit du Bloc, du PQ et des autres comme eux, si on ne vore pas Bloc, on est des traitres. Et bien, j'en suis un. Comme bien des gens au Québec.

  • dehorsharperblog - Inscrit 27 avril 2011 07 h 45

    Citation de Stephen Harper au sujet du bilinguisme

    Le 6 mais 2001, Stephen Harper faisait la déclaration suivante au Calgary Sun:

    « Après tout, le bilinguisme national et obligatoire n’est pas, dans ce pays, une simple politique. C’est devenu une religion, un dogme que nous sommes tous censés accepter sans discuter […] Ne vous y trompez pas. Le Canada n’est pas un pays bilingue. En fait, il l’est moins qu’il ne l’a jamais été […] »

    Ni M. Harper ni son parti n'ont changé sur cette question. Les sénateurs conservateurs se sont opposés au bilinguisme à la Cours Suprême. Au Nouveau-Brunswick, Service Canada, qui relève du gouvernement fédéral, n'offre desormais plus de service en français. Le Nouveau-Brunswick était la seule province de l'Atlantique dans laquelle les employés francophones de Service Canada avaient le droit de travailler en français.

    Les coupures pratiquées dans la culture et à Radio-Canada auront sans doute un effet particulièrement dévastateur sur le rayonnement de la culture québécoise et franco-canadienne puisqu'il s'agit d'un petit marché qui dépend beaucoup de la promotion à l'étranger.

    http://dehorsharper.wordpress.com

  • Michel Simard - Inscrit 27 avril 2011 08 h 44

    @ Gilles Arpin

    Non, évidemment, le respect de soi-même n'apporte pas de pain sur la table et on devrait être prêts à faire n'importe quoi, se prostituer, pour se nourrir.

    Belle philosophie de la vie. Avec des Québécois comme ça, ne demandons nous pas pourquoi le plan Durham se déroule sous nos yeux.

  • Victor Raiche - Inscrit 27 avril 2011 08 h 51

    Le pain ... et les oeufs

    M. Arpin,
    L'homme, québécois comme les autres, ne vit pas seulement de pain. (Luc 4, 4).